Ueteren, 6u. — Strad.,4T
100 HISTOIRE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-BAS. lorsque l’empereur l'envoya, comme son plénipotentiaire, au concile de Trente, et ce fut là qu’il fit entendre les prémices de son éloquence, qui lui donna dans la suite une si grande autorité sur deux monarques'. Cliarles-Quint se servit encore de lui dans diverses missions difficiles, qu’il termina à l’entière satisfaction de son maître, et, lorsque enfin l’empereur abandonna le sceptre à son fils, il compléta ce précieux don, en lui léguant le ministre qui l’aida à le porter.
Granvelle ouvrit tout d’abord sa nouvelle carrière par le plus grand chef-d’œuvre de son génie politique, je veux dire en s’insinuant si aisément de la faveur d’un tel père dans les bonnes grâces d’un tel fils. 11 réussit bientôt à les mériter en eflet. Dans la secrète conférence que la duchesse de Lorraine avait ménagée en 1558, à Péronne, enü'e les ministres de France et d’Espagne, il projeta avec le cardinal de Lorraine, contre les protestants, la conjuration qui fut ensuite amenée à maturité, mais en môme temps trahie, dans Cateau-Cambrésis, où Granvelle coopéra aux négociations de paix.
A un esprit vaste et pénétrant, à une rare facilité dans les grandes alfaires les plus compliquées, au savoir le plus étendu, se réunissaient merveilleusement chez cet homme un labeur qu’aucun fardeau n’accablait et une patience infatigable; au génie le plus entreprenant, la marche exactement mesurée d’une machine. Jour et nuit, à jeun, sans sommeil, l’État le trouvait toujours prêt; les grandes et les petites affaires étaient pesées par lui avec le môme so'm consciencieux’. Il n’était pas rare qu’il occupât cinq secrétaires à la fois, et en différentes langues : on dit qu’il en parlait sept. Ce qu’une sage.sse attentive avait amené lentement à maturité, acquérait de la force et de la grâce dans sa bouche, et la vérité, accompagnée d’une puissante éloquence, entraînait tous les auditeurs. Sa fidélité était incorruptible, parce qu’aucune des passions qui rendent l’homme dépendant de l’homme ne tentait son cœur’. Avec une admirable sagacité.
1. lUst. gén. des Prov.-Vn.^ t. Il, (t. IV. p. 43, 44 de l’édit, franç.).
2. « Et l’on pouvait dire de lui avec vérité qu‘il portait le fardeau de la monarchie sortie vigoureuses épaules, » (Première édition.)
3. « Un homme unique (d wcotr; le roi, son maître) était son besoin ; pour garder ce trésor, il sacrifiait tout le genre humain. » (Prrmièfp édition.)