D'us aimbciu. ■ (Prnalir* édlliuB
les domestiques. ■ Comte, me dit-il a-
.ce les paroles d'H amie t',
il y a plus do choses dans le ciel et si
ir la terre que nous n'en
rêvons dans nos philosophiez
— Monseigneur, lui répondis-jc , t{
us paraissez oublier que
vous vous couchez aujourd'hui plus i
•iche d'une grande espé-
ranec. (Le défunt étaitle prince hérédi
tairc, le fils unique du
régnant, et ce dernier était vieux, i
o.'il.nti!" e! siiri.s e*puir il''
postérité. Un oncle de notre prince.
égale me ni sans héritier,
et sans espérance d'en avoir, restait
et le trône. Je mentionne cette cire
sera question dans la suite'.)
— Ne m'en faites pas souvenir, dit 1 rais gagné une couronne, j"aurais ma
e prince. Et, quand j'auinteiianl bien autre chose
atelle.... Si cet Arménien
n'a [kis si:ii;j]i'i]-ic;il ileviui.''....
— Comment se peut-il, prince?... m'écriai-je.
— Je vous abandonne pour un froc toute* mes espérances de souveraineté"! ■
Le lendemain sair nous nous in unîmes plus lot que de coutume sur la place Saint-Mari'. Lue averse soudaine nous obligea d'entrer dans un café où l'on jouait., Le prince se plaça derrière le siège d'un Espagnol et observa le jeu. J'étais allé dans une chambre voisine , où je lisais des gazelles. Un moment après, j'entendis du vacarme. Avant l'arrivée du prince, l'Espagnol avait été constamment en perte, maintenant il gagnait sur toutes les caries. Tout le jeu était changé d'une manière surprenante , et il était a craindre que le ponte , que cet heureux changement avait rendu plus hardi, ne fit sauter la banque. Un Vénitien, qui la tenait, dit au prince, d'un Ion offensant, qu'il troublait la chance, et qu'il devait quitter la table. Le prince le regarda froidement, et resta. 11 garda la même coule-
nance, quand le Vénitien répéta son offense en français. Cet homme crut que le prince n'entendait pas ces deux langues, et
tendre de ce balourd? ■ En môme tcirtps il se leva, el voulul prendre le prince par le bras : rehu-ci perdit alors patience; il saisit le Vénitien d'une main vigoureuse, et le jeta rudement par terre. Cela produisit un grand trouble dans tout le café. J'accourus au bruit, et, sans y songer, j'appelai le prince par son nom. • Prenez j:arde, prince , njmitai-je étnurdiment, nous sommes à Venise. * Le nom du prince imposa un silence gémirai, bientôt suivi d'un murmure, qui me parut dangereux. Tous les Ttaliens présents se réunirent par groupes, et se retirèrent à l'écart. Puis ils quittèrent ia salle l'un après l'autre, jusqu'à ce que nous nous trouvâmes seuls avec l'Espagnol et quelques Français. « Vous êtes perdu, muiiseigneur. dirent-ils, si vous ne quitte: In ville sur-le-cbamp. Le Vénitien que vous avez si maltraité est riche et considéré 1 : il ne lui eu coûtera que cinquante sequins pour vous envoyer de ce monde dans l'autre. ■ L'Espagnol offrit d'aller chercher la garde pour la sûreté du prince, et de nous accompagner lui-même chez nous. Les Français en voulaient faire autant. Nous étions encore à rélléchir .sur ce qu'il j* avait à faire, quand la porte s'ouvrit, el quelques familiers de l'inquisition d'Llat entrèrent. Ils nous montrèrent un ordre du gouvernement, où il nous était commandé à tous deux du les suivre prompteniout. On nous conduisit sous Iwnne escorte jusqu'au canal. Là nous attendait une gondole, dans laquelle nous dûmes nous placer. Avant de débarquer, on nous banda les yeux. On nous fit monter un grand escalier de pierre, puis on nous mena par un long corridor sinueux , construit sur une voûte , comme je le conclus des échos répélés qui résonnaient sous nos pas. Enfin nous arrivâmes à un autre escalier, où nous descendîmes vingt-six marches. La s'ouvrit une salle, où l'on nous débanda les yeux. Nous nous trouvâmes au milieu d'un cercle de vénérables vieillards, tous vêtus de noir; toute la salle était tendue de drap
1. ton. la jirL'iEiiVi cdjl'.iKi : = L-r c-su/ rtii^is |-..U[ aoliVr un I.nlvu. ■
noir, el faiblement éclairée ; il régnait dans l'assemble un silence de mort, qui produisait nue impression terrible. L'n des vieillards, probablement le grand inquisiteur d'État, s'approcha du prince, et lui demanda d'un air solennel, taudis qu'on lui présentait le Vénitien :
• Reconnaissez- vous cet hmnoie pour le même qui vous a insulté ce malin nu café!
— Oui, » répondit le prince.
La-dessus l'inquisiteur se tourna vers le prisonnier : • Est-ce bien la personne que vous vouliez faire ^sa^iner ce soir! •
Le prisonnier répandit affirmativement.
Aussitôt le cercle s'ouvrit, et nous vîmes avec horreur séparer du Irons la téte du Vénitien. ■ Elus- vous content de celle salistenant, poursuivit le ju^v d'une vois lerrihle, en se tournant de mon coté, et, a l'avenir, jugez avec moins de précipitation la justice de Venise. »
Quel étail l'anirsirret qui nous avait sauvés d'une mort certaine par le hras rapide de la justice, c'est ce que nous ne pûmes deviner. Glacés d'effroi, nous regagnâmes notre demeure. Il était passé minuit. Le chambellan de Z - " nous attendait iim'C iui]ia!iriii:e ;ni lins de l'esi-alicr.
■ Que vous aveu tdeti fait d'envoyer quelqu'un] dil-il au prince en nous éclairant. Une nouvelle, que le baron de V" nous a apportée de la place Saint-Marc, un instant après votre message, nous aurait mis 1 à votre sujet dans une inquiétude mortelle.
— I >-JSr* . Huan-I* Jr n- tu- n-n !■ "h
— Ce soir, après huit heures. Vous nous avez fait dire d'être sans inquiétude, si aujourd'hui vous rentriez plus tard a la
A ce moment, le prince me regarda. • Avez-vous peut-être pris cette précaution ii mon in su? >
LE VISIONNAIRE. Il « Cependant il en doit bii'ti être ainsi, Altesse, dit le gentil-
reconnut celle-là pour la sienne. « Qui l'a apportée! dit-il avec saisissement.
— L'n masque inconnu, eu babil d'Arménien, qui s'est retiré
aussitôt. >
Sous restâmes immobiles à nous regarder. « Qu'en pensezvous? me dit enfin le prince après un long silence. J'ai ici, a Venise, un surveillant secret. »
L'affreuse scène de cette nuit avait donné au prince une fièvre, qui le força de garder la chambre huit .nui s. Pendant ce temps, notre nûtel fourmilla d'indigènes et d'él rangers, que la qualité du prince, maintenant connue, avait attires. C'élail à qui lui offrirait ses services '. Chacun tachait, à sa manière, de se faire valoir. De toute l'affaire de l'inquisition d'Ëtat, il ne fut plus dit un mol. Comme la cour de "* souhaitait que le prince différai encore son départ, quelques banquiers de Venise reçurent l'ordre de lui compter des si nu mes considérables. Ainsi il fui mis' contre sa volonté en mesure de prolniiger son séjour 3 Venise *,et, à sa prière, ji! réélus de retarder aussi mon départ.
Aussitôt que l'état de sa santé lui permit de quitter la chambre, le médecin lui conseilla de faire une promenade sur la llrenta, pour changer d'air. Le temps était beau et le conseil fut suivi. Comme nous étions sur le point de monter dans la gondole, le prince s'aperçut qu'il n'avait pas la clef d'une petite cassette qui renfermait îles papiers très-hn parlants. .Nous retournâmes aussitùl la chercher. Il se souvenait parfaitement d'avoir fermé la cassette la veille encore, et depuis lors il n'était pas sorti de la chambre. Mais toutes les recherches furent inutiles; pour ne pas perdre le temps, il fallut renoncera lespoursuivre. Le prince, qui avait l'âme trop haute pour s'arrêtera des soupçons, déclara la clef perdue, et nous pria de n'en plus parler.
La promenade fut des plus agréables. Un paysage pittoresque qui, à chaque courbure du fleuve, semblait se surpasser luimême en richesse et eu beauté; le ciel le plus pur, qui au milieu de février offrait l'image d'un jour de mai; des jardins ravissants, et d'iunoml) rallies maisons de- campagne du meilleur goût, qui décorent les deux rives de la Branla; derrière nous la majestueuse Venise, avec des centaines de tours et de mats, qui s'élèvent au-dessus de l'eau : tout cela nous présentait le plus magnifique spectacle du monde. Nous nous abandonnions entièrement a la magie' de cette belle nature; notre humeur liai | la plus sereine du inondi 1 : le prince lui-même perdait son sérieux, et rivalisait aier nous de gais propos. Une musique joyeuse vint frapper nos oreilles, quand nous débarquâmes à nuelques milles italiens' de la ville. Elle venait d'un petit village, où se tenait justement une foire; il y avait grande affluonce de gens de toute sorte. Une troupe de jeunes filles et de jeunes garçons, en costume de théâtre, nous souhaita la hienvenue par une danse pantomime. L'idée en était neuve ; la légèreté et la grûce animaient tous les mouvements. Avant que la danse fût tout a fait achevée, celle qui la conduisait, et qui représentai! une rciin:,parnl subitement être arrêtée comme par un bras invisible. Elle demeura pétrifiée, et tous les autres avec elle. La musique se tut. On n'entendait pas un souffle dans toute l'assemblée, et la danseuse se tenait là, le regard fixé à terre, dans une stupeur profonde. Tout à coupelle se dressa avec la fureur de l'incitation, regarda autour d'elle d'un air farouche. ■ Il y a un roi parmi nous! ■ s'écria-t-elle, puis elle arracha la couronne do sa tète, et la déposa aux pieds du prince. Tons les assistants dirigèrent leurs regards sur lui, longtemps incertains s'il y avait un sens dans celle jonglerie, tant l'émotion et le sérieux de celte danseuse avaient fait illusion. Un applaudissement général interrompit enfin ce silence. Iles yeux cherchèrent le prince : je remarquai qu'il n'était pas peu interdit, et qu'il s'efforçait d'échapper aux regards curieux des spectateurs. 11 jeta de l'argent à ces enfants, el se hâta de sortir de la foule.
1 a A la bientalnuiKi magie. - (Prtmlèrt édition.) 3. ■ A dclll Qlilloi ilalien». . iPnnniim 6diUon).
Nous avions fail à peine quelques pas, quand un vénérable moine déchaussé fendit la presse, et harra It- passage au prince : ■ Seigneur, lui dit le religieux, donne de lou argent h la Madone, lu auras besoin de ses prières, • Il nous dit cela d'un Ion qui nous saisit. La foule l'entraîna.
Cependant notre suite s'était accrue. l!n lord anglais, que le prince avait déjà vu ,'i Nice, ipiclques négociants de Livourne, un chanoine allemand, un alidé lianeais aire quelques dames, et un officier russe, si- joignirent à nous. I.a physionomie du dernier avait quelque chose île tout à fait extraordinaire, qui attira notre attention. Jamais île ma vie je n'ai vu tant de traits marqués et si peu de caractère ; tant de bienveillance attrayante unie sur un visage d'homme avec tant de repoussante froideur. Toutes les passions semlilaicul i'nv.iir ravagé et ensuite abandonné. Il ne restait rien que le regard calme et pénétrant, aflroi de tous les yeui qu'il rencontrait , le regard d'un parfait connaisseur du cœur humain, ("et homme singulier nous suivait de loin, mais îi ne semblait prendre, qu'un faible intérêt à tout ce qui se passait.
Nous vînmes a nous arrêter (levant une boutique où l'on lirait à la loterie. Les daims prirent des billuls: nous suivîmes leur exemple, et le prima: demanda aussi un numéro. Il gagna une tabatière. Quand il l'ouvrit, je le vis pâlir et reculer vivement.... La clef perdue se trouvai! dedans.
■ Qu'est-ce que eslaf me dit le prince, quand nous filmes seuls un instant, l'ne puissance Mipérie ure me poursuit. L'omuiseience plane autour de moi. Un être invisible, auquel je ne puis échapper, surveille tous nies pas. Il faut que je cherche l'Arménien, et quej'aie de lui des éclaircissements. »
Le soleil était sur son déclin, quand nous arrivâmes devant lamaïson de plaisance où le souper était servi. Le nom du prince avait accru noire société jusqu'au nombre de seize personnes. Outre celles que j'ai mentionnées plus haut, un virtuose de Rome, quelques Suisses, el un aventurier de Païenne, qui portait l'uniforme et se disait capitaine, s'étaient joints i nous. Il fut décidé qu'on passerai! là toute, la soirée, et qu'où reviendrait à la maison en naviguant aux flambeaux. La conversation fui très-vive a table, et le prince ne put s'empêcher de raconter
J<i LE VISIONNAIRE.
l 'histoire de la ciel", qui excita un étonnèrent pt-ni/i al. On disputa vivement sur «lté matière, plus grande partie île la société soutint hardiment que tous ks arts occultes aboutissaient à une jonglerie: l'abbé, qui avait déjà beaucoup lui, provoquait tout le ro\aumc des esprits; l'Anglais proférait des blasphèmes; le musicien se > tenait devant le diable". L'n petit nombre, et entre autres le prince, prétendait que sur ces sortes de choses, on devait suspendre suit jugement, l'endant ce temps, l'officier russe s'entretenait avec lus femmes, et paraissait ne prendre aucun intérêt à la conversation. Dans la chaleur du déliât , on n'avait pas n'm.irque 4111' le Sicilien était sorti. Au bout il'une petite demi-heure, il revint, enveloppé d'un manteau, et se plaça derrière le siège du Français. . Vous vous Êtes vanté lout à l'heure de défier tous les esprits.... voulez-vous tenter l'épreuve contre un seul?
— Tope ! dit l'abbé.... si vous voulez vous charger de m'en
— Je m'en charge, reprit le Sicilien en se tournant vers nous, quand ces messieurs et ces dames nous auront quittés.
— Pourquoi cela? s'écria l'Anglais. L'n esprit courageux n'a pas peur d'une joyeuse compagnie.
— Je ne réponds pas des conséquentes, dit le Sicilien.
— Au nom du ciel, non! s'écrièrent les dames qui étaient à table, et elles s'élancèrent de leurs sièges avec ellroi.
— Faites venir votre esprit, dit l'abbé d'un air de déli, niais avertissez- le auparavant qu'il y a ici des lames pointues. » Kn disant ces mots, il demandait à l'un des convives son épée.
« Vous eu ferez ce qu'il vous plaira, répondit froidement le Sicilien, si vous en avez encore envie. ■ Puis il se tourna vers le prince. ■ Monseigneur, lui dit-il, vous assurez que votre clef a été dans des mains étrangères : pouvez-vous supposer dans lesquelles!
— Ne devinez-vous personne î
— J'avais bien une idée....
— Reconnaîtriez- vous la personne, si vous la voyiez devant vous !
— Sans doute. •
LF. VISIONNAIRE. 15 Alors le Sicilien rejeta son manteau en arrière, et tira un miroir, qu'il tint devant les yeui du prince. . Est-ce celle-ci ? - Le prince recula avec effroi.
— Qu'avez-vous vu! lui deinandai-je.
— L'Arménien. ■
Le Sicilien caclia de nouveau son miroir sous le manteau, . Était-ce la personne que vous pensiez? demanda au prince toute la compagnie.
— Elle-même. .
Alors toutes les figures changèrent ; on cessa de rire. Tous les yeui étaient fixés avec curiosilé sur le Sicilien.
« Monsieur l'abbé 1 , la chose devient sérieuse, dit l'Anglais; je vous conseillerais de souper à la retraite.
— Le drôle a le diable au corps, ■ s'écria le Français, et il se sauva de !a maison; les dames sYLinrètvin hors de la salle avec îles cris; le virtuose les suivit; le chanoine allemand ronflait sur un rauteuil; le Russe restait imp^sibie eumme auparavant.
□ Votre seule intention a été peut-être délivrer un fanfaron à la risée , reprit le prince, quand ce monde fut sorti, ou bien
— J'avoue, reprit le Sicilien, qu'avec l'abbé je ne parlais pas sérieusement; je lui ai l'ail la proposition uniquement parce que je savais bien que le poltron ne me prendrait pas au mot*.... Au reste, la chose même esl trop sérieuse [mur n'en faire qu'une plaisanterie.
— Alors vous comeiiei dune qu'elle est en voire pouvoir! ■
Le magicien garda longtemps le silence, el il semblait observe]' le prince avec soin :
«Oui,» répondit-il enlin,
La curiosité du prince élait déjà moulée au plus haut point. Être en relation avec le monde dis esprits avait été autrefois 1 son
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