Oeuvres de Schiller Mélanges de Schiller preécédés du Visionnaire. 7
événement politique, auront la satisfaction d'en trouver la clef dans mon nrii, si tmiti-liiis ers li-uillcs les rencontrent encore parmi les vivants. Même pour les autres lecteurs qui n'y chercheront pas celte clef, il aura peut-être de l'intérêt comme une addition il l'histoire de la tromperie et des égarements de l'esprit humain. On s'étonnera de l'audace du but que la méchanceté est capable Je se pro|mser et du poursuivre; on s'étonnera île la sin;;ularile" di's moyens 1 qu'elle [«-ut employer, pour être sûre d'atteindre ce but, La \érité, pure et sévère, guidera ma plume; car, lorsque ces fouilles paraîtront aux yeux du monde, je ne serai plus, et je n'aurai rien à gagner ni rien à perdre au récit que je vais faire ',
Ce fut lors de mon relour en Courtaude , l'an 17", au temps du carnaval, que je visitai le prince de "" à Venise. Nous nous étions connus a l'armée, au service de et nous renouvelâmes dans cette ville une liaison que la paix avait interrompue. Comme je souhaitais d'ailleurs de voir ce qu'il y a de remarquable â Venise, et que le prince n'attendait plus que des lettres de change pour retourner à "*, il me persuada facilemen! de lui tenir compagnie, et de diil'éivr mon t If-part jusqu'au sien. Nous convînmes de ne pas nous séparer, aussi longtemps que durerait notre séjour à Venise, et le prim e fut assez aimable pour m'oflrirde loger avec lui à l'hôtel du More.
Il y vivait dans le plus strict incognito , parce qu'il voulait vivre pour lui-nibnu, et que d 'a il leur- siti modique apanage ne lui eût pas permis de soutenir l'éclat de son rang 1 . Deux cavaliers, sur la (lisciétion desquels il |;i>uviiit ruiiqilei' parfaitement, formaient toute sa suite, avec quelques lidi'les serviteurs. 11 évitait la dépense plus par incliiuitiuii naturelle que par économie. Il fuyait les plaisirs; à l'âge de trente-cinq ans, il avait résisté à toutes les séductions de cette ville voluptueuse. Le 'beau sexe
I. Dana la premier..' eJltkil) : - Ou sï^îmera îles moyens.» La comparaison des divers telles fournil, surlnul nu crmmi'îicunierLI, un lion nombre ils pelilcs correction) et modifications do ce (icnio, que nous ne signalerons pas, parcs qu'elles offrem l'ieu jicu d inléril dans un; Iradiiclion.
S. Au lien des mois : « Rt ju n'aurai ri.-n à sauner, clc. » la première edilion porlc simiiliUiUMit : • Kl je nnu -ai.rai j iLh la dmlinfe. >
3. Dans 11 Diode : ■ 11 y vivait dans le pr.i. ilml ii-co^mu, parca quo son modiçuD apanage ne lui piiqHlulll pas, «le. ■ -
lui avait été jusqu'alors mililï>'Trnt '. L'ne profonde gravité tl une mélancolie rêveuse dominaient dans sdii caractère. Ses inclinations étaient paisibles, tuais tenaces jusqu'à l'excès; son choix Était lent et timide, son attachement chaud et éternel. Au milieu de la foule bruyante des humilies, il niaivbail seul. Renfermé dans lo monde de ses rêves, il était bien souvent étranger dans le monde réel". Personne n'était né plus que lui pour se laisser dominer, sans être faible. Avec cela, il émit intrépide et conliaul, aussitôt qu'il était nue fois gairné 1 , el possédait au même degré le courage de combattre un préjugé reconnu, et celui de mourir pour un autre qui n'en était pas un à ses yeux.
Comme troisième prince de sa maison, il n'avait aucune chance probable de régner un jour. Son ambition ne s'était jamais éveillée. Ses passions avaient pris une autre direction.
Satisfait de ncdépendn.'d'.mruwi (douté étrangère, il ne sentait nulle tentation de dominer sur les autres, el bornait tous ses désirs à la tranquille liberté de la vie privée et à la jouissance d'une société attrayante pour l'esprit*. 11 lisait beaucoup, niais sanschoix. Uneéducation négligée el sa précoce eut nie au service n'avaient pas laissé à sou intelligence le temps de mûrir. Toutes les connaissances qu'il acquit dans la suite ne (iront qu'augmenter la confusion île ses idées, parce que ce savoir nu reposait pas sur un premier fond solide.
Il était protestant, comme tonte sa famille, par sa naissance, non par suite d'un examen, auquel il ne s'était jamais livré, bien qu'à une certaine époque de -a vie sa religion fût allée jusqu'à l'exaltation. Jamais, que je sache, il n'a été franc-maçon.
1. Bmni la prrmiSro Millqn : ■ Jusqu'i Ytgt de trente-tlnn, in*, il mil, els.
poinl il atafrud nul. il t'inierdisiit loul jugsmrai el rugirait la jouit» en-
3. [j^r* mitre Édition £o rte tttrmgl, . connlncu. ■ io lieu de t»u>i«iiH, « gst-né. .
*. La nrormtr» phrm» du cet ilinci mam(u« Jani lu Tkalie. liam h promit™ Mil ion elle rat iimi conruo : • snultit d> tir dopendro dnutone Tolomo
Un soir que, scion noire habitude, nous nous promenions, bien masqués et seuls, sur la place Saint-Marc (il commençai! a se faire lard, cl la roule s'était écoulée), le prince remarqua
nien, et il marchait seul. Nous hfitamcs le pas, et par de fréquents détours, nous cherchâmes a le dérouter : ce fut en vain; le masque restait sans cessa tout près derrière nous. * Vous n'avez pas, je pense , eu ici quelque intrigue? me dit eulin le prince. Les maris sont dangereux à Venise. — Je n'ai de liaison avec
lions que le masque allait passer. I! vint droit a nous et s'assit tout à cote du prince. Celui-ci tira sa montre, et, se levant, me dit tout haut en français : « Neuf heures passées ! Venez, nous oublions qu'on nous attend au Louvre. » Il ne disait cela que pour éloigner et dérouter le masque. Mais lui répéta : «■ Neuf heures! ■ dans la même langue, d'un ton expressif, et lentement. • Félicitez-vous, prince, ajouta-t-il en l'appelant par son vrai nom, il est mort a neuf heures. ■ A ces mots, il se leva et
Nous nous regardâmes stupéfaits. ■ IJui est mort? dit enlin le prince après un long silence. — Suivons-le, repris-je,el demandons-lui une explication. » Nous parcourûmes tous les recoins de la place Saint-Mare : il nous fut impossible de trouver le masque. Nous retoucn.lnies mécontents à notre hôtel. Le prince ne me dit pas un mot en chemin; maïs il marchait seul !> l'écart, et semblait soutenir un violent combat, comme en effet il me l'a confessé depuis.
Quand nous fûmes riiez nous, il reprit enfin la parole : «C'est pourtant, dit-il, une chose bien ridicule, qu'avec deui mots un fou puisse ainsi troubler le repos d'un homme. • Nous nous souhaitâmes une bonne nuil, et, aussi kit que je fus dans ma chambre , je nolai sur mes (ablettes le jour et l'heure où cela
pas une promenade à la place Saint-Mare, pour chercher noire mjsléricux Arménien? J'ai besoin de savoir le dénoùment de
utile comédie. ■ J'acceptai la proposition. Nous restâmes sur la place jusqu'à onze heures. L'Arménien ne paru! point. Nous ftmej la même chose les quatre soirs suivants, et chaque fuis avec aussi peu de succès.
Le sixième soir, minute nous quiltimis noire hôtel, je m'avisai (avec ou sans dessein , je ne m'en souviens plus) de dire aux domestiques où l'on pourrait rions trouver si l'on nous demandait. Le prince remarqua ma précaution, et l'approuva par un sourire. 11 y avait grande presse sur la place Saint-Mai c quand nous y arrivâmes. Nous avions ù peine l'ail (rente pas, que je remarquai de nouveau l'Arménien, qui se lïajaii sa route, h pas rapides, !i travers la foule , et somhlait chercher quelqu'un des yeui. Nous étions justement sur le point de l'atleindro, quand le baron de T", de la suite du prince, vint a nous, hors d'haleine, et lui remit une lettre. > Elle esl cachetée de noir, ajouta-t-îl, nous avons supposé qu'elle était pressée. . Cela me frappa comme "un coup de tonnerre. Le prince s'était approché d'une lanterne 1 , et se mit à lire. « Mon cousin est mort! s'écria-t-il. — Quandî ■ demandai-je vivement. Il regarda encore une fois la lettre. . Jeudi dernier, à neuf heures du soir. •
Nous n'avions pas eu le t ri m [is de revenir de nuire surprise, que l'Arménien nous avait rejoints. * Vous files reconnu ici, monseigneur, dit-il au prince. Ilàlez-vous de rentrer au More. Vous y trouverez les envoyés du sénat. Ne faites aucune difficulté d'accepter l'honneur qu'on veut vous rendre. Le baron de F'" a oublié de vous dire que vos lettres de change sont arrivées. . A ces mois, il se perdit dans la foule.
Nous courûmes a notre hôtel. Tout se trouva comme l'Arménien l'avait annoncé. Trois Nobili de la république étaient là pour complimenter le prince, cl l'accompagner en cérémonie à l'assemblée, où l'attendait la haute noblesse de la ville. Il eut à peine le temps de me faire siyiiu à la dérobée de veiller jusqu'à son retour.
Il revint vers onze heures de la nuil. Il entra dans la chambre, sérieux et pensiT, et nie s.iisil la main, aîn és avoir éloigné