LIVRE DEUXIÈME
le feu de la guerre fût étouffé en Allemagne , il ne voulut pas soulever mal à propos contre lui tout un parti redoutable dans son union , et qui avait dans l'électeur de Saxe un puissant soutien. 11 fit donc d’abord quelques tentatives partielles, pour juger de l’accueil que recevrait une mesure générale. Quelques villes impériales de la haute Allemagne et le duc de Wurtemberg reçurent l'ordre de restituer un certain nombre de ces bénéfices.
L’état des choses en Saxe lui permit de risquer quelques essais plus hardis. Dans les évéchés de Magdebourg et de liai— berstadt , les chanoines protestants n’avaient pas balancé à nommer des évéques de leur religion. En ce moment , les deux évêchés, à l’exception de la ville de Magdebourg, étaient envahis par des troupes de Wallenstein. Le ha>ard voulut que les deux sièges lussent vacants à la fois : celui de Halberstadt par la mort de l'administrateur, le duc Christian de Brunswick, et l’archevêché de Magdebourg par la déposition de Christian Guillaume, prince de Brandebourg. Ferdinand profita de ces deux circonstances pour donner le siège de Halberstadt à un évêque catholique et de plus prince de sa propre maison. Pour se dérober à une pareille contrainte , le chapitre de Magdebourg se hâta d’élire archevêque un fils de l'électeur de Saxe. Mais le pape, qui, de sa propre autorité, s'ingéra dans cette affaire, conféra aussi au prince autrichien l’archevêché de Magdebourg; et l’on ne put s’empêcher d’admirer l'habileté de Ferdinand , qui , dans son zèle pieux pour sa religion , n'oubliait pas de veiller aux intérêts de sa famille.
Enfin, lorsque la paix de Lubeck l’eut délivré de tout souci du côté du Danemark , que les protestants lui parurent totalement abattus en Allemagne, et que les instances de la ligue devinrent de plus en plus fortes et pressantes, Ferdinand signa l’édit de reslilution (1629), fameux dans la suite par tant de malheurs, après l’avoir d’abord soumis à l’approbation des quatre électeurs catholiques. Dans le préambule , il s'attribue le droit d’expliquer, en vertu de sa toute-puissance impériale , le sens du traité de paix, dont les interprétations diverses ont donné lieu jusqu’ici à tous les troubles , et d'intervenir , comme arbitre et juge souverain, entre les deux parties contendantes. Il fondait ce droit
sur la coutume de ses ancêtres, et sur le consentement donné auparavant , même par des membres évangéliques de l’Empire. L’électeur de Saxe avait en ellet reconnu ce droit à l'empereur , et l’on put voir alors combien cette cour avait fait de tort à la cause protestante par son attachement à l’Autriche. Mais , si la lettre du traité était réellement susceptible d’interprétations diverses, comme un siècle de querelles le témoignait suffisamment , l'empereur , qui était lui-même un prince catholique ou protestant , et par conséquent paçtie intéressée , ne pouvait en aucune façon, sans violer l’article essentiel du traité de paix, ..décider entre protestants et catholiques une querelle de religion, il ne pouvait être juge dans sa propre cause, sans réduire à un vain nom la liberté de l’empire germanique.
Ainsi donc , en vertu de ce droit qu’il s'arrogeait d’interpréter la paix de religion, Ferdinand décida : « que toute saisie de fondations médiates ou immédiates faite par les protestants, depuis le jour de cette paix, était contraire au sens du traité, et révoquée comme une violation de l’acte. * Il décida en outre : « que la paix de religion n’iinposait aux seigneurs catholiques d’autre obligation que de laisser sortir librement de leur territoire les sujets protestants. • Conformément à cette sentence, il fut ordonné, sous peine du ban de l’Empire, à tous possesseurs illégitimes de biens ecclésiastiques, c'est-à-dire à tous les membres protestants de la diète indistinctement, de remettre sans délai ces biens usurpés aux commissaires impériaux.
11 n’y avait rien moins que deux archevêchés, et douze évêchés, sur la liste; de plus, un nombre infini de couvents, que les protestants s’étaient appropriés. Cet édit fut un coup de foudre pour toute l’Allemagne protestante ; déjà terrible en luimême par ce qu’il enlevait actuellement, plus terrible encore par les maux qu'il faisait craindre pour l’avenir, et dont il semblait n'être que l’avant-coureur. Les protestants regardèrent alors comme une chose arrêtée entre la ligue et l’empereur la ruine de leur religion, que suivrait bientôt la ruine de la liberté germanique. On n’écouta aucune représentation ; on nomma les commissaires et l’on rassembla une armée, pour leur assurer l’obéissance. On commença par Augsbourg, où la paix avait été conclue : la ville dut retourner sous la juridiction de son