‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 216 sur 219 · LES HEURES · texte numérisé non relu

LES HEURES

RECUEIL MENSUEL, COMPOSÉ PAR UNE SOCIÉTÉ D’ÉCRIVAINS, ET PUBLIÉ PAR SCHILLER.

Dans un temps où le bruit de la guerre qui approche inquiète la patrie, où la lutte des opinions et des intérêts politiques reproduit celte guerre presque dans chaque cercle, et n'en bannit que trop souvent les Muses et les Grâces, où nulle part, ni dans les conversations, ni dans les écrits du jour, on n'est â l’abri de ce démon de la critique politique, de ce persécuteur universel, il peut paraître aussi hasardé que méritoire d'inviter le lecteur, si fort distrait, à un entretien d'un genre tout opposé. Dans le fait, les circonstances semblent promettre peu de succès à une feuille qui s’impose un rigoureux silence sur le thème favori du jour, cl qui mettra sa gloire à plaire par quelque autre chose que ce qui est maintenant le seul moyen de plaire. Mais plus l'intérêt borné du présent tend les esprits, les comprime et les subjugue, plus le besoin devient pressant de les affranchir au moyen d’un intérêt universel, d’un intérêt plus haut, qui se prenne à ce qui est purement humain, â ce qui s’élève au-dessus do toute influence du temps, et de réunir sous la bannière du vrai et du beau, le monde divisé par la politique.

Tel osi le point de vue sous lequel les rédacteurs de ce journal voudraient qu’on le considérât. Il doit être consacré à un amusement serein

1. Cette annorire, que Schiller composa au mois de décembre 1*94. fut d'abord distribuée avec la feuille d'avis de la liiiérairr unirrntlle il'ltna un

l'imprima ensuite en tête du premier cahier des if rem (1795). On trouvera dans la correspondance entre Schiller et Goethe, â la suite de la première lettre de Schiller, datée du lit juin 1795, une autre pièce relative aux f/eurrr, une circulaire adressée aux principaux écrivains de l’Allemagne pour leur demander leur coopération.

APPENDICE

cl sans passion, et procurer une agréable distraction à l'esprit et au cœur du lecteur que le spectacle des événements actuels tantôt révolte et tantôt abat. Au milieu de ce tumulte politique, il doit former pour les Museç et les Grâces un cercle étroit et intime, d'où sera banni tout ce qui porte l'empreinte d'un impur esprit de parti. Mais en s’interdisant toute allusion à la marche présente do ce monde et aux perspectives les plus prochaines de l’humanité, il interrogera sur le passé du monde l'histoire, et sur son avenir la philosophie; il recueillera des traits partiels de ce bel idéal de l'humanité ennoblie, que la raison nous présente, mais que dans la pratique on jierd de vue si aisément, et il travaillera, selon ses movens, â cet édifice qui doucement s'élève, des idées meilleures, des principes plus purs, des mœurs plus nobles: choses d'où dépend finalement toute véritable amélioration de l’état social. C’est là le seul but qu'on poursuivra, soit en se jouant, soit sérieusement , dans le cours de celte publication ; et, quelque diverses que puissent être les voies qu'on s'ouvrira à cet elîet, toutes tendront plus ou moins directement à favoriser les vrais progrès de l’humanité. On s’efforcera de conduire an vrai par l'entremise du beau , et de donner au beau, par le vrai, un durable fondement et une plus haute dignité. Autant que cela est possible, on cherchera à dépouiller les résultats de la srienco de leur enveloppe scolastique, et à les rendre intelligibles pour le sens commun par une forme attrayante ou tout au moins simple. Mais, en même temps, on se proposera une autre fin : celle de faire, dans le domaine de l’observation, des acquisitions nouvelles [tour la science , et de découvrir des lois là où il scqnblo uniquement que le hasard se joue et que le caprice règne. De la sorte on espéré contribuer à renverser ce mur de séparation qui s’élève, au détriment de tous deux, entre le beau monde et le monde savant; on espèro introduire de solides connaissances dans la vie sociale, et le goût dans la science.

On tendra, autant que nulle fin plus noble n'en souffrira, à la variété et a la nouveauté; mais on ne sacrifiera en aucune façon à ce goût frivole qui cherche le nouveau uniquement parce qu'il est nouveau. Au reste, on se donnera toute liberté conciliable avec les bonnes et belles mœurs.

La bienséance et le bon ordre, la justice et la paix seront donc l’esprit et la règle de ce journal ; les trois Heures, fraternellement unies, Eunomia, Dicé et Irénè, le dirigeront. Dans ces divines figures le Grec vénérait l'ordre qui conserve le monde, d’où découle tout bien, et qui trouve son plus frappant emblème dans le mouvement uniforme du cours du soleil. La fable les nomme filles de Thémis et de Jupiter, de la Loi et de la Puissance: de la Loi qui en même temps, dans le monde des corps, préside aux vicissitudes des saisons, et maintient l'harmonie dans le monde des esprits.

Ce furent les Heures qui reçurent, à sa première apparition dans Plie de Cypre, Vénus à peine née, qui la vêtirent de vêtements divins, et la conduisirent, ainsi parée de leurs mains, dans le cercle des Immortels: charmante fiction qui fait entendre que le beau, dès sa naissance, doit se soumettre à des règles, et qu’il ne peut devenir digne que par son obéissance à la loi d'obtenir une place dans l'Olympe, et l’immortalité, et une

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valeur morale. Formant des danse» légères, ce» déesses tournent autour du monde ; elles ouvrent et ferment l'Olympe, et attellent le» chevaux du Soleil, pour qu'ils aillent répandre dans la création la lumière vivifiante. On le» voit dans la suite des Grâces, et au service de la reine du ciel, parce que la grâce et l’ordre, la bienséance et la dignité sont inséparable».

Que le présent journal se montrera digne du nom honorable qu'il porte au front, c’est de quoi l'éditeur croit pouvoir répondre avec une juste confiance. Ce qu'il ne lui conviendrait pas d’assurer en son propre nom, il se le permet comme orateur de l'estimable société qui »’e»t réunie pour publier cet écrit. Il voit avec une joie patriotique s’accomplir un dessein qui l'occupait, depuis des années, lui et ses amis, mais qui n’a pu, avant ce moment, triompher des nombreux obstacles qui l'entravaient. L'éditeur a réussi enfin à réunir plusieurs des écrivains les plus distingués de l'Allemagne, pour travailler à une œuvre périodique suivie, qui, jusqu'à ce jour, malgré les essais tentés par de» écrivains isolés, a manqué à notre nation, et devait nécessairement lui manquer, parce qu'il était besoin précisément d'un tel nombre et d'un tel choix d'associés pour unir, dans un ouvrage qui doit paraître à des époque» déterminées, l'excellence de chaque article en particulier à la variété de l’ensemble.

Les écrivains dont les noms suivent prendront part à la rédaction de cet écrit mensuel :

M. le capitaine d’Archenholz, à Hambourg ;

Sa Grandeur archiépiscopale M. le coadjuteur de Mayence, baron de Dalberg, à Erfurl;

M. le professeur Engel, & Berlin;

M. le docteur Erhardl, à Nuremberg;

M. le professeur Fichte, à léna;

M. de Funk, à Dresde;

M. le professeur Garve, à Breslau f

M. le conseiller de guerre Genz, à Berlin;

M. le chanoine Oleim, à Halberstadt;

M. le conseiller intime de Goethe, à Weimar;

M. le docteur Gros, à Gœttingue;

M. le vice-président du consistoire llerder, à Weimar,

M. Hirt, à Rome;

M. le professeur Hufeland, à léna ;

M. le conseiller de légation de Humboldt ', à Berlin ;

M. le surintendant des mines de Humboldt*. à Baireuth :

M. le conseiller intime Jacobi, h Dusseldorf;

M. le conseiller auliquo Mallhisson, en Suisse;

M. le professeur Meyer, à Weimar ;

M. le conseiller aulique Pfeffel, à Colmar;

M. le conseiller aulique Schiller , à léna;

M. Schlegel*. à Amsterdam;

M. le conseiller aulique Schiilz, à léna;

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