‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 10 sur 219 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

toujours absolument équitables envers les catholiques, ils opprimaient, quand cela était en leur pouvoir, les calvinistes, qui, il est vrai, n’étaient pas plus dignesde la tolérance, dans la meilleure acception du mot, vu qu’ils étaient eux-mêmes tout aussi éloignés de la pratiquer. Pour une paix de religion de ce genre, l’époque n’était pas mûre, et il y avait encore trop de confusion dans les esprits. Comment une partie pouvait-elle demander à l’autre ce qu’elle était elle-même incapable d’accorder? Ce que chaque parti religieux sauva ou gagna dans le traité d’Augsbourg, il le dut à l’état accidentel de puissance1 où ils se trouvaient l’un par rapporta l'autre, lorsqu'on arrêta les bases de cette paix. Mais ce que la force avait gagné , la force dut le maintenir ; il fallait donc que le rapport de puissance subsisté! à l’avenir , sous peine de voir le traité perdre sa force. On avait tracé l’épée à la main les limites des deux Églises; il fallait les garder avec l’épée, ou sinon malheur au parti qui désarmerait le premier! perspective incertaine, effrayante pour le repos de l’Allemagne, et qui déjà le menaçait , du sein même de la paix.

L’Empire jouit alors d’une tranquillité momentanée : le lien d’une concorde passagère semblait réunir de nouveau en un seul corps ses membres divisés, en sorte que le sentiment du bien commun se réveilla même pour un temps. Mais la séparation avait atteint l’Empire au cœur; rétablir la première harmonie était chose désormais impossible. Si exactement que le traité de paix parût avoir déterminé les droits des deux parties, il n’en fut pas moins l’objet d'interprétations diverses. 11 avait imposé un armistice * aux combattants dans la plus grande chaleur de la lutte ; il avait couvert le feu , il ne l’avait pas éteint, et, des deux côtés , il restait des prétentions non satisfaites. Les catholiques croyaient avoir trop perdu ; les évangéliques n’avoir pas assez gagné; les uns et les autres se dédommageaient en interprétant, selon leurs vues, la paix, qu’ils n’osaient pas enfreindre encore.

Le puissant motif qui avait porté tant de princes protestants à embrasser avec un tel empressement la doctrine de Luther,

|. Il y a un mot de plus dans la première édition : « 11 le dut à sa force, & l'état accidentel de puissance, etc. •

Page 1