I. A une lieue de Stuttgart
SUR LE CALENDRIER DES JAHDIKS. <i25 une idée, qui ne fait pas peu d'honneur, soil M'auteur du jardin, soit au crilique qui noua le décrit. La plupart lies voyageurs qui ont eu la bonne fortune de visiter le parc de Hohenheim, ont pu y voir, non sans Être grandement dépayses , des sépultures romaines, des temples, des murs en ruine, etc., alterner avec des chalets suisses, et de riants parterres avec de sombres donjons. Ils n'ont pu comprendre quelle imagination avait osé se permettre de réunir en un seul et même tout des objets si disparates. Mais admettons cette idée, que nous ayons sous les yeux une colonie agricole établie sur les ruines d'une cité romaine : nous ne sommes plus blessés de ce contraste, et voilà l'unité fort ingénieusement rétablie au sein de cette étrange composition. î.i simplicité champêtre, et les débris de la magnilicence d'une cité, c'est-à-dire les deux points extrêmes de l'état social, se rapprochent, dans cette hypothèse, et se réunissent d'une façon touchante : le sentiment sérieux du passé se fond et se perd, avec un charme merveilleux, dans le sentiment de la vie triomphale. Celte, h™ mise association répand sur tout le paysage un caractère tic profondeur , une teinte élégiaque, qui, pour peu que le spectateur soit sensible, le tient en suspens entre le calme et l'émotion, la réflexion et la jouissauce, ».'! cette impression vibre encore diios son Ame longtemps après que le spectacle a disparu.
Noire auteur prétend que, pour bien juger du mérite des jardins de Hohenheim , il faut le» voir in plein été . j'ajouterai' volontiers que, pour sentir parfaitement la beauté de cette résidence, il faut .s'en approcher par un certain chemin On n'en goilie bien tout le rliarme qu'en y arrivant par le château ducal récemment b.lii . Le chemin de Stuttgart à Hoïienheim est comme une histon-e visible de l'art des jardins, qui fournit au spectateur attentif !a matière d observations intéressantes. Ces champs de céréales, ces vignobles, ces jardins de produit, qui bordent la grande roule, représentent à nos yeux le point de départ tout physique de l'art du jardinage, vierge encore de tout perfectionnement esthétique. Mai3 le paysage change : voici le jardin à la française, avec sa flère gravité, avec ses allées de peupliers, longues et roides comme des murailles, qui rattachent la libre campagne à Hohenheim, et, par
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leur forme pleine d'art, excilcnt df'jii Catlenlc. Coite impression solennelle tend l'esprit et s'accroît jusqu'à devenir un sentiment presque pénible, lursiju'oti parcourt les appartements du
peine à retrouver ailleurs, et où le goût le plus fin s'allie, d'une façon rare assurément, arec la prodigalité. Gel éclat, dont l'œil est ici frappé et comme importuné de toute part, la belle architecture des chambres et de l'ameublement, éieillent alors et sollicitent au plus haut point un besoin nouveau, celui de la simplicité, et ménagent à la nature champêtre, qui tout il coup se montre au voyageur dans ce qu'on appelle le village anglais, le plus brillant triomphe. Cependant, l'aspect des ruines, les monuments d'une grandeur évanouie, une humble chaumière de cultivateur, qui est venue s'adosser è leurs murailles désolées, produisent sur le etenr une impression qui ne ressemble a aucune autre : à voir ces constructions qui tombent sous la main du temps, ou éprouve une joie secrète, i! semble qu'on prenne une revanche sur l'art, qui tout à l'heure, dans le splendide palais de la llcsideiice. alla!) jusqu'à abuser sur nous de Sun empire. Vais la nature que nous trouvons dans ce jardin anglais n'est plus celle que nous avions rencontrée au point de départ : c'est une nature animée, ennoblie par le souffle de l'art, faite pour donner satisfaction,, non plus seulement a un homme -impie, niais même aux besoins factices de l'homme iransPirim 1 par ia cil iiisaiiou : une nature qui e\cile le premier à penser, el ramène le second au sentiment.
Quoi qu'on puisse objet [i-r à cette interprétation des jardins de Hohenheim, relui qui les a de.--iix'-s a toujours eu un mérite dont nous devons lui savoir gré : c'est de n'avoir rien fait qui démente cette interprétation, et ee serait être trop exigeant de ne pas se prêter, en matière d'esthétique, a prendre le fait pour l'intention, comme on se prête, en morale, à prendre l'intention pour le fait. Quand celte description des jardins de Hohenheim sera un jour achevée, peut-être ne sera-t-il pas d'un médiocre intérêt, pour le lecteur instruit, d'y voir en même temps comme une imago symbolique du prince si remarquable qui a créé cette résidence, et qui a su ailleurs encore que dans ses jardins faire violence A la nature , et exiger