‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 186 sur 228 · Tlunn., It, ,'i3ü, 331. - Meleren · texte numérisé non relu

Tlunn., It, ,'i3ü, 331. - Meleren

SUPPLÉMENT

. Les Provinas-Unies , découragées par une suite de revers, avaient en efl'et ])ris enfin la lésolution de passer sous la souveraineté de la France, et de sauver leur existence et leurs anciens privilèges par le sacrilice de leur indépendance. Une députation était partie, peu de temps auparavant, pour Paris, avec cette mission, et c'était surtout la perspective de ce puissant secours qui fortifiait le courage des habitants d'Anvers. Henri 111, roi de France, n'était pas éloigné personnellement de proliter de ces offres ; mais les troubles que les intrigues des Espagnols surent exciter dans son royaume le forcèrent de renoncer à son désir. Alors les Néerlandais adressèrent leur demande à la reine Élisabeth d'Angleterre, qui leur prêta, en effet, mais trop tard pour le salut d'Anvers, une active assistance. Tandis qu'on attendait dans cette ville le résultat de ces négociations, et qu’on avait les yeux fixés, au loin, sur ces secours étrangers, on avait négligé les moyens de salut les plus naturels et les plus proches, et perdu tout l’hiver, que l’ennemi avait su d'autant mieux employer'.

A la vérité, le bourgmestre d’Anvers, Sainte-Aldegonde , n’avait pas manqué-d’exciter , par des invitations répétées, la flotte zélandaise à tenter une attaque sur les ouvrages ennemis, pendant qu’on soutiendrait du côté d’Anvers cette expédition. Les nuits longues, et souvent orageuses, pouvaient favoriser ces tentatives, et, si la garnison de Lillo risquait en môme temps une sortie, il eût été presque impossible à l'ennemi de soutenir celte triple attaque. Mais, par malheur, il s’était élevé entre le commandant de cette flotte, Guillaume de Blois de Treslong, et l'amirauté de Zélande, des mésintelligences, qui retardèrent d’une manière tout à fait inconcevable l'équipement de la flotte. Pour l’accélérer, Téligny résolut enfin de se rendre lui-méme à Middelbourg, où les états de Zélande étaient assemblés; mais, comme les ennemis avaient occupé tous les passages, cette tentative lui coûta la liberté, et en lui la république perdit son plus vaillant défenseur. Cependant il ne manquait pas de mariniers entreprenants , qui , à la faveur de la nuit et de la marée mon-

• l.Meleren, et suiv. — Hist. gén. des Pror. Un.^ III, 476 491 (t. VI, p. 28-49 (lo riil. franc.). — Groliua, 89.

SCHILUIH. — IIIST. i

370 IIISTOIHE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-BAS. taille, bravant le feu des eiiiieiiiis, franchissaient le pont, encore ouvert dans ce temps-là, jetaient des vivres dans la ville, et s’en retournaient avec le reflux. Mais, plusieurs de ces bateaux l'tant tombés dans les mains de l'ennemi, le conseil ordonna que jamais à l’avenir les bateaux, au-dessous d’un certain nombre, ne tentassent le passage, d’où il résulta qu’il ne se fit plus rien en ce genre, para* que le nombre exigé ne se trouvait jamais complet. On lit aussi d’Anvers sur les vaisseaux espagnols quelques entreprises qui ne furent pas sans succès ; on en prit quelques-uns ; d’autres furent coulés , et il ne s’agissait que de continuer ces essais sur une grande échelle. Mais, quelque zèle qu’y employât Sainte-Aldegonde, il ne se trouva aucun marin qui voulût monter un vaisseau ‘.

Au milieu de toutes ces lenteurs l'hiver s’écoula. Dès qu’on eut remarqué que les glaces disparaissaient, les assiégeants s’occupèrent , avec la plus sérieuse activité , de la construction du pont de bateaux. Entre les deux eslacades il restait encore à remplir un espace de plus de six cents pas, ce qui fut exécuté de la manière suivante. On prit trente-deux playtes (bateaux plats), ayant chacune soixante-six pieds de longueur sur vingt de largeur, et on les attacha les unes aux autres, à l’avant et à l’arrière, j>ar de forts câbles et des chaînes de fer , de sorte cependant qu’elles étaient séparées par des intervalles d'environ vingt pieds, et laissaient au fleuve un libre passage. Chaque bateau était en outre amafré par deux câbles à ancres, jetés en amont et en aval du pont, mais qui pouvaient être lâchés ou tendus, selon que l’eau montait avec le flux ou baissait avec le reflux. Sur les bateaux furent posés de grands mâts, qui allaient de l’un à l’autre, et qui, couverts de planches, formaient un véritable chemin, garni d’un parapet, comme les estocades. Ce pont de bateaux, dont les deux estacades n’étaient que le prolongement, avait avec elles une longueur de deux mille quatre cents pas. Cette redoutable machine était construite d’ailleurs avec tant d’art, si abondammont pourvue d’instruments de mort, qu’elle pouvait se défendre elle-même comme un être vivant, vomir des flammes au premier ordre , et porter la destruction sur tout ce qui ap-

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