‹ Œuvres de Schiller Mélanges de Schiller preécédés du Visionnaire. 7Chapitre 6 sur 95 · LE V I SI ON N'A 1H E · texte numérisé non relu

LE V I SI ON N'A 1H E

où i) avait vécu jusqu'alors cessa, et dut faire place U une vie très-dissipée. Son rang était désormais connu. Iles attentions» auxquelles il devait répondre; 1 etii]uelto , à laquelle sa condition l'obligeait, l'entraînèrent insensiblement dans le tourbillon du grand monde. Son litre ans? i bien que ses qualités personnelles, lui ouvrirent les sociétés les plus spirituelles de Venise; il se vit bientôt en relation avec les esprits les plus éclairés de la république, soit savants, soit hommes d'Etat. Cela le força d'étendre le cercle étroit et uniforme dans lequel son esprit s'était renfermé jusqu'alors. Il commença à reconnaître le pou d'étendue' de ses idées et à sentir le besoin d'une plus haute culture. La forme surannée de son esprit, de quelques avantages qu'elle fill d'ailleurs ac ■nnipngnéc, était dans un fâcheux contraste avec les idées courantes de la société, et 8on ignorance des choses les plus connues l'eipnsait quelquelois an ridicule : or il ne craignait rien tant que le ridicule. En voyant le préjugé défavorable qui pesait sur sa patrie, il éprouvait le besoin de le démentir en sa personne, et s'y semait connue provoqué. A cela se joignait celte singularité de son caractère, qu'il s'affligeait de toute attention dont il se croyait redevable à. son rang et non à son mérite propre. Il senliit surtout cette humiliation en présence des hommes qui brillaient par leur esprit, et qui triomphaient en quelque manière de leur naissance par leurs avantages personnels. Dans une pareille société, se voir distingué comme prince était toujours pour lui une profonde confusion, parce que, malheureusement , il se croyait exclu par ce nom même de toute concurrence. Tout cela réuni le convainquit de la nécessité de donner a son esprit la culture qu'il avait jusqu'alors négligée, afin d'atteindre à et lit période de progrés où était parvenu le monde spirituel et pensant, et en arrière de laquelle il était resté si loin.

U choisit pour cela les lectures les plus modernes, et il s'y livra avec tout le sérieux qu'il avait coutume de mettre ù tout ce qu'il entreprenait. Mais, hélas! la main malheureuse qui s'employait dans le choix de ces livres le fît toujours tomber sur des écrits peu faits pour améliorer son esprit et son eccur.

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