‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 112 sur 219 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Les Bavarois avaient pris possession de la ville impériale de Ratisbonne , que l’électeur avait surprise , suivant le conseil de Tilly, et qu’il tenait enchaînée par une forte garnison. Cet événement changea soudain le plan de guerre du roi. Il s'était flatté lui-même de l’espérance d'occuper cette ville, attachée au protestantisme, et de trouver en elle une alliée non moins dévouée que Nuremberg , Augsbourg et Francfort. La prise de Ratisbonne par les Bavarois éloigna pour longtemps l’accomplissement de son principal désir, qui était de s’emparer du Danube , afin de couper à son adversaire tout secours de la Bohême. Il quitta promptement les murs d’Ingolstadt , devant lesquels il prodiguait inutilement son temps et ses soldats, et pénétra dans l’intérieur de la Bavière, aOn d’y attirer l’électeur pour la protection de ses États, et de dégarnir les rives du Danube de leurs défenseurs.

Tout le pays jusqu’à Munich était ouvert au conquérant. Moosbourg, Landshut, tout l'évêché de Freisingen, se soumirent à lui; rien ne pouvait résister à ses armes. Mais, quoiqu’il ne trouvât point sur son chemin de troupes régulières, il avait à combattre dans le cœur de chaque Bavarois un implacable ennemi , le fanatisme religieux. Des soldats qui ne croyaient pas au pape étaient dans ce pays une apparition nouvelle, inouïe; le zèle aveugle des prêtres les avait représentés au paysan comme des monstres , des fils de l’enfer, et leur chef comme l’antechrist. Il n'est pas étonnant qu’on s'affranchit de tous les devoirs de la nature et de l’humanité envers cette couvée de Satan, et qu’on se crût autorisé aux plus effroyables attentats. Malheur au soldat suédois qui tombait seul dans les mains d’une troupe de ces sauvagos! Toutes les tortures que peut imaginer la rage la plus raffinée étaient exercées sur ces malheureuses victimes, et la vue de leurs corps mutilés provoquait l’armée à d’affreuses représailles. Gustave-Adolphe lui seul ne souilla par aucun acte de vengeance son caractère héroïque : la mauvaise opinion que les Bavarois avaient de son christianisme, était loin de le délier, envers ce malheureux peuple, des préceptes de l’htimanité; elle lui faisait au contraire un devoir plus sacré d’honorer sa croyance par une modération plus scrupuleuse encore.

L’approche du roi répandit le trouble et l’épouvante dans la capitale , qui , dépourvue de défenseurs et abandonnée par les principaux habitants, ne chercha son salut que dans la magnanimité du vainqueur. Elle espérait apaiser son courroux par une soumission absolue et volontaire, et envoya des députés au-devant de lui jusqu’à Freisingen, pour déposer à ses pieds les clefs de la ville. Si vivement que le roi fût excité par l’inhumanité des Bavarois et la haine de leur souverain à faire un usage cruel de son droit de conquête; si instamment qu’il fût sollicité, même par des Allemands, de faire expier le malheur de Magdebourg à la capitale de son destructeur, son grand cœur dédaigna néanmoins cette basse vengeance : l’impuissance de l’ennemi désarma sa colère. Satisfait d’un triomphe plus noble, de la joie de conduire, avec la pompe d’un vainqueur, le comte palatin, Frédéric V, dans la résidence du prince qui était le principal artisan de sa chute et le ravisseur de ses États, il releva la magnificence de son entrée par l’éclat plus beau de la modération et de la douceur.

Le roi ne trouva dans Munich qu’un palais abandonné : on avait emporté à Werfen les trésors de l’électeur. La magnificence du château électoral le jeta dans l’étonnement, et il demanda au gardien qui lui montrait les appartements, le noni de l’architecte » Il n’y en a pas d’autre, répondit-il, que l’électeur lui-méme. — Je voudrais l’avoir, cet architecte, répliqua le roi, pour l’envoyer à Stockholm. — C’est de quoi l’architecte saura se garder, » repartit le gardien. Lorsqu’on visita l’arsenal il ne s’y trouva que des affûts, dépourvus de leurs pièces. On avait enfoui si soigneusement les canons dans la terre qu’il n’en paraissait aucune trace, et, sans la trahison d’un ouvrier, on n’aurait jamais découvert l’artifice. « Ressuscitez des morts, s’écria le roi, et paraissez au jugement! » On fouilla la terre, et l'on découvrit environ cent quarante pièces, plusieurs d’une grandeur extraordinaire, et la plupart enlevées en Bohême et dans le Palatinat. Une somme de trente mille ducats d’or, qui était cachée dans une des plus grandes, compléta la joyeuse surprise que fit au roi cette précieuse découverte.

Mais ce qu’il eût bien mieux aimé voir paraître, c'était l'armée bavaroise elle-même, qu’il avait voulu attirer hors de ses

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