‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 212 sur 219 · II. Philosophie appliquée â la vie pratique · texte numérisé non relu

II. Philosophie appliquée â la vie pratique

III. Belle nature et beaux-arts dans le Palatinat. — Des voyageurs, surtout du nord de l’Allemagne, nous ont envié l’une et l'autre chose, et ont pris congé avec admiration des remarquables contrées du Rhin et des magnifiques monuments de l'art. L’heureuse situation de Heidelberg^ les ruines vénérables de son château ; le jardin dc.Schwetzingen ; la galerie de lablcaux, la salle des antiques, l’église des jésuites, à Mannheim, et beaucoup d’autres objets, offrent de l’intérêt, même dans une peinture, pour peu que le goût et un cœur sensible dirigent le pinceau.

IV. Théâtre allemand. — Ce qui, au point de vue des beaux-arts, distingue surtout la ville de Mannheim, c’est son théâtre, qui, par la pureté du goût, le bon ton et le jeu vrai et plein de talent de quelques-uns de ses acteurs, excite l'attention de tout le public. Cependant ce théâtre n est pas du tout connu, ou connu fort peu, du reste de l’Allemagne. L'histoire et la dramaturgie de cette scène tiendront une place considérable dans la Thalie, ce qu'elles pourront d'autant mieux que l'éditeur n'est attaché par aucun lien au théâtre, et que nulle considération ne peut, par conséquent, enchaîner ou altérer son jugement. Dans l’armée innombrable des troupes allemandes de comédiens, troupes réunies, comme le vent assemble les atomes d’épicure, soit par la spéculation d’un joueur ruiné, soit par l'aveugle destin, et qui rôdent furtivement au grand jour, pareilles â la peste, et exposent sur le lit de parade la tragédie égorgée : dans toute cette multitude, la scène de Mannheim est du trèspetit nombre de celles qui ont été formées par choix, et qui durent par un certain système auquel l’art préside. Il s’entend donc de soi-mème qu’on n’a recours sur cette scène à aucun de ces artifices de boutique, par lesquels d'ordinaire les meneurs de bandes de comédiens viennent en aide à leur triste industrie, je veux dire les colifichets de la mode, l’entassement des pièces nouvelles, fussent-elles stigmatisées, toutes les spéculations sur le goût dominant, vint-il de Laponie ou de Sibérie. Il s'entend qu’on n'y connaît aucun de ces tours de passe-passe que ne peut employer qu'un troupeau affamé d'industriels de théâtre, mendiant sa vie â travers la foule. Ici, naturellement, il faut que le génie de l’art anime l’ensemble; il est impossible que la supérieure beauté y soit sacrifiée à

APPENDICE

un bas intérêt. Et ce sera d'après la grande loi sous laquelle celte scène s’est d'elle-mème placée, que la critique la jugera. Elle appréciera le choix des pièces d'apres leur mérite moral et esthétique; elle examinera la distribution des rôles, et en cherchera les raisons, secrèles ou manifestes; puis elle contrôlera avec soin l'approbation ou le blâme du public. Dans un art aussi flottant que l'art dramatique et l'art du mime, où souvent la vanité du comédien dévore si avidement les honteux suffrages de la foule grossière, et les confond si volontiers avec la voix de la vérité, ta critique ne peut pas être assez sévère. J’ai remarqué plus d’une fois avec quel soin minutieux l’artiste affamé d’éloges réglait son jeu, et, lorsqu’il était écrivain, sa poésie, sur l’imbécillité de son public; comme il sacrifiait son talent mieux inspiré à cette commune courtisane, pour en obtenir une caresse. Il peut se faire qu’à part lui il eût honte d’une faveur si facile â gagner ; mais le talent dégradé par lui se vengeait bientôt après de celte défection, et, dans un moment décisif , l’abandonnait à son tour.

Convaincu que l'admiration améliore rarement, mais un juste blâme toujours; que plus l’artiste est grand, plus il est modeste, et qu'il est honteux d’entendre les auditeurs gagnés d'avance l'applaudir avec une précipitation partiale; fermement assuré qu'un fier génie mépriserait un encens dont les scènes médiocres enfument seules leurs idoles agonisantes, je no prendrai pour modèle , dans celle dramaturgie , aucun des journaux ordinaires de théâtre ; mais je donnerai plutôt, par mes doutes sincères, on témoignage de mon estime aussi bien à l'acteur qu’au poète dramatique. Le mérite bien réel sera seul nommé. Je réfuterai franchement la gloire usurpée, et je ne toucherai aux gâte-métier que dans le cas où leur exemple pourra effrayer et servir de leçon.

Au reste, je déclare d’avance que je reconnais et respecte les bornes qui séparent l'amateur du connaisseur, et qne j'estime beaucoup trop digne d'égards un art aussi profond que l’est assurément l’art théâtral, pour lui imposer, comme juge infaillible, mon goût individuel, qui peut-être bien ne s'est pas conservé entièrement pur. Un sain appréeiateur peut souvent prononcer sur le poète; sur l’acteur, la majorité des vrais connaisseurs le peut seule. Aussi, dans ma Thalit, les jugements, quand ils seront décisifs, seront toujours la somme de plusieurs voix, réunies on une seule sentence.

Je commencerai par un exposé détaillé de l'histoire et de l’organisation de cette scène, par une appréciation de ses acteur* et actrices, en me bornant toutefois aux sujets de la troupe qui me paraissent avoir de l'importance; et par l'analyse de quelques pièces qui ont ici réussi ou échoué d'une manière remarquable. Je ferai passer en avant celles dont les auteurs vivent dans cette ville, la Conjuration de Fiesq ue, le Coupable par soif de l'honneur, et François de Sickirujen. A quiconque aura envie de me répondre, ou voudra appeler de ma critique au public, la Thalie est ouverte. De vive voix, pas un mot d'expliealion.

V. Poésies et morceaux détachés, fragments de pièces dramatiques.

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