I. Slrad., i6'i. — Meleren, 484. — Keldan., Annal
SUPPLÉMENT
prochait d'cllo. Outre les deux forts Sainte-Marie et Saint-Philippe, qui formaient les têtes de [>ont sur les deux rives; outre les deux bastions de bois, eonslruitssur le pont même, qui étaient remplis de soldats et munis de canons aux quatre coins, chacun des trente-deux bateaux portait trente soldats, avec quatre matelots, pour sa défense, et montrait aux ennemis la bouche d’un canon, soit qu'ils montassent de Zélande ou qu’ils descendissent d’Anvers. On comptait en tout quatre-vingt-dix-sept canons, distribués tant sur le pont que dessous, et plus de quinze cents hommes, qui occupaient soit les bastions, soit les bateaux, et qui pouvaient, au besoin, diriger sur l’ennemi un feu terrible et soutenu de mousqueterie.
Mais, avec tout cela, le duc ne crut pas avoir encore suflisamment garanti son ouvrage contre tous les accidents. 11 fallait s’attendre h ce que l’ennemi ne négligedt aucun moyen de briser, par la puissance de ses machines, le milieu du pont, qui en était la partie la plus faible. Pour prévenir ce danger, il établit le long du pont de bateaux, et à quelque distance, une défense particulière, propre à rompre toute attaque violente qui pourrait être dirigée contre le pont. Cet ouvrage se composait de trentetrois barques d’une grandeur considérable, qui étaient rangées .sur une lile, en travers du fleuve, et liées trois à trois par des mâts, en sorte qu’elles formaient onze groupes différents. Chacune présentait , dans une direction horizontale , comme aurait fait un rang de piquiers, quatorze longues perches, qui opposaient à l’approche de l’ennemi des pointes de fer. Ces barques n’étaient remplies que de lest, et chacune était fixée par deux câbles à ancres, mais lâchement tendus, alin de pouvoir céder à la crue des eaux ; aussi étaient-elles dans un mouvement continuel et en reçurent-elles le nom de nageurs. Tout le pont de bateaux et une partie des estacades étaient protégés par ces nageurs, qui étaient établis, soit en amont soit en aval du pont. A tous ces moyens de défense il faut ajouter encore quarante vaisseaux de guerre, placés près des deux rives, et destinés à couvrir tout l’ouvrage '.
1. Strad., dcc. Il, lib. VI, .'iSG, .SCÎ. — Moteren , 483. — Tliu.an., III, lib. L.XXXIII, 45. — Wi»t. g/n. des Prov. -l'n., III , 497 (t. VI, p. 56 de 14d. franç.J.
Cette merveilleuse construction fut achevée au mois de mars 1585, le septième mois du siège, et le jour de l’achèvement fut pour les troupes un jour de fête. Des salves formidables annoncèrent ce grand événement à la ville assiégée, et l’armée, comme si elle eût voulu avoir la preuve matérielle de son triomphe, se répandit tout le long de l’échafaudage, pour voir couler sous scs pieds, obéissant et paisible , ce fleuve sui)crbe auquel on avait imposé le joug. A cette vue, les fatigues infinies qu’on avait souffertes furent oubliées, et il n’y eut pas un ouvrier, ayant pris une part quelconque è ce travail , qui ne s’/lttrilnidt , tout chétif et tout humble qu’il fût , une partie de la gloire qui éthit la récompense de l'illustre auteur de cette grande œuvre. Mais rien n’égale la consternation qui saisit les bourgeois d’Anvers, quand on leur apporta la nouvelle que maintenant l’Escaut était vraiment fermé et tous les convois interceptés du côté de la Zélande. Et pour augmenter leur effroi , il leur fallut apprendre en même temps la perte de Bruxelles , que la famine avait enfin forcée de se rendre. Une tentative que e comte de Hohenlohe avait faite, en ces mêmes jours, sur Bois-le-Duc, pour surprendre cette place ou du moins pour faire une diversion, avait été également malheureuse, et la ville assiégée perdit ainsi , à la fois , toute espérance de ravitaillement par terre et par mer *.
Ces tristes nouvelles furent répandues par quelques fuyards , qui s’étaient jetés dans Anvers en traversant les avant-postes espagnols; et un espion, que le bourgmestre avait envoyé pour reconnaître les ouvrages ennemis, augmenta encore par ses rapports la consternation générale. Il avait été pris et conduit devant le duc de Parme, qui donna l’ordre de le promener partout, et particulièrement de le laisser examiner dans le plus grand détail la construction du pont. On le ramena, après cela, devant le général , qui le renvoya en lui disant ; « Va , et rap- ' porte à ceux qui t’ont envoyé ce que tu as vu ; mais ajoute à ton rapport que c’est ma ferme résolution de m’ensevelir sous les ruines de ce pont, ou d'entrer par ce pont dans votre ville *. •
1. Strad., 567-571. - Mcleren, 492 , 494. — Thuan., III, 44 , 45.