‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 11 sur 219 · Dans la première édition : Un armistice soudain · texte numérisé non relu

Dans la première édition : Un armistice soudain

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je veux dire la prise de possession des biens ecclésiastiques , ne fut pas moins efficace après la conclusion de la paix qu’avant, et tous les bénéfices médiats' qui n’étaient pas encore dans leurs mains y passèrent bientôt. Toute la basse Allemagne fut, en peu de temps, sécularisée, et, s'il en fut autrement dans la haute, cela tint à la vive résistance des catholiques, qui y avaient la supériorité. Quand un parti se sentait le plus fort, il molestait ou opprimait l'autre ; les princes ecclésiastiques surtout , étant, de tous les membres de l’Empire, les plus dépourvus de moyens de défense, furent sans cesse inquiétés par le désir d'agrandissement de leurs voisins non catholiques. Quiconque se sentait incapable de repousser la force par la force, se réfugiait, sous les ailes de la justice, et les plaintes en spoliations contre les membres protestants de la diète, s’accumulèrent devant le tribunal de l’Empire, assez disposé à poursuivre les accusés par ses sentences, mais trop peu soutenu pour les faire exécuter. La paix , qui accordait aux princes l’entière liberté de religion , avait aussi pourvu, en quelque manière , aux intérêts du sujet, en stipulant pour lui le droit de quitter en toute sécurité le pays où son culte serait opprimé. Mais la lettre morte du traité de paix ne pouvait le protéger contre les violences qu'un souverain peut se permettre envers un sujet détesté; contre les persécutions inouïes par lesquelles il peut entraver son émigration ; contre les pièges, adroitement tendus, dans lesquels l’artifice, joint à la force , peut enlacer les- esprits. Le sujet catholique de princes protestants se plaignait hautement de la violation de la paix religieuse; l’évangélique, plus hautement encore, des persécutions que lui faisait subir son souverain catholique. L’animosité des théologiens et leur humeur querelleuse envenimaient des incidents insignifiants par eux-mêmes et enflammaient les esprits ; heureux encore si cette rage théologique s'étail épuisée sur l’ennemi commun , sans répandre son venin sur les alliés de sa propre croyance !

L'union des protestants entre eux serait fi la tin parvenue à maintenir l’équilibre entre les deux partis opposés et à prolonger ainsi la paix; mais, pour mettre le comble à la confusion,

1. Ainsi nommés parce qu’ils ne relevaient que médiatement de l’empereur.

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