‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 202 sur 228 · I. Strad., 5U · texte numérisé non relu

I. Strad., 5U

392 mSTüIUE DE EA UÉVÜETE DES l'AYS-BAS.

hâte, du haut de la digue, pour atteindre les vaisseaux à gué ou à la nage; mais, comme leur fuite était beaucoup trop précipitée, iis SC faisaient obstacle les uns aux autres, et tombèrent par troupes sous les coups du vainqueur qui les poursuivait. Plusieurs même trouvèrent la mort sur les vaisseaux, parce que chacun voulait devancer les autres, et plusieurs bâtiments coulèrent à fond, sous le poids de ceux qui s’y jetaient. Les Anversois, qui combattaient pour leur liberté, leurs foyers, leur croyance, furent aussi les derniers qui se retirèrent; mais cela môme rendit leur sort plus funeste. Plusieurs de leurs vaisseaux furent surpris par le reflux, et restèrent à sec sur le rivage, en sorte qu'ils furent atteints par les canons ennemis et détruits avec tout leur équipage. La masse des fugitifs tâchait de gagner à la nage les autres navires qui avaient pris les devants ; mais la fureur et l'audace des Espagnols allèrent si loin , qu’ils nageaient après les fuyards l'épée entre les dents, et qu’ils en enlevèrent plusieurs même au milieu des barques. 1^ victoire des troupes royales fut complète, mais sanglante; car les Espagnols perdirent environ huit cents hommes. Du côté des Néerlandais. plusieurs milliers, sans compter les noyés, restèrent sur la place ; et, de part et d’autre, il périt beaucoup d'hommes de la première noblesse. Plus de trente vaisseaux tombèrent aux mains du vainqueur, avec un grand chargement de vivres qui avait été destiné aux assiégés . avec plus de cent cinquante canons et d’autre matériel de guerre. l.a digue dont la possession avait coûté si cher, était percée à treize endroits dill'érents, et les cadavres de ceux qui l’avaient mise en cet état furent employés à combler ces brèches. Le jour suivant , les troupes du roi s’emparèrent encore d’un vaisseau d’une énorme grandeur, et d’une construction singulière , qui figurait une citadelle Dottante , et qui avait dû être employé contre la digue de Cowenstein. Les Anversois l’avaient construit, avec une dépense incroyable, dans le même temps où l’on rejetait, à cause des grands frais, les projets salutaires de l’ingénieur Gianibelli; et ils avaient fastueusement appelé ce monstre ‘ ridicule Fin de la guerre : nom qu’il échangea plus tard contre l’appellation beaucoup plus juste d’Arÿen/ perdu. Quand on mit ce navire à la mer, il se trouva , comme tous les hommes sensés l’avaient prédit.

SUPPLÉMENT

que, par sa grandeur incommode, il ne pouvait absolument être gouverné, et que la plus haute marée était à peine capable de le mettre à flot. Il se traîna à grand’peine jusqu’à Ordam, où, abandonné par la marée, il resta sur le rivage, et devint la proie des ennemis'.

L'entreprise sur la digue de Gowenstein' fut la dernière tentative qu’on essaya pour la délivrance d’Anvers. Dès lors les assiégés perdirent courage, et les magistrats de la ville s’eflbrcèrcnt vainement de soutenir, par des espérances lointaines, la multitude , accablée des maux présents. Jusque-là on avait encore maintenu le pain à un prix supportable, qnoi<[ue la qualité devînt toujours plus mauvaise; mais peu à peu la provision de blé diminua tellement, qu’on fut menacé de la famine. On espérait toutefois que la place tiendrait, au moins jusqu’au moment où l’on pourrait moissonner les blés qui se trouvaient entre la ville et les retranchements extérieurs, et qui étaient en pleins tuyaux; mais, avant qu’on en vînt là, l’ennemi s’était aussi emparé des derniers ouvrages qui couvraient Anvers, et s’était approprié toute la moisson. Enlin Malines, ville voisine et confédérée, tomba encore au pouvoir des Espagnols, et avec elle disparut la dernière espérance de recevoir des provisions du Brabant. Comme onuie voyait donc plus aucune possibilité d’augmenter les vivres, il ne restait d’autre parti que de diminuer les consommateurs. Il fallait faire sortir de la place tout le peuple inutile, tous les étrangers, même les femmes et les enfants; mais cette proposition était ti-op contraire à l’humanité pour être adoptée. Un autre projet, celui de chasser les habitants catholiques, irrita ceux-ci tellement qu’on en vint presque à une révolte. Sainte-Aldegonde se vit ainsi contraint de céder à la turbulente impatience du peuple, et de traiter, le 17 août 1585, avec le duo. de Panne, pour la reddition de la ville’.

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