LIVRE DEUXIÈME
évêque, et six églises protestantes furent fermées. Le duc de Wurtemberg fut de même contraint de restituer ses couvents. Cette rigueur éveilla par l’effroi tous les membres évangéliques de l’Empire, mais sans provoquer chez eux une active résistance. La crainte du pouvoir impérial agissait trop puissamment; déjà un grand nombre penchait vers la soumission. En conséquence , l’espoir de réussir par les voies de la douceur décida les catholiques à différer d’une année l'exécution de l’édit, et ce délai sauva les protestants. Avant qu'il fût expiré, le bonheur des armes suédoises avait entièrement changé la face des affaires.
Dans une assemblée des électeurs à Ratisbonne, à laquelle Ferdinand lui-même assista (1630), on eut le dessein de travailler sérieusement à la pacification complète de l’Allemagne et au redressement de tous les griefs. Ces griefs n’étaient guère moindres du côté des catholiques que de celui des protestants , quoique Ferdinand fût bien persuadé qu’il s’était attaché tous les membres de la ligue par l’édit de restitution , et son chef en lui octroyant la dignité d'électeur et en lui concédant la plus grande partie des pays palatins. La bonne intelligence entre l'empereur et les princes de la ligue s’était considérablement altérée depuis l’apparition de Wallenstein. L’orgueilleux électeur de Bavière, accoutumé à jouer le rôle de législateur en Allemagne, à ordonner même du sort de l’empereur, s’était vu tout à coup, par l’arrivée du nouveau général, devenir inutile, et toute l’importance qu’il avait eue jusque-là s’était évanouie avec l’autorité de la ligue. Un autre se présentait pour recueillir les fruits de ses victoires, et ensevelir dans l’oubli tous ses services passés. Le caractère altier du duc de Friedland, dont le plus doux triomphe était de braver la dignité des princes, et de donner à l’autorité de son maître une odieuse extension, ne contribua pas peu à augmenter le ressentiment de l'électeur. Ce prince, mécontent de l'empereur et se déliant de ses intentions, était entré avec la France dans des liaisons dont les autres membres de la ligue étaient aussi suspects. La crainte des projets d’agrandissement de Ferdinand, le mécontentement qu’excitaient les calamités présentes, avaient étouffé chez eux toute reconnaissance. Les exactions de Wallenstein étaient parvenues au plus
intolérable excès. Le Brandebourg évaluait ses pertes à vingt millions, la Poméranie à dix, la Hesse à sept, et les autres États à proportion. Le cri de détresse était général , énergique . violent; toutes les représentations restaient sans effet; nulle différence entre les protestants et les catholiques : sur ce point, les voix étaient unanimes. Des flots de suppliques, toutes dirigées contre Wallenstein, assiégèrent l'empereur alarmé; on épouvanta son oreille par les plus affreuses descriptions des violences souffertes. Ferdinand n’était pas un barbare. Sans être innocent des atrocités commises sous son nom en Allemagne, il n'en connaissait pas l’excès : il n'hésita pas longtemps à satisfaire aux demandes des princes, et à licencier, dans les armées qu'il avait en campagne, dix-huit mille hommes de cavalerie. Au moment de cette réforme, les Suédois se préparaient déjà vivement à entrer en Allemagne, et la plus grande partie des Impériaux licenciés accourut sous leurs étendards.
Cette condescendance de Ferdinand ne servit qu’à encourager l’électeur de Bavière à des exigences plus hardies. Le triomphe remporté sur l’autorité de l’empereur était incomplet, tant que le duc de Friedland conservait le commandement en chef. Les princes se vengèrent rudement alors de la fierté de ce général, que tous indistinctement avaient éprouvée. Sa destitution fut demandée par tout le collège des électeurs, et même par les Espagnols, avec un accord et une chaleur qui étonnèrent Ferdinand. Mais cette unanimité même, cette véhémence, avec laquelle les envieux de l’empereur insistaient pour le renvoi de son général, devaient le convaincre de l’importance de ce serviteur. Wallenstein, instruit des cabales formées contre lui à Hatisbonne, ne négligea rien pour ouvrir les yeux de Ferdinand sur les véritables intentions de l’électeur de Bavière. Il parut lui-même à Hatisbonne, mais avec une pompe qui éclipsa jusqu’à l’empereur, et qui donna un nouvel aliment à la haine de ses adversaires.
Pendant un long temps, l’empereur ne put se résoudre. Le sacrifice qu’on exigeait de lui était douloureux. 11 devait au duc de Friedland toute sa supériorité; il sentait quelle perte il allait faire s’il le sacrifiait à la haine des princes; mais malheureusement, dans ce temps même, la bonne volonté des électeurs lui