LIVRE PREMIER
maintenant voir renoncer les catholiques à cet avantage de la pluralité des voix ; ils voulaient qu’à l’avenir une religion n'eût plus la faculté d’annuler les voix de l’autre par une invariable majorité. Et en effet , si la religion évangélique devait être représentée à la dièle , il s’entendait , ce semble , de soi-même que la constitution de l’assemblée ne devait pas lui rendre impossible l’usage de son droit. A cette demande on ajoutait des plaintes sur les usurpations du conseil aulique et sur l’oppression des protestants , et les fondés de pouvoir des états avaient ordre de ne prendre aucune part aux délibérations générales , tant qu’ils n’auraient pas obtenu sur ce point- préliminaire une réponse favorable.
Ainsi s’introduisit dans la diète une dangereuse division, qui menaçait de rendre à jamais impossible toute délibération commune. Si sincèrement que l’empereur eût désiré, à l’exemple de Maximilien , son père , tenir un sage milieu entre les deux religions, la conduite actuelle des protestants ne lui laissait plus que la fâcheuse nécessité de choisir entre elles. Dans ses pressants besoins, l’assistance de tout l’Empire lui était indispensable, et poubtant il ne pouvait s’attacher un parti sans perdre le secours de l’autre. Si mal affermi dans ses propres domaines héréditaires, il devait trembler à la seule pensée d’une guerre ouverte avec les protestants ; mais toute l’Europe catholique, attentive à la résolution qu’il allait prendre, et les représentations des membres catholiques de l’Empire, celles des cours de Rome et d’Espagne, lui permettaient aussi peu de favoriser les protestants au préjudice de la religion romaine. Une situation si critique aurait abattu un plus ferme génie que Matthias, et sa propre habileté l’aurait tiré difficilement de ce mauvais pas; mais l’intérêt des catholiques était lié étroitement avec l'autorité de l’empereur, et, s’ils la laissaient déchoir, les princes ecclésiastiques surtout étaient aussitôt livrés sans défense aux attaques des protestants.
Voyant donc l’empereur balancer , les catholiques jugèrent qu’il était grand temps de raffermir son courage qui faiblissait. On le fit pénétrer dans le secret de la ligue; on lui en exposa toute l’organisation, les ressources et les forces. Si peu consolante que fût cette découverte pour l’empereur, la perspective
d'un soutien si puissant lui donna cependant un peu plus de courage contre les évangéliques. Leurs demandes furent écartées, et la diète se sépara sans rien résoudre. Mais Matthias fut la victime de celte querelle. Les protestants lui refusèrent leurs subsides, et se vengèrent sur lui1 2 de l’obstination des catholiques*.
Cependant les Turcs se montraient eux-mêmes disposés à prolonger l'armistice, et on laissa le prince ilcthlen Gahor en paisible possession de la Transylvanie. L'Empire se trouvait préservé des dangers extérieurs, et même au dedans, malgré toutes ces divisions si périlleuses, la paix régnait encore. Un accident fort imprévu avait donné à la querelle de la succession de Juliers la tournure la plus étrange. Ce duché était toujours possédé en commun par l’électeur de brandebourg et le comte palatin de Neubourg; un mariage entre le prince de Neubourg et une princesse de brandebourg devait unir d’une manière indissoluble les intérêts des deux familles. Tout ce plan fut renversé par.... un soufflet, que l’électeur de brandebourg eut le malheur de donner, dans l'ivresse, à son gendre futur. Dès ce moment la bonne harmonie fut détruite entre les deux maisons. Le prince de Neubourg se lit catholique. Une princesse de Bavière fut le prix de cette apostasie, et la puissante protection de la Bavière et de l'Espagne la conséquence naturelle des deux