LIVRE DEUXIÈME
jusqu'aux murs de Zerbst , devaient inspirer des alarmes à Tilly et les plus belles espérances aux habitants de Magdebourg. Un deuxième trompette, qu’il leur envoya, et le ton plus mesuré de son style , affermirent encore leur confiance, mais pour les plonger dans une incurie d’autant plus profonde.
Cependant les assiégeants avaient poussé leurs approches jusqu’aux fossés de la ville , et les batteries qu’ils avaient dressées foudroyaient les remparts et les tours l'ne tour s’écroula entièrement , mais sans donner plus de facilité pour l’attaque, parce quelle ne tomba point dans le fossé , et se coucha de côté sur le rempart. Malgré le bombardement continuel, les murs avaient peu souffert, et l’effet des boulets rouges, qui devaient incendier la ville , était rendu nul par des dispositions excellentes. Mais la provision de poudre des assiégés s'épuisait , et l'artillerie de la place cessa peu à peu de répondre au feu des assiégeants. Avant qu'on eût eu le temps de préparer de nouvelle poudre , Magdebourg devait être nécessairement délivré ou perdu. Jamais les habitants n’avaient eu tant d’espoir: tous les regards se tournaient, avec une ardente impatience, vers le point de l’horizon où devaient flotter les drapeaux suédois. Gustave-Adolphe était assez proche pour arriver en trois jours devant la ville. La sécurité augmente avec la confiance, et tout contribue à la fortifier. Le 9 mai , la canonnade ennemie cesse tout à coup ; plusieurs batteries sont dégarnies de leurs pièces. Un silence de mort règne dans le camp des Impériaux. Tout persuade aux assiégés que leur délivrance approche. La plupart des Bourgeois et des soldats de garde sur le rempart abandonnent leur poste de grand matin , pour se livrer une fois enfin, après un long travail , aux douceurs du sommeil : mais ce sommeil leur coûta cher , et le réveil fut affreux !
Tilly avait enfin renoncé à l’espérance d’emporter la place , avant l’arrivée des Suédois , en suivant toujours le même plan d’attaque. 11 résolut donc de lever son camp , mais de tenter encore auparavant un assaut général. Les difficultés étaient grandes : il n’y avait point de brèche praticable , et les ouvrages étaient à peine endommagés. Mais le conseil de guerre, que Tilly rassembla, se déclara pour l’assaut, en s’appuyant sur l’exemple de Maëstricht, qu'on avait emporté par escalade, au
160 HISTOIRE DE LA GUERRE DE TRENTE ANS. point du jour, tandis que les bourgeois et les soldats étaient livrés au sommeil. L’assaut fut résolu , et 1 on décida d attaquer sur quatre points à la fois. La nuit du 9 au 10 fut consacrée entièrement aux préparatifs nécessaires. Toutes les dispositions étaient prises , et l’on attendait le signal convenu , que le canon devait donner à cinq heures du matin. II fut donné en effet , mais seulement deux heures plus tard , parce que Tilly , qui se déliait encore du succès , avait rassemblé une seconde fois le conseil de guerre. Pappenheim reçut l’ordre d’attaquer les ouvrages du faubourg de Neustadt : un mur incliné , un fossé sans eau et peu profond , le favorisaient. La plupart des bourgeois et des soldats avaient quitté les retranchements, le petit nombre qui restait était plongé dans le sommeil : il ne fut donc pas difficile à Pappenheim d'escalader le premier le rempart.
Falkenberg , frappé soudain du bruit de la mousqueterie , accourt de l'hôtel de ville où il était occupé à expédier le deuxième trompette de Tilly ; il s’élance , avec une poignée de monde qu’il a pu ramasser , vers la porte de Neustadt , que l’ennemi a déjà emportée. Repoussé de ce côté , le brave général vole sur uo autre point, où un deuxième parti d’impériaux est près d’escalader les murailles. Sa résistance est vaine : à peine le combat est-il engagé , que les balles ennemies le couchent par terre. La violence de la fusillade , le son du tocsin , le tumulte croissant , éveillent enlin les bourgeois, et les avertissent du danger qui les menace. Ils se couvrent à la hâte de leurs habits , saisissent leurs armes , et, dans leur aveugle stupeur , se précipitent au-devant de l’ennemi. On aurait pu espérer encore de le repousser , mais le commandant était tué . point de plan d’attaque ; point de cavalerie , pour pénétrer dans les rangs en désordre; enün plus de poudre pour continuer le feu. Deux autres portes , où jusque-là l’ennemi ne s’était pas encore montré , sont dégarnies de leurs défenseurs , qu’on veut porter dans la ville, où le danger est plus pressant. L’ennemi profite promptement du désordre qui naît de là , pour attaquer aussi ces postes. la résistance est vive et opiniâtre ; mais enlin quatre régiments impériaux , maîtres du rempart , prennent à dos les Magdebourgeois et achèvent leur délaite. In brave ca-