LIVRE PREMIER
malheureusement ils avaient le dessous. L'avidité de la secte protestante pour les biens de l’Église ne leur laissait espérer aucun ménagement; sa haine, aucune générosité, aucune tolérance.
Mais les protestants étaient excusables aussi de montrer peu de confiance en la loyauté des catholiques. Les traitements perfides et barbares qu'on se permettait en Espagne, en France et dans les Pays-Bas envers leurs coreligionnaires; le honteux subterfuge de certains princes catholiques, qui se faisaient délier par le chef de l’Église des serments les plus sacrés; l'abominable maxime, qu’on n’était pas tenu de garder sa foi et sa parole aux hérétiques, avaient déshonoré l’Eglise romaine aux yeux de tous les gens de bien. Point de promesse dans la bouche d’un catholique, point de serment si redoutable, qui pût rassurer le protestant. Comment se serait-il reposé sur la paix de religion, que les jésuites présentaient dans toute l’Allemagne 1 comme une transaction provisoire, et que Rome avait même solennellement rejetée ?
Cependant le concile général , auquel on s’était référé dans le traité de paix, s’était tenu dans la ville de Trente, mais, comme on l’avait prévu , sans pouvoir réconcilier les deux partis qui se combattaient, sans leur avoir fait faire un seul pas vers cette réconciliation; enfin, sans que les protestants y eussent seulement envoyé des députés. Ils étaient désormais solennellement condamnés par l’Église , dont le concile se déclarait le représentant. Pouvaient-ils trouver une garantie suffisante contre l’anathème dans un traité profane , et de plus imposé par la force des armes ; un traité , appuyé sur une condition qui semblait mise à néant par le décret du concile? L'apparence du droit ne manquait donc plus aux catholiques, s’ils se sentaient d’ailleurs assez forts pour enfreindre la paix de religion , et les protestants n’étaient plus protégés que par le respect qu’inspirerait leur propre force.
D’autres causes s’ajoutèrent à celles-là, pour augmenter la défiance. L’Espagne , sur qui s’appuyait l’Allemagne catholique , faisait alors aux Pays-Bas une violente guerre , qui avait