DU MARÉCHAL DE VIEILLEVILLE
Duretal, et qu'ainsi il termina en quelque sorte dans les bras de son souverain une vie qui avait été consacrée pendant soixante ans à son service.
Mais ce caractère même nous explique très-naturellement le silence qui a été gardé sur son compte. Tous les historiens avaient pris parti, ils étaient enthousiastes de l'ancienne ou de la nouvelle doctrine, et un vif intérêt pour leurs chefs guidait leur plume. Une personne telle que le maréchal de Vieilleville, dont la tête était trop froide pour être fanatique, ne leur offrait donc rien qu'ils pussent exalter ou rendre méprisable. Il se rangeait dans la classe des modérés, qu'on croyait railler par le nom de politiques : classe qui , de tout temps , aux époques de fermentation civile, a eu le destin de déplaire aux deux partis, parce qu’elle cherche à les unir. Aussi se tint-il, dans tous les orages des factions, invariablement attaché au roi, et ni le parti des Montmorency et des Guises, ni celui des Condé et des Coli— gny, ne put se vanter de le posséder.
Des caractères de ce genre seront toujours sacrifiés dans l’histoire, qui tient compte plutôt de ce qui se fait par la force, que de ce qu'empêche la prudence, et nécessairement dirige beaucoup trop son attention sur les actes décisifs, pour pouvoir embrasser la belle et paisible suite de toute une vie. Us n'en ont que plus d’obligation au biographe, qui aimera toujours mieux choisir Ulysse qu'Achille pour son héros.
Ce n’est que deux cents ans après sa mort qu’une entière justice devait être rendue au maréchal de Vieilleville. Dans les archives de Duretal, son chAteau de famille, se trouvèrent des mémoires sur sa vie, rédigés, en dix livres, par Carloix, son secrétaire. Us sont écrits, il est vrai , du ton de l’éloge, qui est propre aussi à Brantôme et à tous les historiens de cette période; mais ce n’est pas le ton de rhéteur de la flatterie qui veut gagner un protecteur, c’est la voix d’un cœur reconnaissant qui s'épanche involontairement au sujet d'un bienfaiteur. Aussi bien cette part de l'affection n’est-elle nullement dissimulée, et la vérité historique se distingue fort aisément de ce qu’pne reconnaissance partiale envers son bienfaiteur a dicté à l'historien. Ces mémoires ont paru imprimés, pour la première fois,