LIVRE TROISIÈME
guère propre à garder le trésor sacré de la constitution allemande et à respecter la liberté des membres de l’Empire. L’hommage choquant que la ville impériale d’Augsbourg fut amenée à rendre, ainsi que plusieurs autres cités, à la couronne suédoise, annonçait moins le protecteur de l’Empire que le conquérant; et cette ville , plus fière du titre de ville royale que de la prérogative plus glorieuse de sa liberté impériale, se flattait déjà de devenir la capitale du nouvel empire de Gustave- Adolphe. Ses vues, mal dissimulées, sur l’archevêché de .Mayence, qu'il destina d’abord à l’électeur de Brandebourg, comme dot de sa fille Christine, et ensuite à Oxenstiern, son chancelier et son ami, faisaient paraître clairement tout ce qu’il était capable de se permettre contre la constitution de l’Empire. Les princes protestants ses alliés avaient à sa reconnaissance des prétentions qui ne pouvaient être satisfaites qu'aux dépens de leurs co-états, et surtout des bénéfices ecclésiastiques immédiats ; et peut-être , à la manière de ces hordes bqrbares qui envahirent l’ancien empire romain, avait-il déjà formé le dessein de partager, comme un proie commune, les provinces conquises, entre ses compagnons d’armes allemands et suédois. Dans sa conduite envers le comte palatin Frédéric, il démentit tout à fait la générosité du héros et le caractère sacré de protecteur. Le Palatinat était dans ses mains, et les devoirs de la justice aussi bien que de l’honneur l'obligeaient de rendre, entière et intacte, à son maître légitime, cette province arrachée aux Espagnols; n ais, par une subtilité indigne d’un grand homme et du titre vénérable de défenseur des opprimés, il sut éluder cette obligation II considérait le T’alatinat comme une conquête, qui avait passé des mains de l’ennemi dans les siennes, et de là, à ses yeux, découlait pour lui le droit d’en disposer à son gré. Ce fut donc par grâce, et non par le sentiment du devoir , qu'il le céda au comte palatin , et seulement comme un lief de la couronne suédoise, à des conditions qui lui ôtaient la moitié de sa valeur, et qui abaissaient ce prince à n’être qu'un méprisable vassal de la Suède. Une de ces conditions, qui prescrit au comte palatin « de contribuer , après la lin de la guerre , à entretenir une partie de l’armée suédoise, à l'exemple des autres princes, » nous fait entrevoir assez clairement le sort qui attendait l’Alle-
magne, si le bonheur du roi avait duré. Son brusque départ de ce inonde assura à l’empire allemand la liberté et à lui-même sa plus belle gloire , si même il ne lui sauva pas la mortification de voir ses propres alliés armés contre lui, et de perdre dans une paix désavantageuse tous les fruits de ses victoires. Déjà la Saxe penchait à se détacher de son parti ; le Danemark observait sa grandeur avec inquiétude et jalousie; et la France môme , son allié le plus important, alarmée par le formidable accroissement de sa puissance et le ton plus fier qu'il prenait, cherchait, dès le temps où il passait le Loch, des alliances étrangères, pour arrêter la marche victorieuse du (ioth, et rétablir en Europe l'équilibre des forces.
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