‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 61 sur 219 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

la seule puissance qui pût donner des lois en Allemagne, qui pourrait atteindre à la hauteur du vizir qu’il avait fait exécuteur de sa volonté? L'élévation où Wallenstein le portait surprit Ferdinand lui-même; mais, précisément parce que la grandeur du maître était l'ouvrage de son serviteur, cette création de Wallenstein devait retomber dans le néant aussitôt qu'elle ne serait plus soutenue par la main de son auteur. Ce n’était pas sans motifs qu'il soulevait contre l’empereur tous les princes de l’empire germanique : plus leur haine était violente, plus l’homme qui rendait leur mauvais vouloir inoffensif restait nécessaire à Ferdinand. L’intention évidente du général était que son souverain n’eût plus personne à craindre en Allemagne , que celui-là seul à qui il devait cette toute-puissance.

Wallenstein faisait un pas vers ce but , lorsqu’il demanda le Mecklembourg , sa récente conquête , comme gage provisoire , jusqu’au remboursement des avances d'argent qu’il avait faites à l'empereur dans la dernière campagne. Auparavant déjà Ferdinand l’avait nommé duc de Friedland , vraisemblablement pour lui donner un avantage de plus sur le général bavarois ; mais une récompense ordinaire ne pouvait satisfaire l’ambition d'un Wallenstein. Vainement* des voix mécontentes s’élevèrent, dans le conseil même de l’empereur , contre cette nouvelle promotion , qui devait se faire aux dépens de deux princes de l’empire ; vainement les Espagnols eux-mêmes , que l’orgueil du général avait depuis longtemps offensés, s’opposèrent à son élévation. Le parti puissant qu’il avait acheté parmi les conseillers eut le dessus. Ferdinand voulait s’attacher , à tout prix , ce serviteur indispensable. On chassa de leur héritage , pour une faute légère , les descendants d'une des plus anciennes maisons régnantes d'Allemagne , et l'on revêtit de leurs dépouilles une créature de la faveur impériale (1628).

Bientôt après , Wallenstein commença à s’intituler généralissime de l’empereur sur mer et sur terre. La ville de Wismar fut conquise, et l’on prit pied sur la Baltique. On demanda des vaisseaux à la Pologne et aux villes anséatiques , afin de porter la guerre de l’autre côté de cette mer , de poursuivre les Danois dans l’intérieur de leur royaume , et d’imposer une paix qui frayerait la voie à de plus grandes conquêtes. La cohérence des

États de la basse Allemagne avec les royaumes du Nord était détruite , si l’empereur réussissait à s’établir entre eux , et à envelopper l’Allemagne , depuis l’Adriatique jusqu’au Sund , dans la chaîne continue de ses États, interrompue seulement par la Pologne , qui était sous sa dépendance. Si telles étaient les vues de Ferdinand , Wallenstein avait les siennes pour suivre le même plan. Des possessions sur la Baltique devaient former la base d’une puissance que son ambition rêvait depuis longtemps , et qui devait le mettre en état de se passer de son maître.

Pour l'un et l’autre objet , il était de la plus grande importance d’occuper la ville de Stralsund sur la mer Baltique. Son excellent port, la facilité du trajet de ce point aux côtes de Suède et de Danemark , la rendaient particulièrement propre à former une place d'armes dans une guerre contre ces deux puissances. Cette ville, la sixième de la ligue anséatique, jouissait des plus grands privilèges, sous la protection du duc de Poméranie. N’ayant aucune liaison avec le Danemark , elle n’avait pas jusque-là pris la moindre part à la guerre. Mais ni cette neutralité ni ses privilèges ne pouvaient la défendre contre les prétentions arrogantes de Wallenstein , qui avait ses vues sur elle.

Les magistrats de Stralsund avaient rejeté avec une louable fermeté une proposition du généralissime de recevoir une garnison impériale; ils avaient aussi repoussé la demande insidieuse du passage pour ses troupes. Dès lors Wallenstein se disposa à faire le siège de la ville.

11 était d'une égale importance pour les deux couronnes du Nord de protéger l’indépendance de Stralsund , sans laquelle on ne pouvait maintenir la libre navigation de la Baltique. Le danger commun fit taire enfin la jalousie qui divisait depuis longtemps les deux rois. Dans un traité conclu à Copenhague (1628), ils se promirent de réunir leurs forces pour la défense de Stralsund , et de repousser en commun toute puissance étrangère qui paraîtrait dans la Baltique avec des intentions ennemies. Christian IV jeta aussitôt dans Stralsund une garnison suffisante , et alla se montrer aux habitants pour affermir leur courage. La flotte danoise coula à fond quelques bâtiments de guerre,

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