‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 102 sur 219 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Lunebourg, auparavant colonel au service de Ferdinand, embrassa alors aussi le parti de Gustave-Adolphe, et leva pour ce prince quelques régiments par lesquels les troupes impériales furent occupées dans la basse Saxe, ce qui ne fut pas un médiocre avantage pour le roi.

Mais il reçut des services encore bien plus importants du landgrave Guillaume de Hesse- Cassel , dont les armes victorieuses firent trembler une grande partie de la Westphalie et de la basse Saxe, l'abbaye de Fulde et même l’électorat de Cologne. On se souvient qu’immédiatement après l'alliance que le landgrave avait conclue, dans le camp de AVerben, avec Gustave-Adolphe, deux généraux de l’empereur, Fugger et Altringer, furent envoyés dans la Hesse par le comte Tilly pour châtier le landgrave de sa défection. Mais ce prince avait résisté avec un mâle courage aux armes de l’ennemi, comme- ses états provinciaux aux manifestes dans lesquels Tilly prêchait la révolte, et bientôt la bataille de Leipzig le délivra de ces bandes dévastatrices. 11 profita de leur éloignement avec autant de vaillance que de résolution ; conquit en peu de temps Vach, âjünden et Ilœxter, et inquiéta par ses rapides succès l'abbaye de Fulde , l’évêché de Paderborn et tous les bénéfices limitrophes de la Hesse. Ces États effrayés, se hâtèrent de mettre des bornes à ses progrès par une prompte soumission, et ils échappèrent au pillage au moyen de sommes d’argent considérables qu’ils lui payèrent volontairement. Après ces heureuses entreprises , le landgrave réunit son armée victorieuse à la grande armée de Gustave- Adolphe, et il se rendit lui-même à Francfort auprès de ce monarque, pour délibérer avec lui sur le plan des opérations ultérieures.

Beaucoup de princes et d’ambassadeurs étrangers avaient paru avec lui dans cette ville pour rendre hommage à la grandeur de Gustave-Adolphe , implorer sa faveur ou apaiser sa colère. Le plus remarquable entre tous était le roi de Bohême et comte palatin dépossédé, Frédéric V, qui était accouru de Hollande pour se jeter dans les bras de celui qu’il regardait comme son vengeur et son protecteur. Gustave-Adolphe lui accorda le stérile honneur de le saluer comme une tète couronnée, et s'efforça d'alléger son malheur par une noble sym-

200 HISTOIRE DE I.A GUERRE DE TRENTE ANS. pathie. Mais, quoi que Frédéric se promît de la puissance et de la fortune de son protecteur, quelque fond qu’il crût pouvoir faire sur sa justice et sa magnanimité, l’espérance du rétablissement de cet infortuné dans ses États perdus était cependant fort éloignée. L'inaction et la politique absurde de la cour d’Angleterre avaient refroidi le zèle de Gustave- Adolphe, et une susceptibilité dont il ne put se rendre tout à fait maître lui fit oublier ici la glorieuse vocation de défenseur des opprimés, qu'il avait si hautement proclamée, à son apparition dans l’empire d’Allemagne. La frayeur de sa puissance irrésistible et de sa vengeance prochaine avait aussi amené à Francfort le landgrave Georges de Hesse-Darmstadt, et l'avait porté à une prompte soumission. Les liaisons de ce prince* avec l’empereur, et son peu de zèle pour la cause protestante, n’étaient pas un secret pour le roi, mais il se contenta de rire d’un si impuissant ennemi*. Comme le landgrave se connaissait assez peu lui-même, ainsi que la situation politique de l’Allemagne, pour s’ériger, avec autant de sottise que d’assurance , en médiateur entre les deux partis, Gustave-Adolphe avait coutume de ne l’appeler, par moquerie, que « le pacificateur. » On l’entendait dire souvent, lorsqu’il jouait avec le landgrave, et qu’il lui gagnait de l’argent, * que ce gain lui faisait doublement plaisir, parce que c’était de la monnaie impériale. * Ce fut seulement en faveur de la parenté du landgrave Georges avec l’électeur de Saxe, prince que Gustave- Adolphe avait des raisons de ménager, que ce monarque se contenta de la remise de sa forteresse de Rüsselsheim, et de la promesse qu’il observerait pendant cette guerre une stricte neutralité. Les comtes de Wersterwald et de VYettéravie avaient également paru à Francfort auprès du roi, pour conclure avec lui une alliance, et lui offrir contre les Espagnols leur secours, qui lui fut très-utile dans la suite. La ville de Francfort ellemême eut tout sujet de se louer de la présence de Gustave- Adolphe, qui prit son commerce sous-1 2 la protection de son autorité royale, et rétablit par les mesures les plus éner-

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