Vallée de Joachim
vallée, pour prêcher l’Évangile aux hérétiques. Si l 'éloquence des jésuites ne suffisait pas, on tâchait d’atteindre son but en logeant de force les mousquetaires dans les maisons et en recourant aux menaces de bannissement et aux amendes. Mais cette fois la bonne cause triompha, et la courageuse résistance de cette peuplade força l’empereur de retirer honteusement son mandat de conversion. L’exemple de la cour servit de règle de conduite aux catholiques du royaume, et justifia tous les genres d’oppression que, dans leur arrogance, ils étaient tentés d’exercer contre les protestants. 11 ne faut pas s’étonner que ce parti, cruellement poursuivi, fût favorable à un changement, et qu’il portât ses regards avec impatience vers son libérateur, qui se montrait alors à la frontière.
Déjà l'armée saxonne était en marche sur Prague. Toutes les places devant lesquelles elle paraissait avaient été abandonnées par les garnisons impériales. Schlœckenau, Tctschen, Aussig, Leutmeritz, tombèrent rapidement, l’une après l'autre, au pouvoir de l’ennemi ; chaque ville ou village catholique était livré au pillage. L’effroi saisit tous les catholiques du royaume, et, se souvenant des mauvais traitements qu’ils avaient fait subir aux évangéliques, ils ne se hasardaient pas à attendre l’arrivée vengeresse d’une armée protestante. Tout ce qui était catholique, et avait quelque chose à perdre, fuyait de la campagne dans la capitale, pour quitter ensuite la capitale elle-même, tout aussi promptement. Prague même n’était nullement préparée à repousser une attaque, et se trouvait trop dépourvue de troupes pour être en état de soutenir un long siège. On avait résolu trop tard à la cour impériale d’appeler le feld-maréchal Tiefenbach au secours de cette capitale. Avant que l’ordre impérial eût atteint les quartiers de ce général, en Silésie, les Saxons étaient déjà près de Prague ; la bourgeoisie, à demi protestante, promettait peu de zèle, et la faible garnison ne laissait pas espérer une longue résistance- Dans cette affreuse extrémité, les habitants catholiques attendaient leur salut de Wallcnstein, qui vivait à Prague en simple particulier. Mais, bien éloigné d’employer pour la défense de la ville son expérience militaire et le poids de son autorité, il saisit au contraire le moment favorable pour satisfaire sa vengeance. Si ce ne fut pas lui qui