DOC DE BAVIÈRE ET ÉLECTEUR
Maximilien est un des princes peu nombreux qui virent le commencement et la lin de la guerre de trente ans. Trois ans avant sa mort, la grande allaire de la paix fut achevée, et c’est chose touchante que, de tous les combaltanls, ce fut lui qui le premier déposa les armes. 11 laissa une brillante renommée parmi les princes allemands de cette époque de confusion. Il enrichit sa maison de provinces et de dignités. Son inlluencc demeura , pendant tout le temps de la guerre, prépondérante , il sut maintenir son autorité vis-à-vis des amis comme des ennemis, et, quand il le fallait, la venger. Il fut un allié iidèle et secourable ; son attachement au parti qu'il avait embrassé fut ferme et constant , sans toutefois se changer en faiblesse; il ne laissait jamais passer une faute en la mettant sur le compte de l'amitié. Le jugement de l'histoire sur sa personne peut être aussi décidé que l'étaient les principes de sa vie, car dans un règne de cinquante-six ans le caractère d'un prince finit par se révéler.
Sa vie, qui fut active jusqu’à l’épuisement des forces, fut une succession continuelle de vraie et de fausse gloire, d'agrandissement, de bonheur envié, et de misère profonde, exaspérante. Ses provinces furent souvent le théâtre de la guerre. Tantôt
408 HISTOIRE HE I.A GUERRE DE TRENTE ANS. c’était l'intention de se venger de Maximilien qui les exposait à des ravages particuliers et prémédités; tantôt, et cela arriva plus d'une fois , des envieux et des rivaux , dans son propre parti, déjouèrent les mesures qu’il avait prises pour ménager son peuple : ménagement bienfaisant et digne d'éloge, quand il n’eût eu, lui et ses conseillers, d'autre vue que d'épargner son bien. Entre la violence sanglante et le roide et timide formalisme qui dominait dans le conseil du chef plus puissant qu’il servait, souvent son intérêt fut indignement sacrifié, malgré tout ce qih’il déployait d'habileté politique et de talents guerriers.
11 servit d'instrument , pour mainte injustice , au fanatisme et à la tyrannie. 11 montra, en mainte occasion, plus d’égoisme que de soin de son honneur, qui souvent, il faut en convenir, fut compromis plutôt par les mesquins objets de son avidité que par cette passion même, laquelle si aisément peut changer de nom et s'appeler ambition. Ses gains dans le jeu terrible des combats furent l'objet de l’envie, de la malveillance, des reproches, et il se trouva , en fin de compte, qu’il avait autant perdu que tout autre prince en Allemagne. La réflexion paisible, calculant à loisir, imaginerait difficilement un plan de conduite possible, pour un souverain sage, h l’époque d’une lutte générale, lequel, au temps de la guerre de trente ans, parmi ce grand nombre de combattants faibles et mécontents, n'ait pas été suivi par un prince ou par un autre. Mais le malheur était si universel et si inévitable, qu’un seul mal détourné faisait alors autant d’honneur à un souverain que , dans des temps plus paisibles, le bonheur d'un pays. Qui donc peut blâmer le duc de Bavière pour ce qu’il a fait? Qui peut dire qu’il eut eu mieux à faire?
La modération et la fermeté , l’amour de la paix et le talent de la guerre distinguèrent en général la conduite publique de Maximilien. Les princes allemands avaient sans doute trop peu de pouvoir indépendant pour que leurs plans les mieux médités ne fussent pas continuellement exposés à être renversés par les vicissitudes de la fortune. Celui qui souffrit plus par accident que par sa propre folie, celui dont les résolutions eurent les suites les moins fâcheuses , celui qui avait habitué les cabinets des plus
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grandes puissances à ne pas l'omettre dans leurs calculs lors même qu’une expédition heureuse de telle ou telle armée avait détruit, pour un temps dont on ne pouvait prévoirie terme, la prospérité de ses Etats : celui-là fut entre ces princes le plus grand et le plus sage. Cette gloire peut-être appartiendrait sans conteste au duc de Bavière; mais c’est un effet du malheur de ces temps que la vue du plus sage et du plus grand demeure toujours cependant plus triste que propre à élever le cœur. Dans l'incendie universel, rarement il fut donné à celui dont la maison prenait feu, d’éteindre chez lui les flammes et de rebâtir à loisir : une invincible nécessité le poussait dehors pour aller incendier la demeure du voisin. Le rôle que Maximilien avait choisi lui imposa particulièrement ce lot. Mais si l’on met en regard la dévastation d'autres contrées de l’Allemagne dont les princes cherchèrent à se protéger par l’indécision , la balance alors penche du côté de celui qui du moins conserva de la volonté, et garda de la force pour résister ou se venger.
En général , l’époque de la guerre de trente ans fut pauvre en vraie grandeur humaine. C'est à tort qu’on a voulu ici exclure de toute participation à un jugement réservé à la raison la voix du sentiment : la grandeur des hommes et le bonheur des hommes ne sont pas choses aussi distinctes et séparées que paraissent le croire les admirateurs de cette époque. Gustave- Adolphe seul eut par rapport à la guerre les sentiments d’un homme, la résolut en roi et la fit en- héros. Mais la guerre abrégea sa carrière , et le destin n'accorda pas à l’humanité la vue complète de sa grandeur. En revanche, il laissa une sphère d’action d'autant plus illimitée, d'abord au fanatisme religieux, qui, pour se cacher derrière les droits civils et les constitutions politiques, et se déguiser sous les plaintes réciproques des parties touchant les atteintes à la propriété , n’en fut ni moins dangereux, ni moins furieux; puis à une politique qui, par la nature môme de ses moyens, lesquels étaient le bouleversement et la destruction, ne demeura jamais bien sûre de ses vues; enfin à une soif d’agrandissement et de domination qui, s'allumant dans le cabinet des princes plutôt qu'elle ne naissait dans leur génie même , avait pris les caractères de la faiblesse et de l'opiniâtreté. Par ces ressorts qui choquaient a nature, sans
410 HISTOIRE I)E I.A GUERRE DE TRENTE ANS. doute des forces surhumaines furent mises en mouvement, pour braver, au milieu de l'épuisement le plus profond , le besoin universel de repos et de paix. De grands talents parurent sur la scène, pour servir ou combattre cette ambition, dégénérée jusqu’à n’ètre qu’atlaire de convention, et par le long exercice ils gagnèrent considérablement en étendue et en force. Mais autaut il est sûr que le contrat entre les princes et les peuples ne peut avoir pour but de se détruire eux- mêmes, autant il l'est aussi que les suprêmes etlorts des esclaves sont plus dignes de pitié que d'admiration, et, par l’enchaînement des motifs et des passions condamnables qui prolongèrent si monstrueusement cette guerre, il arriva qu'en général la vraie grandeur fut inconciliable avec ces ellorts mêmes et presque toujours avec leur objet.
L'histoire gagne à ce point de vue ce qu'y perdent ses héros. Il s’ensuit qu’un rapide exposé de la vie de Maximilieu pourra exciter notre intérêt et nos réflexions, si même nous trouvons qu'il ne mérite pas beaucoup notre admiration.
Un trait remarquable dans ce prince, c’est qu’il échappa aux dangers auxquels l'exposa son éducation, qui fut très-soignée, mais aussi très-contraire au but à atteindre. Le pédantisme et la bigoterie marquèrent toutes les dispositions prises par son père pour former un fils qu'il destina de très-bonne heure à régner. Le panégyriste de Maximilien, Aldzreiter, rapporte, avec la meilleure intention du monde, toute sorte de détails de son enfance qui font attendre un gouvernement mesquin, superstitieux , et par conséquent tyrannique. Il faut donc qu’il ait trouvé au dedans de lui-même une autre culture, qui lui apprit à distinguer fort bien les habitudes de sa dévotion, de ses actions politiques, toutes les fois qu’il n'y avait pas d'accord possible entre elles. L’archiduc Ferdinand, qui fut plus tard l'empereur Ferdinand II, partagea, à Jngolstadt, avec Maximilien, les soins paternels du duc Guillaume de Bavière : heureux s'il n’eût pas laissé plus que son condisciple subjuguer son esprit par le fanatisme! Toutefois ces années de la jeunesse passées ensemble peuvent être considérées comme une des causes du dévouement actif de Maximilien à la maison d'Autriche, surtout lorsqu’un voit que c'est sous le successeur de Ferdinand
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que l’union entre l’empereur et son premier allié, Maximilien, commença à se relâcher.
Guillaume n’avait rien négligé pour faire de son (ils le plus pieux , le plus instruit et le plus sage des princes. Il lui avait fait entreprendre divers voyages , entre autres un voyage à Rome, dont l’objet était de saluer le seuil sacré des apôtres, mais d’où il se peut bien que l’heureuse intelligence du jeune pèlerin n’ait pas moins recueilli de fruit pour accroître sa prudence politique que pour assurer le salut de son âme. Résolu à consacrer le reste de sa vie à une pieuse retraite, loin de toutes les affaires de ce monde, Guillaume céda, en 1596, à Maximilien, âgé de vingt-trois ans, le gouvernement de scs États.
Les divisions et les querelles qui régnaient entre les partis religieux , la rivalité naturelle des maisons bavaroise et palatine, qu'envenimait des deux parts le prétexte de la diversité de croyance, occupèrent, au moins indirectement, le jeune duc de ltavière, dès les premières aimées de son règne. Mais l’exécution de la sentence partiale et inique prononcée contre la ville impériale de Donawert, dont l’empereur le chargea en 1607, fut le premier acte par lequel Maximilien débuta dans le rôle important qu’il eut à jouer au sein du parti catholique. La ville lui demeura engagée pour les frais de l'exécution, au grand déplaisir des proteslants, mais par une suite très-naturelle des institutions judiciaires de l’empire germanique, qui appellent les forts à faire office de sergents contre les laibles, et, parmi les frais du procès, mettent au compte de la partie condamnée et battue le salaire de cette honorable fonction : justice qui considère le droit brutal du plus fort, exercé par les instruments du pouvoir exécutif, comme faisant partie des moyens et de l'essence même de l'autorité souveraine.
On chercherait ici en vain une lionne influence sous laquelle les résolutions et les vertus de Maximilien aient pu mûrir et éclore, et ses principes de conduite se développer. Le parti protestant, tantôt opprimé, tantôt s'emparant illégalement de ce qui n’était pas à lui, était, en réalité et par les antécédents , le plus faible. Kn outre, dans les attaques de la réformation il y avait plus de diversité , moins d'accord que dans la résistance
qu'y opposait la foi antique; ses partisans étaient moins unis entre eux que les catholiques, car l’esprit public ne protège avec vigilance que des préjugés consacrés par le temps. Il fallait donc que la forme, que des conventions, suppléassent à ce qui manquait au fond des choses : l’union des protestants précéda la ligue catholique. Frédéric V, électeur palatin , était à la tête de l’union; la première place dans la ligue catholique appartenait naturellement h Maximilien.
Le genre humain après tout était alors parvenu à un Age où l'attachement politique et modéré d’un prince tel que Maximilien pouvait rendre à la cause de Home des services bien plus essentiels, que n’eût fait un fanatisme sans réserve. Si Ferdinand fût demeuré en sa qualité d’empereur ce que fut Maximilien comme membre puissant de la diète, il n’est pas probable que le sang eût coulé trente ans dans l’empire, il ne l’est pas non plus que l'égalité des religions se fût établie.
L’histoire et la vie nous olfrent de fréquents exemples d’une situation semblable à celle qui détermina les rapports mutuels de Frédéric et de Maximilien. Frédéric fut écrasé toute sa vie par une certaine supériorité négative du duc de Bavière, et perdit le bonheur et l'honneur en luttant contre un adversaire dont la force consistait surtout dans la froideur et l’égoïsme. Maximilien , au contraire, sut conserver invariablement l’avantage que lui donnaient, aussi bien dans les négociations paciliquès que dans la guerre ouverte, la mauvaise étoile et l'inhabileté de Frédéric. Il arriva ainsi que la violence et les torts furent toujours du côté de ce dernier, et que Maximilien, qui fondait sa grandeur sur la ruine de ce malheureux prince, sut unir toutes les apparences de modération , de ménagement , d’intentions loyales, avec les progrès équivoques, et par cela même d’autant plus sûrs , de son ambition.
En 1617, Frédéric, avait cherché à persuader au duc de Bavière de disputer à l’archiduc Ferdinand la succession à l'Empire ; mais Maximilien ne se laissa pas éblouir par une proposition qui était loin d’élre mûre : il connaissait trop bien pour cela la sphère où il pouvait réellement s'agrandir et accroître sa puissance; et il eut, par surcroît, le mérite de n’avoir pas eu envie d’une couronne d’empereur. Frédéric, en prenant la couronne
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de Bohème, se chargea d’une lèche pour laquelle il notait point l'ait. De leur côté, la plupart de ses alliés politiques et religieux étaient bien capables sans doute de profiter de l’heureuse issue de sa téméraire entreprise , mais non d’assurer le succès par leur appui, ni même de détourner de lui le châtiment infligé par le possesseur légitime, à qui restait l’avantage, et qui paya le secours de la Bavière avec les pays et les dignités du vassal infidèle. Ainsi Frédéric V fut d’abord averti avec bienveillance par Maximilien, puis battu sans peine, puis dépouillé en vertu d’une sentence juridique.
Les Impériaux et les Bavarois réunis remportèrent la victoire delà Montagne Blanche (1620); et ce qui ne tourne pas à la gloire de l’ennemi , c’est qu’après la bataille les deux parties victorieuses se reprochèrent mutuellement des fautes qui auraient dû la leur faire perdre. De la puérile et hasardeuse tentative qu’il avait faite en se déclarant l’ennemi d’une puissance si décidément supérieure, Frédéric ne retira rien que le nom déshonorant de roi d’un hiver. Mais Maximilien, à qui Ferdinand devait de ce moment la possession de ses provinces révoltées de la haute et de la basse Autriche, ainsi que de la Bohême, eut la gloire et l’avantage de devenir, en vertu des conditions auxquelles les troupes de la ligue furent par lui mises au service de l’empereur, un ami dangereux de son suzerain.
Frédéric était tombé si bas, et par sa chute la puissance impériale avait acquis une telle prépondérance, que les princes les mieux intentionnés pour lui, durent se contenter de ne point paraître à la diète de Ratisbonne, où sa dignité d’électeur fut transférée au duc de Bavière (1623). Plusieurs de ses parents et de ses co-états eurent d’ailleurs plus à cœur de disputer cette belle proie au duc de Bavière , que de s'opposer à la conduite arbitraire de l'empereur ; l’envie qu’excitait la fortune de Maximilien étouffait la crainte des dangers dont ledespotisme de Ferdinand, solennellement manifesté , menaçait l’Empire. Quant à Maximilien lui-méme, ce reproche d’aveuglement ne saurait l’atteindre ; car il sentait que sou agrandissement, qui accompagnait ici pas à pas les usurpations de la puissance impériale, servait en même temps de contre-poids à cette puissance. Telle est la pensée qui se révèle toujours bien clairement dans ses
4 1 4 HISTOIRE' DK I. A G D ERRE DE TRENTE ANS. relations avee l'empereur, de son cAté par une constante vigilance, du cûté de l’Autriche par une jalousie toujours active.
Il stiflisait à Maximilien d’êtrè reconnu dans l'Empire même et par les électeurs ses collègues. Les menaces des puissances étrangères et leur alliance contre l’oppresseur de Frédéric, ne pouvaient qu’accroître son influence, et rendre sa personne plus nécessaire, en qualité de chef de la ligue catholique, à la maison d’Autriche. L’intervention étrangère pouvait rendre la guerre plus générale et plus longue, mais elle n’améliorait pas la situation de Frédéric; car ses ennemis gardaient le champ libre en Allemagne, et. tandis que son intérêt servait de prétexte aux démarches des cabinets étrangers, lui-mème donnait vainement les mains aux propositions de paix les plus désavantageuses, que lui avait faites h la Haye, au nom de Ferdinand et de Maximilien, un capucin appelé François de Rota, et qui furent désavouées, ainsi que cet agent équivoque, par les deux princes lorsqu'ils virent la tournure si favorable que prenaient les affaires.
Le compte de Maximilien, pour les frais de guerre qu’avait entraînés la soumission de la haute et de la basse Autriche, montait h treize millions de florins, pour lesquels l'empereur lui avait engagé l’Autriche supérieure. Mais Frédéric avait voulu ravir à l’empereur la couronne de Bohême: rien n’était donc plus naturel que de considérer comme propriété impériale les biens dont était dépouillé le prince et de les employer à éteindre l’hypothèque. Four le moment, par l’assistance de Maximilien, l’autorité absolue de l’em|>ereur gagnait de plus en plus, surtout dans les exécutions particulières faites en vertu de la Constitution. La cause de la religion tit en même temps de remarquables progrès dans les pays palatins, que Maximilien reçut en place de la haute Autriche, et, dans la confusion générale, le duc adopta le moyen le plus sûr de n’être pas absorbé par une puissance qui ne pouvait être contre-balancée que par l’allié dont elle avait elle-même invoqué le secours.
L’ambition de Maximilien suivit toujours si bien les circonstances, qu'il serait difficile de dire jusqu’où elle se serait étendue, si les conjonctures lui eussent encore offert de plus nombreuses et plus grandes tentations Quoiqu’il fût né prince, il
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se contenta de jouer le rôle que la politique lui indiquait; mais sa marche mesurée fut troublée par un homme chez qui l'instinct de l’ambition était beaucoup plus passionné et plus effréné, un homme qui tendait de toutes ses forces à sortir de sa sphère, et qui fondait sur les horreurs de son temps ses projets excessifs. Wallenstein fut le mauvais génie de Maximilien. A l’assemblée électorale de Katisbonne (1630), ce dangereux rival fut, il est vrai, écarté; mais le pouvoir qu’il avait acquis par l’exercice du pouvoir, des intrigues de cour et de diète ne le lui pouvaient arracher. On ne détruisit pas sa gloire, qui le rappela impérieusement quand le général de Maximilien, Tilly, se fut dans la guerre des Suédois déshabitué de vaincre, et quand parut sur la scène Gustave-Adolphe, à qui l’on ne pouvait opposer trop de héros. Les efforts de Maximilien pour rétablir, au moment du renvoi de Wallenstein et de son armée, la paix en Allemagne, purent bien , à la vue de l’orage qui déjà menaçait du côté du Nord, être déterminés, entre autres motifs, par la crainte que la guerre croissante ne rendit indispensables les services de Wallenstein. Par le fait, il ne réussit dans son premier dessein, qui était d’écarter ce général, que pour un peu de temps, parce que le second, le rétablissement de la paix, vint échouer contre l’orthodoxie opiniâtre et l'orgueil malhabile du conseil impérial; et le duc de Frieldand reparut, enorgueilli parce triomphe, et plus redoutable parce que la soif de vengeance dont il brûlait avait un objet déterminé.
Le renvoi des troupes de Wallenstein et de leur chef était sans doute devenu en partie, à cause de leur manière de subsister, un intérêt de toute la nation; mais il importait pour cela même que l’Allemagne gagnlt davantage à l’extension du pouvoir île Tilly, et, Maximilien ayant pris part si vivement aux plaintes de l’Empire sur les dévastations commises par l’armée de Friedland , il n'eût pas fallu que la ruine de Magdehourg et l’alliance de la Saxe et de la Suède fussent à mettre sur le compte de son armée à lui et de son général.
La façon de servir de Wallenstein était fort avantageuse pour les linanr.es de l’Autriche, parce que ses troupes combattaient au nom de l'empereur, sans être à sa solde, et vivaient sur la bonne fortune de leur chef. Les revers de Tilly et les
progrès des Suédois neutralisèrent tous les efforts que lit Maximilieu pour empêcher le retour de Wallenstein (1632); et, jusqu’au jour où l’empereur fit l’expérience de ce que coûtait finalement à son maitre un général qui servait à si bon marché, les États héréditaires de Bavière portèrent largement la peine de la jalousie et de la haine de leur prince.
Souvent Gustave-Adolphe lui-même, dans son rôle d’ennemi, était le bienvenu en Allemagne, là où les troupes et les généraux allemands, dans leur rôle d’amis, étaient maudits. Son humanité et sa générosité ne se démentirent pas non plus quand il parut en personne en Bavière. Mais , lorsque Tilly fut mort de ses blessures, il fallut que Maximilien agit en commun avec Wallenstein, et, quand bien même le vieux ressentiment de celui-ci n’eût pas fait tourner sans cesse les opérations militaires au désavantage personnel de Maximilien, au moins, dans le cours de la guerre, il n’y avait plus lieu à ces égards que Tilly aurait eus peut-être, même aux dépens de la cause commune ou autrichienne, dans l’intérêt du prince à qui il appartenait plus immédiatement.
Naturellement il n’était pas dans la politique de la cour impériale de prendre parti pour Maximilien contre l’orgueilleux généralissime, et Wallenstein, dont il fallait suivre ou subir l'heureuse étoile, se plaisait à le sacrifier visiblement dans ses plans, et àl’humilier avec recherche par sa conduite. On peut s’en lier sur ce point aux paroles qu’Aldzrciter dit avoir entendues de la bouehe même de l’électeur, comme il revenait de Nuremberg, où il avait avec Wallenstein combattu les Suédois: * Ego rero, répondit-il aux félicitations qu'on lui adressait sur son retour, ego vero a Fruitando bene mortifi calus rctko 1 «
La ruine totale de l’électeur de Bavière, et de la ligue catholique, sur laquelle étaient fondés son pouvoir et son inlluence, servait en même temps de moyen au duc de Friedland pour accomplir de bien plus grands projets. Par bonheur pour Ferdinand, ses yeux s’ouvrirent à temps. Wallenstein périten 1634, victime de son ambition; mais sa vengeance lui survécut; car il ne fut plus au pouvoir de Maximilien d’éloigner la guerre de