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CHAPITRE XXI

(a) ADVIS ET REMEDES CONTRE LES MAUVAISES AMITIÉS

Mais quelz remèdes contre cette engeance et formiliere de folles amours, folastreries, impuretés ? Soudain que vous en aures(b) les premiers ressentimens (c) , tournes vous court de l'autre costé, et, avec une detestation absolue de cette vanité, coures a la Croix du Sauveur et prenes sa couronne d'espines pour en environner vostre cœur, affin que ces petite renardeaux * n'en approchent. Gardes bien de venir a * Cant., n, 15. aucune sorte de composition avec cet ennemi ; ne dites pas : je l'escouteray mais je ne feray rien de ce qu'il me dira, je luy presteray l'oreille mais je luy refuseray le cœur. O ma(d) Philothee , pour Dieu, soyes rigoureuse en telles occasions : le cœur et les oreilles s'entretiennent l'un a l'autre, et comme il est impossible d'empescher un torrent qui a pris (e) sa descente par le pendant d'une montaigne , aussi est- il difficile d'empescher que l'amour qui est tombé en l'oreille ne face soudain sa cheute dans le cœur. Les chèvres, selon Alcmeon, haleynent par les oreilles et non par les naseaux : il est vray qu'Aristote le nie *, * Hist. anim., 1. 1, or ne sçay-je ce que c'en est, mais je sçay bien pourtant

(a) [Dans le Ms., le chapitre xxn précède celui-ci; mais le Saint indique par un signe de renvoi Tordre définitivement adopté. ] (o) apercevres (Ms.)

(c) assentimens (Ms.-A-B)

(d) le cœur. — O non, (Ms.-A-B)

( e ) qui a pris — fson cours par une descente fort pendante J (Ms.)

c. XI.

210 Introduction a la Vie Dévote

que nostre cœur haleyne par l'oreille, et que comme il aspire et exhale ses. pensées par la langue (f), il respire aussi par l'oreille, par laquelle il reçoit les pensées des autres. Gardons donq soigneusement nos oreilles (ë) de l'air des folles paroles , car autrement soudain nostre cœur en seroit empesté (h). N'escoutes nulle sorte de propositions, sous quel prétexte que ce soit : en ce seul cas il n'y a point de danger d'estre (0 incivile et agreste.

Resouvenes-vous que vous aves voué vostre cœur a Dieu, et que vostre amour luy estant sacrifié (J), ce seroit donq un sacrilège de luy en oster un seul brin ; sacrifies le luy plustost derechef par mille resolutions et protestations, et vous tenant entre icelles comme un cerf dans son fort, reclames Dieu ; il vous secourra et son amour prendra le vostre en sa protection, affin qu'il vive uniquement pour luy.

Que si vous estes des-ja prinse dans les filetz de ces folles amours , o Dieu , quelle difficulté de vous en desprendre ! Mettes vous devant sa divine Majesté , connoissés en sa présence la grandeur de vostre misère, vostre foiblesse et vanité; puys, avec le plus grand effort de cœur qu'il vous sera possible, détestés ces amours commencées (k), abjurés la vayne profession que vous en aves faitte, renonces a toutes les promesses receuës, et d'une grande et très absolue (*) volonté, arrestés en vostre cœur et vous resoulvés de ne jamais plus(m) rentrer en ces jeux et entretiens d'amour.

Si vous vous pouves(n) esloigner de l'objet je l'appreuverois infiniment, car comme ceux qui ont esté

(f) il aspire — par la langue, par laquelle il exhale ses pensées (Ms.)

(g) nos oreilles — fde toute sorte d'air pestilentielj (Ms.)

(h) empesté — ("surpris. Certes, Platon a dit... J d'autant que, comme l'onempoisonne le cors par la bouche on empoisonn'aussi le cœur par l'oreille. (Ms.) (i) d'estre — un peu (Ms.) (j ) ty — est consacré (Ms.)

(k) commencées — ["renonces a tous leurs apastz, a toute leur...J (Ms.) (1) absolue — |~resolution, protestés... J (Ms.) (m) jamais plus — ["consentir a pas un de tous.J (Ms.) (n) Si vous pouvies vous (Ms.-B-C)

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