‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 133 sur 228 · LIVRE OUATRlflME · texte numérisé non relu

LIVRE OUATRlflME

attendre ; tous abhorraient le joug commun d’une impérieuse garnison. Noircarnies, dont l’armée s’était accrue d’une manière redoutable, par les auxiliaires afiluant de toutes parts, et était abondamment pourvue de toutes les choses nécessaires pour un long blocus, tenta encore une fois de gagner la ville par la bonté; mais ce fut en vain. Il lit en conséquence ouvrir la tranchée et se mit en devoir d’investir la place*.

La situation des protestants s’était empirée, sur ces entrefaites,dans la même proportion que les forces de la gouvernante s’étaient accrues. L’alliance de la noblesse s’était peu à peu réduite au tiers. Oiielque.s-uns de .ses plus importants défenseurs, comme le comte d’Egmont*, étaient revenus au roi; les contributions, sur lesquelles on avait si sûrement compté, produisaient fort peu ; le zèle du parti commençait à se refroidir sensiblement, et avec la belle saison devaient aussi finir les prêches publics, qui avaient entretenu ce zèle jusqu’alors. Toutes ces circonstances réunies déridèrent le parti défaillant à modérer ses prétentions et à tenter tous les moyens licites avant de risquer les mesures extrênn^s. Dans uu synode général des protestants, tenu <à cette fin dans Anvers , et auquel assistent aussi quelques-uns des confédérés, on résout de députer à la gouvernante, de lui faire des représentations sur son manque de foi, et de lui rappeler la convention faite. Bréderode se charge de cette commission, mais il se voit repoussé avec dureté et avec insulte, et même exclu de Bruxelles. Il prend alors le parti de rédiger un mémoire, où il se plaint, au nom de toute l’alliance, do ce que la duchesse, par son manqué de foi, le fait mentir à la face de tous les protestants, qui ont posé les armes sous la garantie de l’alliance. Il lui reproche d’anéantir, en révoquant ses concessions, tout ce que les confédérés ont fait de bien; d’avoir cherché à déshonorer l’alliance aux yeux du peuple, d’avoir fomenté la discorde entre ses membres, et fait poursuivre beaucoup d’entre eux comme criminels. Il la pressait de révoquer ses nouvelles ordonnances, par lesquelles on avait enlevé aux protes-

1. Burgund., 319, 411-418. — Meteren, 98,99. — Slrad., 176. — Vigt. ad linpptr. episl. ii, xxi.

2. Dans la première èdilion : « Comme le prince de Gavre. » C’est un autre

titre du comte d'Egmont (voy. p. 82). •

256 mSTOIRE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-BAS.

tants le libre exercice de leur religion; mais, avant tout, de lever le siège de Valenciennes, de licencier les troupes nouvellement enrôlées, seule condition sous laquelle la ligue pût lui garantir la tranquillité publique.

La gouvernante répondit sur un ton qui était bien différent de sa modération précédente : « Qui sont ces confédérés qui s’adressent <i moi dans ce mémoire? c’est en vérité un secret pour moi. I.es confédérés avec lesquels j’ai eu affaire se sont, si je ne me trompe, dispersés. Du moins tous ne peuvent avoir pris part à cette plainte, car j'en connais beaucoup moi-méme, qui, satisfaits sur toutes leurs demandes, sont rentrés dans le devoir. Mais, qui que ce soit qui s’adresse ici à moi, sans raison , sans droit et sans titre, il a du moins donné ît mes paroles une trèsfausse interprétation, s’il en conclut que j’aie assuré aux prote.stants la liberté de religion. II ne peut être ignoré de personne combien il m’a été pénible de permettre les prêches dans les lieux où ils se sont introduits d’eux-mêmes, et cela ne peut» certes pas.ser pour une concession de la liberté de croyance. J’aurais pu avoir l’idée de prendre sous ma protection ces consistoires illégaux? de tolérer cet État dans l’État? J’aurais pu m’oublier au point d’accorder cette dignité légale à une secte abominable; de bouleverser l’ordre entier de l’Église et de la république, et de faire à ma sainte religion cet horrible outrage? Prenez-vous-en à celui qui vous a donné cette permission, mais ne contestez pas avec moi. Vous m’accusez d’avoir enfreint la convention qui vous garantissait l'impunité et la sécurité? Je vous ai remis le passé , mais non les fautes que vous commettriez à l’avenir. Votre requête du mois d’avril dernier ne devait nuire à aucun de vous, et, à ma connaissance, elle n’a nui à personne ; mais quiconque a péché de nouveau contre la majesté du roi n’a qu’à subir les conséquences de son crime. Énfin, comment osez-vous me rappeler un traité que vous avez violé les premiers? A l’instigation de qui les églises ont-elles été pillées, les images des saints renversées, et les villes entraînées à la révolte? Oui a conclu des traités avec les puissances étrangères, ordonné des enrôlements illicites et levé sur les sujets du roi des contributions illégales? C’est pour cela que j’ai rassem- (jblé des troupes; pour cela que j’ai aggravé les édits. Celui qui

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