‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 9 sur 228 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

dans le chlteau. Nonobstant la puissante intercession de la cour impériale et de celle de Rome, il ne recouvra pas sa liberté avant d’avoir donné des garanties à la nation sur les points contestés.

La sûreté de la vie et de la propriété , qui était le résultat de lois douces et d'une impartiale administration de la justice, avait encouragé , dans ces contrées, l’activité et l’industrie. En lutte continuelle avec l’Océan et lés embouchures de fleuves impétueu.x, qui sévissaient contre les terres plus basses , et dont il fallait dompter la violence par des digues et des canaux , ce |>euple avait appris de bonne heure à observer la nature qui l’entourait, à braver par son industrie et sa constance un élément plus fort que lui, et, comme l’Égyptien, que son Nil instruisait, à exercer dans une résistance ingénieuse son esprit d’invention et sa sagacité. La fertilité naturelle du sol, qui favorisait l’agriculture et l’élève du bétail, augmenta en môme temps la population. Son heureuse situation près de l’Océan et des grands fleuves navigables de l’Allemagne et de laErance, dont plusieurs s’y jettent dans la mer; tant de canaux artificiels, qui coupent le pays dans tous les sens, animaient la navigation ; et les relations intérieures des provinces, qui étaient par là rendues si faciles, éveillèrent bientôt chez ces peuples le génie du commerce.

Les côtes de l’Angleterre et du Danemark furent, à cause du voisinage, les premières que visitèrent leurs vaisseaux. Les laines d’Angleterre, qu’ils rapportaient, occupèrent des milliers de mains industrieuses à Bruges, à Gand, à Anvers, et, dès le milieu du xn* siècle, on porta des draps de Flandre en France et en Allemagne. Au xi* siècle, nous trouvons déjà des vaisseaux frisons dans la Baltique et jusque dans la mer du Levant. Ce peuple courageux osa même, sans boussole, s’avancer vers le pôle arctique, jusqu’à l’extrémité septentrionale de la Russie'. Les Pays-Bas recevaient par les villes des Rendes une partie du commerce levantin, qui allait encore, à cette époque, de la mer Noire à la Baltique, à travers la Russie. Au

I. Fischer, Cachiclite dtt deuttehm HandtU (Hittoire du commerciallemand), l" partie, 447.

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xin* siècle, lorsque ce commerce commença à déchoir, que les croisades ouvrirent aux marchandises de l’Inde une nouvelle route par la mer Méditerranée, que les villes italiennes attirèrent è elles cette fructueuse branche de négoce, et qu'en Allemagne la grande Hanse se forma, les Pays-Bas devinrent le grand entrepôt entre le Xord et le Sud. L’usage de la boussole n’était pas encore général, et l’on naviguait toujours lentement et avec précaution le long des côtes. Les ports de la Baltique étaient le plus souvent gelés pendant les mois d’hiver, et inaccessibles à tout navire'. Les vaisseaux qui ne pouvaient facilement achever en une .seule saison le trajet de la Méditerranée dans la Baltique, choisissaient donc volontiers un point de réunion, situé entre les deux mers. Les Pays-Bas, ayant derrière eux un immense continent auquel ils étaient rattachés par des fleuves navigables; étant ouverts l’Océan, vers le coucliant et le nord, par des ports hosj)italiers, semblaient faits exj>rès pour être le rendez-vous des peuples et le centre du commerce. Des entrepôts furent établis dans les principales villes néerlandaises. Là, Portugais, Espagnols, Italiens, Français, Anglais, Allemands, Danois et Suédois affluaient, avec les productions de toutes les parties du monde. La concurrence des vendeurs faisait baisser le prix des marchandises; l’industrie était vivifiée, parce que le marché était à sa porte. La nécessité de l’échange des espèces produisit le commerce de banque, qui ouvrit encore une abondante souiTe de richesses. Les souverains du pays, qui finirent par mieux connaître leur véritable intérêt, encouragèrent le marchand par les plus importantes franchises, et surent protéger le commerce par des traités avantageux avec les pui.ssances étrangères. Au xv* siècle, quand plusieurs provinces se joignirent ensemble sous un seul maître, leurs funestes guerres particulières cessèrent aussi , et les avantages propres à chacune se trouvèrent désormais plus étroitement réunis par un gouvernement commun. Leur commerce et leur prospérité fleurirent dans le sein d’une longue paix, que la puissance prépondérante de leurs princes imposa aux rois voisins. Le pavillon de Bourgogne était redouté dans toutes les mers’; l’autorité

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