GUERRE CIVILE
(1566.) Cependant la gouvernante se hilta de mettre à prolit l’avantage que lui donnait la division de la noblesse, pour consommer la ruine de l’alliance, déjà ébranlée |iar la discorde intestine. Elle tira d’.àllernagne sans retard des troupes que le duc Eric de Brunswick tenait prêtes pour elle, renforça la cavalerie et forma cinq nigiments de Wallons, dont les comtes de .Mansfeld, de Megeii , d'.\remberg et d’autres, reçurent le commandement. 11 fallut, pour ne pas offenser le prince d’Orange de la manière la plus sensible, lui confier aussi des troupes, d’autant plus que les provinces dont il était gouverneur en avaient le plus grand besoin; maison prit la précaution de placer à ses côtés un colonel , nommé Walderlinger , qui surveillait toutes ses démarches, et pouvait faire échouer ses mesures , si elles paraissaient dangereuses. Le clergé de Flandre fournit au comte d’Kgmont quarante mille florins d’or pour entretenir quinze cents hommes , dont il distribua une partie dans les places les plus menacées. Chaque gouverneur dut augmenter ses forces militaires et se pourvoir de munitions. Tous ces préparatifs, qui se faisaient partout et avec vigueur, ne laissaient plus aucun doute sur la voie que la gouvernante suivrait à l'avenir.
Certaine de sa supériorité et assurée de ce puissant secours, elle se hasarde maintenant à changer de conduite et à tenir aux rebelles un tout autre langage ; elle se hasarde à interpréter d’une façon tout arbitraire les concessions qu’elle n’a faites aux protestants que dans un moment de fi’ayeur et par nécessité, et
252 niSTÜlUE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-BAS. à réduire à la seule faveur des proches toutes les libertins qu’elle leur avait taritetneiit accordées. Tous leurs autres exercices et usages religieux, qui semblaient, une fois les prêches accordés, devoir s’etitendre d’eux-mémcs, furent déclarés illicites par de nouvelles ordonnances, et il fut procédé contre les délinquants comme contre des coupables de lèse-majesté. On permit aux protestants de penser autrement que l’Église dominante sur la sainte cène; mais la célébrer autrement était un crime. Leur manière de baptiser, de marier, d’ensevelir, fut interdite sous peine de mort. C’était une cruelle moquerie de leur permettre la religion et de leur en défendre l’exercice ; mais cet ignoble artifice pour s’affranchir de la liarole donnée était digne de la lûcheté avec laquelle Marguerite s’était laissé arracher cette parole. Elle prenait prétexte des moindres innovations, des infractions les plus insignifiantes, pour troubler les prêches; elle fit procéder contre plusieurs prédicants, sous le prétexte qu’ils avaient exercé leurs fonctions dans un autre lieu que celui qu’on leur avait assigné, et quelques-uns même furent pendus. Elle déclara hautement, en plusieurs occasions, que les confédérés avaient abusé de sa frayeur, et qu’elle ne se tenait pas pour liée par une convention qu’on lui avait extorquée par des menaces'.
Üe toutes les villes néerlandaises qui avaient pris part à la révolte iconoclaste, Valenciennes, en Hainaut, avait inspiré à la gouvernante les alarmes les plus vives. Dans aucune le parti des calvinistes n’était aussi puissant que dans celle-là, et l’esprit de révolte , par lequel la province du Hainaut s’était toujours signalée par-dessus toutes les autres, semblait y avoir élu domicile *. Le voisinage de la France , à laquelle elle appartenait par le langage et par les mœurs beaucoup plus qu’aux Pays-Bas, avait été cause qu’on avait de tout temps gouverné cette ville avec une plus grande douceur, mais aussi avec plus de prudence, ce qui n’avait fait que lui apprendre à sentir d’autant plus son importance. A la dernière révolte des iconoclastes,
1. Mclcren, 93, 04. — Tliuan. , SOT. r— Slrad. , IC6. — Meurs., Cuü. Àuriae.f 21.
2. C'éUity et c*c%l peut-être encore, un proverbe dans le Hainaut, que la province ne relève que de Dieu et du soleil. — Strad., 174. (A’ofe de ianieur»)
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LIVRE QUATRIÈME, il s’en était déjà peu fallu qu’elle ne se livrât aux huguenots, avec lesquels elle entretenait les plus intimes intelligences, et la moindre occasion pouvait renouveler ce danger. .\u.ssi, de toutes les villes néerlandaises, Valenciennes fut la première à laquelle la gouvernante destina une plus forte garnison, aussitôt qu’elle se trouva en mesure de la lui donner. Philippe de Noircarmes, seigneur de Sainte-.Mdegonde , gouverneur du Hainant à la place du marquis de üergues absent, avait reçu cette commission, et parut devant les murs à la tète d’un corps de troiijK-s. Les magistrats envoyèrent de la ville des députés à sa rencontre, pour s’excuser de recevoir la garnison , ])arce que la bourgeoisie protestante, comme le parti le plus fort, s’était prononcée contre cette mesure. Noircarmes leur notifia la volonté de la gouvernante, et leur donna le choix d'une garnison ou d’un siège. On n’imposerait à la ville que quatre escadrons de cavalerie et six compagnies de gens de pied : pour garantir sa parole, il était prêt à donner son propre fils comme otage. Tandis que ces conditions étaient proposées aux magistrats, qui étaient, quant à eux, très-enclins è les accepter, parut, à la tète de son parti, dont il était l’apôtre et l’idole, le ministre Pérégrin La Grange, qui était néces.sairement intéres.sé à empêcher une soumission dont il serait devenu la victime, et qui, par la force de son éloquence, excita le peuple à refuser les conditions. Lorsqu’on rapporte cette réponse à Noircarmes, il fait, contre toutes les lois du droit des gens, mettre aux fers les députés, et les emmène prisonniers avec lui; mais, sur l’ordre de la régente , il lui fallut bientôt les relâcher. Obligée aux plus grands ménagements par des ordres secrets de .Madrid , elle fait sommer la ville plusieurs fois encore de recevoir la garnison qui lui est destinée; mais, comme elle persiste obstinément dans .son refus, elle est, par acte public, déclarée rebelle, et Noircarmes reçoit l’ordre formel de l’assiéger. On défend à toutes les autres provinces d’assister de conseils, d’argent ou d’armes cette ville révoltée. Tous ses biens sont adjugés au fisc. Pour lui montrer la guerre , avant de la commencer réellement, et pour lui laisser le temps de sages réllexions, Noircarmes rassembla des troupes de tout le llainaut et le üambrésis (1566), prit possession de Saint-.Vmand, et mit garnison dans toutes les places voisines.
254 IIlSTOinE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-RAS.
Les mesures prises contre Valenciennes firent comprendre à toutes les villes qui étaient dans le même cas le sort qui leur était réservé à elles-mêmes, et mirent aussitôt toute la ligue en mouvement. Une armée de Gueux, de trois à quatre mille hommes, qui avait été ramassée h la hâte et composée de populace fugitive et des bandes qui restaient des iconoclastes, paraît sur le territoire de Tournai et de Lille, jiour s’assurer de ces deux villes et inquiéter l’ennemi devant Valenciennes. I.e gouverneur de Lille a le bonheur de mettre en fuite un détachement de cette armée, qui, d’intelligence avec les protestants de cette ville, a fait une tentative pour s’en emparer, et il sauve la place. Dans le môme temps, l’armée des Gueux, qui perd du temps près de Uinnoy , est surprise par Noircarmes et presque entièrement détruite, petit nombre de ceux qui, par une valeur désespérée, parviennent à se frayer un passage, se jettent dans la ville de Tournai, qui est sommée incontinent par le vainqueur d’ouvrir ses portes et de recevoir garnison. Sa prompte obéissance lui prépare un sort plus doux. Noircarmes se contente d’y abolir le consistoire protestant, de bannir les prédicants.de punir tes chefs des rebelles, et de rétablir le culte catholique, qu’il trouve presque entièrement supprimé. Après lui avoir donné pour gouverneur un c.atholique sùr, et ayoir laissé une garnison suftisante, il se porte de nouveau, avec son armée victorieuse, devant Valenciennes, pour continuer le siège.
Gette ville, insolemment fière de ses remparts, se préparait à une vive résistance, fermement décidée ù pousser les chôses aux dernières extrémités. On n’avait |>as négligé de se pourvoir dç munitions et de vivres pour un long siège ; tout ce qui pouvait porter les armes, sans excepter même les artisans , devint soldat; on rasa les maisons voisines de la ville, et surtout les couvents, afin que les assiégeants no s'en servissent pas contre la place. Le petit nombre des partisans de la couronne gardaient le silence, opprimés par la multitude; nul catholique n’osait remuer. L’anarchie et la révolte avaient remplacé le bon ordre, et le fanatisme d'un prêtre téméraire dictait la loi. Les combattants étaient nombreux, leur courage désespéré, leur espérance de secours assurée, et leur haine contre la religion catholique portée à l’extrême. Un grand nombre n’avaient aucune grôce à