‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 166 sur 228 · LIVRE OUATKlfcME · texte numérisé non relu

LIVRE OUATKlfcME

geois, dénués de tout bien qui pût les attacher à leur patrie et à leurs foyers , étaient surpris et arrêtés sans citation préalable.

On vit plusieurs notables négociants, qui avaient possédé un capital de soixante à cent mille florins, traînés au supplice, comme une vile canaille, les mains liées derrière le dos, attachés à la queue d’un cheval. On vit, d'une seule fois, tomber à Valenciennes cinquante-cinq têtes. Toutes les prisons, et le duc en avait fait bûtir un grand nombre de nouvelles dès son entrée en charge, étaient encombrées de coupables. Pendre, décapiter, écarteler, brûler, étaient les actes usités et ordinaires de cha(iue jour. Il était bien plus rare déjà d’entendre parler de galères et d’exil, car presque aucune imputation ne paraissait trop légère pour mériter la peine de mort. Par là des sommes immenses furent versées dans le fisc; mais elles enflammaient plutôt ‘ qu’elles n’apaisaient la soif de l’or chez le nouveau gouverneur et ses satellites. Son projet forcené semblait être de réduire toute la nation à la mendicité, et de faire passer toutes les richesses du pays dans les mains du roi et de ses serviteurs, be produit annuel de ces confiscations fut estimé équivalent aux revenus d'un royaume du premier rang; dans un compte rendu au roi, on doit, d’après un rapport tout à fait incroyable, lesavoir évaluées à la somme de vingt millions d'écus. Mais cette conduite était d’autant plus inhumaine que souvent elle frappait, précisément de la façon la plus dure, les plus paisibles sujets et les catholiques les plus orthodoxes, auxquels on n’avait pas même l’intention de nuire. Par la confiscation, en effet, se voyaient frustrés tous les créanciers qui avaient des prétentions à éiever sur les biens. Tous les hôpitaux et les fondations publiques que ces biens avaient entretenus dépérissaient, et l’indigence, qui en avait tiré jusque-là de charitables secours, voyait tarir pour eile cette unique source de subsistance. Ceux qui entreprenaient de poursuivre leurs droits légitimes sur ces biens par-devant le conseil des douze (car aucune autre cour de justice ne pouvait s’occuper de ces questions) se consumaient en longues et coûteuses procédures , et tombaient dans le dénûment, avant d’en avoir vu la fin Un tel renversement des lois,

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