LIVRE TROISIÈME
pagne, une conduite modérée envers les hérétiques^ alin que le peuple n’en vint pas aux dernières extrémités. Que si une conduite opposée amenait des malheurs, ajoutèrent-ils, ils voulaient, eux du moins, être considérés comme ayant fait leur devoir.
La gouvernante répliqua qu’elle espérait prendre de telles mesures qu’aucun désordre ne pût arriver; que s’il en éclatait néanmoins, elle ne le pourrait attribuer qu’aux confédérés. Elle les exhortait donc sérieusement à tenir aussi leurs promesses, mais surtout à ne pas recevoir de nouveaux membres dans leur alliance, à ne plus tenir d'assemblées particulières, et en général à ne tenter aucune innovation. Cependant, alin de les tranquilliser pour le moment, le secrétaire intime Berti reçut l’ordre de leur montrer les lettres où l’on recommandait aux inquisiteurs et aux Juges séculiers la modération envers tous ceux qui n’auraient pas aggravé leur délit d’hérésie par un crime civil. Avant de quitter Bruxelles, ils élurent encore quatre directeurs pris parmi eux ‘, qui devaient soigner les intérêts de l’alliance, et, de plus, des agents particuliers pour chaque province. Quelques meinbrés furent laissés à Bruxelles même, pour avoir l’œil ouvert sur tous les mouvements de la cour. Bréderode, Kuilembourg et Bergues quittèrent enfin la ville, aa'ompagnés de cinq cent cinquante cavaliers. Parvenus hors des murailles, ils saluèrent encore une fois d’une mousquetade; après quoi ils se séparèi'ent pour se rendre, Bréderodc à Anvers, et les deux autres dans la Gueldre. La régente fit devancer le premier par un courrier, qui devait avertir les magistrats d’Anvers d’être sur leurs gardes avec lui. Plus de mille personnes se pressèrent autour de l’hôtel où il était descendu. Il se montra à la fenêtre, tenant à la main un verre rempli de vin. « Bourgeois d*Ànvers, leur dit-il. Je suis ici, au péril de mes biens et de ma vie, pour vous délivrer du Joug de l’inquisition. Voulez-vous prendre part avec moi à cette enlrepri.se et me reconnaître pour votre chef? Alors, acceptez la santé que Je vous porte, et levez les mains en signe d’approbation. > Ensuite il but, et toutes les
I. Biirguniliu!) en coini'lc douze, que le peuple appelait, dit-on, plaisamment les douze apôtres. 188. (.Vole de l auteur.)
mains se levèrent avec de bruyantes clameurs d'allégresse. Après cet héroïque exploit, il quitta Anvers'.
Aussitôt après la présentation de la requête des nobles, la gouvernante avait fait rédiger par le conseil privé une nouvelle formule d’édits, qui devait tenir en quelque sorte le milieu entre les ordres du roi et les demandes des confédérés. Il s’agissait maintenant de savoir s’il serait plus sage de publier directement cette modération, ainsi que fut appelée communément cette rédaction nouvelle, ou si elle serait d’abord proposée à. l’approbation du roi*. Le conseil privé, qui jugeait liasardeux de faire une si importante démarche sans la connaissance préalable et même contre l’ordre formel du monarque, s’opposa au prince d’Orange, qui opinait pour le premier parti. Outre cela, on avait lieu de craindre que la nation ne fût pas même satisfaite de cette modération, rédigée sans la participation des états qui était proprement ce qu’on réclamait. Pour obtenir, ou plutôt pour dérober le consentement des états , la gouvernante eut recours à un artifice : elle consulta une province après l’autre isolément, et d’abord celles qui avaient le moins de liberté, comme l’.Vrtois, le Hainaut, Namur et "le Luxembourg : par là, non -seulement elle évitait que l’une encourageât l’autre à la résistance, mais elle y gagna encore que les provinces plus libres, comme la Flandre et le Brabant, qu’on réservait prudemment pour les dernières, se laissassent entraîner par l’exemple des autres*. Par une conduite d’une extrême illégalité, on surprit les députés des villes, avant qu’ils pussent consulter leurs communes, et on leur imposa sur toute l’affaire un profond silence. Par ce moyen la gouvernante obtint que quelques provinces acceptassent la modération sans réserve, et d’autres avec un petit nombre d’additions. Le Luxembourg et Namur y souscrivirent sans difficulté. Les états d’Artois firent la réserve queues faux accusateurs seraient soumis à la peine du talion; ceux du Hainaut demandèrent qu’au lieu de la confiscation des biens, qui était contraire à leurs privilèges, une autre peine arbitraire