‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 195 sur 219 · Oui, je reviens bien mortifié par Friedland I · texte numérisé non relu

Oui, je reviens bien mortifié par Friedland I

SUPPLÉMENT

ses Etats héréditaires, et les forces avec lesquelles il avait autrefois aspiré à une prépondérance marquée dans la politique de l'empire germanique, il lui fallut les employer en grande partie à sa propre défense, et souvent pour son salut.

Une épidémie, qui, en 1634, exerça dans la Ravière de tels ravages, qu’à Munich seulement elle enleva, dit-on, quinze mille hommes, tient peu de place sans doute dans l’histoire de ce prince, mais elle complète le tableau de désolation qui, au milieu du trouble et du tumulte de la guerre et des négociations sans fin, occupe l'esprit dans la seconde moitié de son règne.

Frédéric ne vivait plus; Ferdinand III avait succédé à son père; dix-huit pénibles années s’étaient écoulées depuis la fameuse diète de Ratisbonne, lorsqu’en 1641 les négociations furent reprises plus vivement pour la maison palatine, et vinrent échouer encore sans fruit contre les mêmes obstacles qu’auparavant. lMus chaque partie avait fait de sacrifices de tout genre pour défendre ses intérêts particuliers, plus elle s’opiniâtrait à les défendre encore , et sans cesse le sang qui avait déjà coulé dans cette lutte était payé de nouveaux flots de sang.

Les deux dernières armées de la guerre furent, pour Maximilien, fertiles en événements et en revers inévitables. Pour traiter de la paix, un armistice préalable parut nécessaire; mais du cêté de l'empereur il s’élevait toujours de nouvelles difficultés, auxquelles la cour impériale s’inquiétait d'autant moins sérieusement de mettre un terme, que ce n'étaient que les pays de Maximilien qui avaient immédiatement à souffrir des suites de la rupture des négociations stériles. L'habitude constante de la politique française d’avoir égard à la cour de Bavière, offrit en cette occasion à l’électeur un appui qu’il put saisir en dépit de l’empereur. Il fit ce qu’il se devait à lui-même et à son pays, et conclut, principalement par l’intervention de la France, un armistice séparé (1647). Ce fut un coup très-sensible pour Ferdinand de voir la guerre détournée par là de la Bavière sur ses domaines, et il ne négligea rien pour mettre son allié dans la nécessité de revenir à lui. La politique impériale ourdit des complots parmi les officiers de Maximilien, poussa l’ennemi à la méfiance et à de nouvelles menaces, ne

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négligea même pas de prendre contre la démarche isolée de l’électeur les mesures qui sont dans le droit du suzerain : et cependant elle mêlait à toute cette trame des négociations amicales. Aux reproches de l’empereur, à ses actes d’apparence légale, à la conduite coupable de ses propres officiers, aux difficultés que lui sùscitait la défiance des ennemis, Maximilien opposa du courage et de la dignité; mais, en dissension avec son puissant allié, et, par la nécessité même où il se trouvait, suspect à l’ennemi à un tel point qu’il devait toujours s’attendre à une attaque, il ne lui restait plus que le choix entre deux maux, dont le moindre après tout était celui qui dépendait de la fortune des armes. 11 dénonça l’armistice, et réunit de nouveau ses troupes avec celles de l’empereur.

Les germes d'esprit de parti, de discorde et de trahison, semés par Wallenstein dans l’armée combinée .impériale et bavaroise, étaient un des maux les plus funestes qu’avaient laissés après elles les anciennes relations de ce général avec l’électeur de Bavière. Autant il était impossible à Maximilien de se soutenir seul désormais, autant il savait que ses troupes, unies à celles de l’empereur, étaient rarement heureuses : c’était une des raisons qu’il avait lui-même données aux Suédois pour leur prouver qu'il était sincère en rompant avec Ferdinand.

Une réconciliation après une rupture ouverte n’était pas faite pour mettre plus d'harmonie dans les opérations de l’armée combinée. Mais Maximilien subissait le joug de la nécessité. Il fallut que la Bavière fût encore livrée en proie h l’ennemi, et la guerre, à sa fin , répandit encore une fois toutes ses horreurs sur cette malheureuse contrée et son vieux souverain, qui fut réduit à fuir de ville en ville, avec toute sa cour, devant l'incendie et la dévastation.

Les équivalents et les satisfactions vantées de la paix de Westphalie, consolèrent finalement tous les princes et tous les peuples des trente années de misère universelle. La mort laissa encore à Maximilien, alors Agé de soixante-dix-sept ans, un répit de quelques années, pour contempler, au sein du repos inaccoutumé de la paix, les ravages de ses États épuisés.

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