POU II L'ANNÉE
(Publi6 1 Tubingiie, chei Colla. )
Ilepuis les écrit* ili.' Ilirfelil'i'ld sur L ' ri rl <[t\- jardins , k siciiïi des beaux jardins dessinas d'après les- ]>i i ni-i[ics de l'art s'est répandu de plus en plus on Allemagne ; niais sans grand profit pour le véritable bon goût, parce qu'on n'avait pas de principes bien (''latilis , et que- tout ('lait abandonné au caprice individuel. On trouver dans le cali.'mlrier que nous annonçons au public d'excellentes indications pour redresser sur cette matière le goût qui s'égare : d'.-s idi es -[ni uiériluiit d'être étudiées avec attention par ceux qui aiment les arls , et mises en pratique par ceux qui aiment les jardins.
Il n'est pas rare du tout de commeni-er par exécuter quelque chose, et de se demander, quand on a fini, si cette chose était possible. Il semble que ce soit surtout le cas pour ces jardins, ~i p'inTalemem aimi'-s, qu'on poiil nommer rstlit':tiques. Ces fruits du goût septentrional ont une origine si équi-
1. Ce morceau i iii rasirS igalcmem dans la Gaïait mnertrUt dr Uniralur» ifKiia, uunifrr. y.l'l de IMï wt-iaï). Silialur eu a ilunni udo skoiiJe édilion en 180T. <!«"> I« (Ijjuirulcs <n Jinw (1. IV. p. î!i-2«), — Le irai 1i Ire lie fouirage qui r.ii: l'i.bje: Je tel arurte : ntliuilrùr de jiocae nVl'annlt pour Ici nnir't d> m «sl\ite et Je. j'iu-J™ , ultc tu» lie flonrnlietm
vaque, el ont offert jusqu'ici un caractère tellement indécis, qu'il faut pardonner au véritable ami de l'art, de les avoir tout au plus jugés dignes d'une attention superficielle, et de les avoir abandonnés à la fantaisie des dilttlnnii. Ne sachant au juste h quelle classe des beaux-arts il failait rapporter l'art des .jardins, du l'a ratlarh'' 1. 1 m u' tt-i i j : is à Y;ux\nurliuv , i-i l'on pliai!
la végétation vivante sous cet inflexible joug des formes mathématiques , que l'architecte impose ii la lourde masse inanimée. L'arbre dut cacher sa nature supérieure d'être organique, pour laisser l'art déployer sa puissance sur sa vulgaire nature de corps inanimé. Il lui fallut dépouiller sa belle vie indépendante, pour obéir à la loi morte de la symétrie; son port léger, flottant, pour revêtir celle apparence lie solide immobilité que l'œil cherche et trouve dans les murailles de pierre. Dans ces derniers temps, il est vrai , l'art des jardins est revenu d'une aberration si étrange ; mais il n'en est revenu que pour donner dans l'excès contraire. Il a échappé à la discipline rigoureuse de l'architecte , mais pour se jeter, avec le poète , en pleine fantaisie : ii la plus dure servitude il a fait succéder tout à coup la licence !a plus effrénée , et n'a plus voulu subir d'autres lois que celle de l'imaginât ion. Désormais, par l'effet de ces caprices aventureux, de cette bigarrure, qui sont le propre de l'imagination lorsque abandonnée à elle-même, elle passe d'une image à une autre, il fallut que l'œil sautât d'une décoration imprévue à une autre décoration qui ne l'était pas moins ; et que la nature, dans un espace tantét plus grand , tantôt plus petit , présentât , comme sur une carte d'échantillons , toute la variété de ses phénomènes. Autant elle perdait de sa liberté dans les jardins a la française, où elle recevait en échange un certain degré d'harmonie et de grandeur architecturale : autant elle est tombée aujourd'hui , avec nos jardins anglais , comme on les appelle , dans la puérilité et la mesquinerie, et, à force de chercher l'indépendance et la variété, elle s'est éloignée de la belle simplicité, et s'est affranchie de imite espèce de règles. Voilà où en est encore , a très-peu d'exceptions près, l'art du jardinage ; et ce qui n'a pas médiou'enieul ciminbué à l'encourager dans cette voie, c'est le goût efféminé de notre époque, qui, en toutes choses, a horreur de la précision el des formes tant
SUR LE CALENDRIER DES JARDINS. <tîl
soit peu arrêtées, et qui trouve infiniment plus commode de plier les objets a ses caprices , ijue de se ptiider sur la nature des objets eux-mêmes.
Puisqu'il est si difficile d'assigner sa vraie place, entre les beaux-arts, a l'art des jardins esthétiques, on pourrait aisément être tenté de croire qu'il ne doit pas du tout figurer parmi eux. Mais, parce que les essais jusqu'ici ont été malheureux, ce n'est pas une raison pour conclure que tout succès soit absolument impossible. Ces deux formes contraires sous lesquelles nous avons vu se présenter jusqu'ici l'art du jardinage, renferment toutes deux quelque chose devrai, et toutes deux sont nées d'un besoin très-1 cgi lime. D'abord , pour ce qui regarde le genre architectural, ibest incontestable que l'art des jardins et l'architecture ne forment qu'une seule et même catégorie, encore bien qu'on ait eu grand tort de prétendre appliquer au jardiner 1rs règles et 1rs proportions de l'architecture. Ces deux arts , dans leur principe , répondent l'un et l'autre à un besoin physique , qui tout d'abord en a déterminé les formes , jusqu'au jour où le sens du beau , se développant dans les esprits, voulut que ces formes fussent libres, et où le bon goût joignit ses exigences ù celles de l'entendement. Considérés de ce point de vue, ces deux arts ne sont pas parfaitement libres, et la beauté des formes qu'ils airectent reste toujours subordonnée ;i ivriaines cnudilinns, restreinte à certaines limites, en raison de ce but physique qu'ils se proposent et qu'ils ne peuvent oublier. Tous deux ont encore ceci de commun, qu'ils n'imitent la nature qu'au moyen de la nature même , qu'ils ne peuvent , comme les antres arts, soit Hmiter par l'intervention d'un élément ■rliik'iel, Soit même renoueer à l'imiter et créer des objets nouveaux. De là vient peut-être qu'on ne demeura point rigoureusement fidèle aux formes que présentait la réalité, et qu'on s'inquiéta peu, pourvu que l'entendement et l'œil fussent satisfaits , l'un par l'ordre et l'harmonie, l'autre par la majesté et la grice, de traiter la nature comme un simple moyen, et de faire violence aux caractères qui lui sont propres. On pouvait d'autant plus s'j croire autorisé, qu'évidemment dans l'art des jardins, comme dans l'art de construire, c'est précisément en sacrifiant ainsi quelque
chose de la liberté de la nature, que, dans bien des cas, on répond le mieux bu besoin physique d'où procèdent ces deux arts. Il faut donc pardonner jusqu'à un certain point aux ar-
le goût architectural. de s'Oiro laissé entraîner par l'analogie qui règne sur liraiii'Oiip i\a joints entre cesdeux arts, jusqu'à oublier les dilïéruuiTs i|iii k's si.'ipmit, et puisqu'il fallait se prononcer entre l'ordre et la liberté , d'avoir favorisé celui-là aux dépens de celle-ci.
D'un autre côté, l'appliraMon itu goût poétique à l'art des
fait de sentiment, i'u homme allrulil' ;'i observer ses propres impressions ne pouvait ne pas reconnaître que le plaisir dont nous sommes touchés à la vue d'une scène de paysage, tient essentiellement à cette idée, que nous avons sous les yeux une œuvre de la libre nature, et non point une conception de l'artiste. Par conséquent, du moment que l'art des jardins se proposa pour but cette sorte de plaisir, il dut se monter attentif à écarter de ses créations jusqu'à la moindre trace d'une origine artificielle. De ce moment aussi l'artiste fit de la liberté sa loi suprême, comme avant lui le jardinier architecte avait pris pour loi la régularité : la nature, chez lui , dut nécessairement avoir la haute main, comme chez son devancier, l'industrie humaine. Mais le but qu'il poursuivait était beaucoup trop relevé pour les moyens bornés auxquels le réduisait son art : il éehnua, parce qu'il voulut sortir de ses limites, et empiéter sur le domaine de la peinture. II oublia que le procédé de réduction convenable à la peinture, ne saurait être de mise dans un nrt qui «prime la nature par la nature môme, et qui ne peut nous émouvoir qu'à la ccuiiliiioii de s'identifier pleinement avec elle au* yeux du spectateur. Il ne faut donc pas s'étonner si l'artiste, en cherchant ici la variété, tomba dans le puéril; et, comme l'espace lui manquait, ainsi que les forces, pour reproduire les transitions par lesquelles la nature prépare et justifie ses changements d'aspects, il s'abandonna tout entier au caprice et à l'arbitraire. L'idéal qu'il s'efforçait d'atteindre n'implique en lui-même aucune <:*\ira: île contradiction, mais il y avait répugnance entre le but et les moyens, et cet idéal
tiait chimérique : le suce '-s, quelque heureux qu'il fût, ne pouvant le dédommager de* immenses sacrifices qu'il y avait a
Si donc l'on veut que l'art des jardins revienne enfin de ses écarts, et que, comme les autres arts dont il est le frère, il soit ramené à des limites, précisément et nettement fixées, il faut avant tout se rendre bien compte de ce que l'on veut et doit proprement vouloir : question a laquelle, en Allemagne au moins, il ne parait pas qu'on ait encore suffisamment songé. Alors, selon loute vraisemblance, on trouvera un moyen terme tout à fait satisfaisant entre la roideur du style français et la
liberlé déréglée lie ce qu'on appe-ii; le jitijilais ru fait de
jardins; on reconnaîtra sans doute que cet art ne doit point aspirer a de si hautes sphères que [iréiendeni nous le persuader ceux qui, dans leurs projets, n'oublient qu'une chose, les moyens d'exécution; que c'est une absurdité et un contre-sens de vouloir enclore le monde tout entier entre les murs d'un jardin ; mais que c'est eliose très- praticable et très-sensée de vouloir un jardin qui, tout en répondant aux diverses exigences d'une sage culture, offre de plus à l'œil, aussi bien qu'au cœur et ù l'entendement, un tableau d'ensemble qui ait un caractère.
Tel est le but que se propose principalement le spirituel auteur ■ des morceaux détachés , > publiés dans ce calendrier, « pour l'éducation du goût allemand en fait de jardins; > .el, de tout ce qui peut avoir été écrit sur ces matières, je ne sache rien de plus propre à satisfaire aux exigences du bon goût. Les idées, il est vrai, sont simplement jetées là comme des fragments; mais cette 'négligence n'est que dans la forme, et n'atteint pas le fond, qui, d'un bout a l'autre, témoigne au contraire d'un esprit très-fin et d'un sentiment délicat des beaux-arts. Après avoir distingué et judicieusement apprécié les deux directions principales qu'a suivies jusqu'ici l'art du jardinage, et marqué les différents buts qu'on peut se proposer en dessinant des jardins, il s'efforce de ramener cet art à ses véritables limites, et a un but raisonnable : ce but, il le définit très-justement, • c'est d'épurer et de rehausser cette douce satisfaction que fait éprouver le spectacle d'une belle nature
paysages (les parc? anglais proprement dits), où il faui que la natflrese montre d.iris Imite sa grandeur et sa liberté, absorbant et effaçant toute apparence d'art, et les jardins oh l'art ne craint pas de se laisser voir avec le caractère qui lui est propre. Sans contester aux parcs anglais leur supériorité esthétique, il se contente de montrer les difficultés que présentent dans l'exécution ces sortes de jardins, et qu'on ne peut vaincre que si l'on dispose de rvswuras Mti aordinaires. Il divise les jardins proprement dits en trois ('«piVes; 1rs grands, les petits et les moyens; et détermina hrii'ivetiteiit, pour chacune de ces trois classes, les limites où doit.se renfermer l'invention. Il proteste energiquement contre l'an gl orna nie de tant de propriétaires de jardins en Allemagne, contre ces ponts sans eau, contre ces ermitages au bord d'une grand'route, etc., et il montre a quelles misérables puérilités peut conduire le besoin d'imitation, joint à des idées malentendues de variété et de liberté. Mais, s'il rsm-n 1 l'an iirdiiu i I- |iM j'ut- • tf.rn.-v s '< %\ p.>ur lui apprendre à devenir, dans ci; cercle plus étroit, d'autant plus efficace, et, en sacrifiant tout ce qui est inutile ou contraire à son but, a marquer ses créations d'un caractère déterminé et intéressant. Ainsi , notre auteur ne regarde pas du tout comme impossible de dessiner des jnr.tir.s pynsliniiijues, et j'ai presque dit des jardins pathétiques, capables d'exprimer et de produire en nous, tout aussi bien que les compositions musicales ou poétiques, une certaine disposition de cœur et d'esprit.
Indépendamment de ces observations esthétiques, on trouvera dans ce calendrier un autre morceau du même auteur : c'est le commencement d'une description des magnifiques jardins de Hohenheim 1 , description dont il nous promet la suite pour l'an prochain. Tous ceux qui connaissent ces jardins si justement célèbres, soit pour les avoir vus, soit même simplement par ouï-dire, seront charmés de les parcourir en compagnie d'un si fin connaisseur. Ils seront surpris sans doute, ainsi que nous l'avons été nous-mêmes, de voir, dans cesjardins, que l'on était si disposé à prendre pour une œuvre de pure fantaisie, dominer