LIVRE TROISIÈME
attira les Saxons à Prague, du moins ce fut certainement sa conduite qui leur facilita la prise de cette ville. Si peu en mesure qu’elle fût d’opposer une longue résistance , elle ne manquait pourtant pas de moyens de se maintenir jusqu’à l’arrivée d’un secours; et un colonel impérial, le comte Maradas, témoigna effectivement le désir d’entreprendre la défense ; mais, étant sans commandement , et poussé uniquement par son zèle et son courage à cette action hardie , il n’osait pas se mettre à l’œuvre à ses propres risques, sans l’assentiment d’un supérieur. En conséquence, il demanda conseil au duc de Friedland, dont l'approbation tenait lieu d’une commission impériale, et à qui un ordre exprès de la cour adressait la généralité de Bohême dans cette extrémité. Mais Wallenstein prétexta artificieusement son éloignement de tout emploi et son absolue retraite de la scène politique, et il abattit la fermeté du subalterne par les scrupules que lui, l’homme puissant, laissa paraître. Afin de rendre le découragement général et complet, il quitta même enfin la ville, avec toute sa cour, quoiqu’il eût fort peu de chose à craindre de l’ennemi à la prise de la place, et elle fut perdue précisément parce qu’il marqua par sa retraite qu’il désespérait d’elle. Son exemple fut suivi par toute la noblesse catholique, par la généralité avec les troupes, par le clergé et tous les officiers de la couronne. On employa toute la nuit à sauver les personnes et les biens. Tous les chemins jusqu’à Vienne étaient remplis de fuyards, qui ne revinrent de leur frayeur que dans la résidence impériale. Maradas lui-même, désespérant du salut de Prague, suivit la foule, et conduisit sa petite troupe jusqu’à Tabor, où il voulut attendre l’événement.
Un profond silence régnait dans Prague , quand les Saxons parurent le lendemain devant ses murs. Nuis préparatifs de défense; pas un coup de canon tiré des remparts, qui annonçât quelque résistance des habitants. Les troupes se virent au contraire entourées d’une foule de spectateurs , que la curiosité avait attirés hors de la ville pour considérer l’armée saxonne , et la paisible familiarité avec laquelle ils s’approchaient ressemblait beaucoup plus à une salutation amicale qu’à une réception ennemie. Par le rapport unanime de ces gens, on
apprit que la ville était dégarnie de soldats, et que le gouvernement s’était enfui à Budweiss. Ce défaut de résistance , inattendu, inexplicable, excita d’autant plus la défiance d’Arnheim, que l’approche rapide des secours de Silésie n’était pas un secret pour lui , et que l’armée saxonne était trop peu pourvue de matériel de siège , et beaucoup trop faible en nombre pour assaillir une si grande ville. Craignant une embuscade, il redoublait de vigilance, et il flotta dans cette crainte, jusqu'au moment où le maître d’hôtel du duc de Friedland , qu’il découvrit dans la foule, lui confirma cette incroyable nouvelle. « La ville est & nous sans coup férir , • s'écria-t-il alors , au comble de l’étonnement, en s’adressant à ses officiers , et , sur-le-champ, il la fit sommer par un trompette.
[.a bourgeoisie de Prague, honteusement délaissée par ses défenseurs , avait pris depuis longtemps sa résolution, et il ne s'agissait plus que de garantir la liberté et la propriété par une capitulation avantageuse. Aussitôt quelle fut signée par le général saxon, au nom de son maître, on lui ouvrit les portes sans résistance, et, le 11 novembre 1631, l’armée fit son entrée triomphante. L’électeur lui-méme arriva bientôt après, pour recevoir en personne l’hommage de ses nouveaux protégés ; car c'était seulement à ce titre que les trois villes de Prague s’étaient rendues à lui : leur union avec îa monarchie autrichienne ne devait pas être rompue par cette soumission. Autant les catholiques avaient redouté avec excès les représailles des Saxons , autant la modération de l’électeur et la bonne discipline des troupes les surprirent agréablement. Dans cette occasion le feldmaréchal d’Arnheim fit paraître d’une façon toute particulière son dévouement au duc de Friedland. Non content d’avoir épargné dans la .‘marche toutes ses propriétés , il mit encore des gardes à son palais , afin que rien n'en fût détourné. Les catholiques de la ville jouirent- de la plus complète liberté de conscience, et, de toutes les églises qu’ils avaient enlevées aux protestants , quatre seulement furent rendues à ces derniers. Les jésuites seuls, à qui la voix publique imputait toutes les persécutions souirertes , furent exclus de cette tolérance et durent ’ s’éloigner du royaume.
Jean-Georges , même victorieux , ne démentit pas l’humble