DES OPUSCULES EN PROSE
Pour prévenir la contrefaçon et mettre en même temps aux mains des amis <|ue je puis avoir dans le monde lettré un choix de ce que je voudrais dérober à l'oubli, parmi mes essais en prose, j’ai conçu l’idée de ce recueil, qui pourra, s'il trouve des lecteurs et des acheteurs, être suivi plus lard d'une seconde et d’une troisième partie, lesquelles contiendraient divers morceaux encore inédits.
Pour la plupart des opuscules imprimes dans ce volume, une sévère révision, je le sens fort bien, n’eût pas été inutile, et c’était d'abord mon intention, en effet, d’en rendre la forme et le fond plus conformes il ma présente manière de concevoir les choses. Mais un goût different n’est pas toujours un coût meilleur, et la retouche aurait peut-être enlevé précisément à ces écrits ce qui leur a fait trouver, à leur première apparition, un bon accueil. Us portent donc encore aujourd’hui l’empreinte juvénile du temps de leur première et fortuite naissance, et ils implorent pour cette raison l'indulgence du lecteur.
Ce n’est pas toujours le mérite du fond et de l’ensemble d’une œuvre qui attache le lecteur; parfois elle no le gagne que par des traits caractéristiques où se révèle l’individualité de l'écrivain, et c’est lit un attrait qui souvent manque précisément aux ouvrages les plus achevés d’un auteur. Ces morceaux détachés -sont donc destinés h ceux des lecteurs que celte individualité peut intéresser, qui, lors même qu’ils ne trouveraient dans le livre que l’auteur lui-même, se contenteraient de ce mince profit; et tout le fruit que je puis leur promettra de la lecture de ce recueil est un intérêt passager, mais non pas entièrement vain pour un esprit dont les vues sont sérieuses.
Iéna, pendant la foire de Mques, 1792.
1. Cet avertissement a été placé par Schiller en tête du 1" volume de ses Opuscules en prose, publié en 1792, à Leipzig, chez Crusius. Le tome II ne parut qu'en 1800; le lit’ en 1801 ; le IV* en 1802.