LIVRE (JUAXRifcME
du roi, et de La Torre, secrétaire du tribunal. Sur les représentations de Viglius, le conseil privé fut dispensé de s’associer à cette cour, et aucun membre du grand conseil de Malines n’y fut appelé. Les voix des membres n’étaient que consultatives et non délibératives, le duc s’étant réservé à lui seul la décision. Il n’y avait point d’époque fixe pour les séances; les conseillers s’assemblaient l’après-midi, aussi souvent que le duc le trouvait bon. Mais, dès l’expiration du troisième mois, il commença d’assister plus rarement aux séances, et céda enfin tout à fait sa place à son favori Vargas, qui se montra si affreusement digne de ta remplir, que bientèt tous les autres membres, las des infamies dont ils devaient être les témoins et les complices, s’absentèrent des assemblées, à l’exception du docteur espagnol del Rio, et du secrétaire de I^a Torre*. On est révolté, en lisant les actes de ce tribunal, de voir comme la vie des plus nobles et des meilleurs citoyens était livrée aux mains de misérables Espagnols , et comme ils étaient toujours prêts à fouiller jusque dans les saintes archives de la nation, dans ses privilèges et ses chartes, à briser les sceaux, à profaner et sacrifier les plus secrètes conventions passées entre le souverain et les états ’.
Le conseil des douze , qui fut appelé, à cause de sa destination , le conseil des troubles, ci qui est plus généralement connu, à cause de sa conduite, sous le nom de conseil de sang, que lui donna la nation exaspérée, jugeait en dernière instance et sans appel. Ses sentences étaient irrévocables, et indépendantes de toute autre autorité. Aucun tribunal du pays ne pouvait con-
1 . On a trouvé , en cfîct, des sentences prononcées contre les hommes les plus considérés, par exemple la condamnation à mort de Stralilen, hourgmestro d’Anvers, revêtues seulement des signatures de Vargas, del Rio et do La Torre. — Mcteren, 105. (Vote de l'auteur.)
2. Meleren, 106. — Comme exemple do la barbare légéreté avec laquelle les alTaires les plus importantes, même les questions de vie et de mort, étaient traitées dans ce tribunal de sang, voici ce qu’on rapporte du conseiller Hesselts. Il dormait le plus souvent pendant les séances, et, quand venait son tour d’opiner dans une cause capitale, il criait, encore assoupi : Ad palibuluml ad polibulum (au gibet) I tant sa langue s’était familiarisée avec ce mol. Il faut remarquer encore sur ce Hessells, que sa femme, nièce du président Viglius, avait stipulé cxprcs.sément, dans le contrat de mariage, qu’il renoncerait à la triste charge de procureur du roi, qui le rendait odieux A toute la nation. — rigl. ad Happer, epist. lxvii. — Ilisl. gén. des Pror.-UniCM, 114 (t. V, p. 175 de l’édit, franç.). (.Vole de J’aulriir.)
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nnitre des faits judiciaires relatifs a la dernière révolte, en sorte que presque toutes les autres cours de Justice étaient inactives. Le grand conseil de Malincs était comme aboli; l'autorité du conseil d’État tomba complètement, de façon qu’il ne tenait plus de séances. Il était rare que le duc conférât avec quelques-uns de ses membres sur des allaires d’Iîtat, et, si cela arrivait de temps en temps, c’était dans son cabinet, dans une conversation particulière, sans observer aucune forme légale. Le conseil dos troubles ne tenait compte d'aucun privilège, d'aucune lettre de franchise, si soigneusement qu'elle fût scellée'. Tous les titres et les contrats lui devaient être présentés, et subir souvent les interprétations et les modifications les plus violentes. Quand le duc faisait expédier une sentence qui avait à craindre des états de Drabant quelque opposition , elle avait force de loi sans le sceau de Brabant. On entreprenait sur les droits les plus sacrés des personnes, et un despotisme sans exemple pénétrait jusque dans le cercle de la vie domestique. Comme les sectaires et les rebelles avaient su jusqu'alors fortifier considérablement leur parti par des mariages avec les premières familles du pays, le duc rendit une ordonnance qui défendait, sous peine de mort et de confiscation, à tout Néerlandais, de quelque rang et de quelque dignité qu'il pùt être, de contracter mariage, san^ avoir préalablement demandé et obtenu son autorisation*.
Tous ceux que le conseil des troubles jugeait à propos d'assigner devaient comparaître devant ce tribunal : les prêtres comme les laïques , les membres les plus vénérables des conseils, comme la tourbe réprouvée des iconoclastes. Celui qui ne comparaissait pas, et c’était le cas de presque tout le monde, était banni du pays, et tous scs biens étaient dévolus au fisc ; mais quiconque se présentait ou avait pu être arrêté, était [lerdu sans ressource. Vingt, quarante, souvent cinquante iiersonnes d’une même ville étaient citées à la fois, et les plus riches étaient toujours les plus exposés à ce coup de foudre. Üe pauvres bour-
1. Cest en mauvais latin que Varqas déoritait la ruine des libertés néerl.vndaises. A'oa curomus resirns pririlrÿios , répondil-il t quelqu'un qui voulait soutenir contre lui les libertés do l’Université de Louvain. — UUt. gén. des Ptov.-Vh., lit (t. V, p. 176 de l’édiL rranç ). (A'oie de l'uuteur.)