SCHILLER. — BIST. II
178 HISTOIRE DE LA GUERRE DE TRENTE ANS. à sa gloire et de perdre en un jour le fruit des travaux de toute sa longue vie. Ses anciennes victoires n’étaient plus rien, du moment que lui échappait celle qui devait couronner toutes les autres. 11 ne lui restait rien de ses brillants exploits que les malédictions de l’humanité, qui les avaient accompagnés. Depuis ce jour, Tilly ne retrouva plus sa sérénité, et la fortune ne revint plus à lui. Sa dernière consolation, la vengeance, lui fut même interdite, par l’ordre formel de son maître de ne plus hasarder aucune affaire décisive. On attribue le malheur de cette journée à trois fautes principales, qui sont d’avoir placé son artillerie sur les hauteurs, derrière l’armée; de s’être ensuite éloigné de ces hauteurs, et d'avoir laissé l'ennemi se former sans obstacle en ordre de bataille. Mais qu’il eût promptement réparé ces fautes sans l'imperturbable présence d’esprit et le génie supérieur de son adversaire! Tilly se sauva précipitamment de Halle à Halberstadt; il y attendit à peine la guérison de ses blessures, et se porta en toute hâte sur le Wéser, pour s’y renforcer des garnisons impériales de la basse Saxe.
Aussitôt que le péril fut passé, l'électeur de Saxe parut dans le camp suédois. Gustave le remercia d’avoir conseillé la bataille, et Jean-Georges, surpris de ce bienveillant accueil, lui promit, dans le premier transport de joie, la couronne de roi des Romains. Dès le jour suivant, Gustave marcha sur Mersebourg, après avoir laissé à l’électeur le soin de reprendre Leipzig. Cinq mille Impériaux, qui étaient parvenus à se rallier, et que le roi de Suède rencontra sur son chemin, furent les uns taillés en pièces, les autres faits prisonniers, et la plupart de ceux-ci passèrent à son service. Mersebourg se rendit sur-lechamp; Halle fut emportée bientôt après. C’est là que l’électeur de Saxe, après avoir repris Leipzig, vint rejoindre le roi, pour délibérer sur les opérations futures.
On avait la victoire, mais en user sagement était le seul moyen de la rendre décisive. L'armée impériale était détruite, la Saxe ne voyait plus d’ennemis, et Tilly fugitif s’était retiré à Brunswick. Le poursuivre jusque-là c’eût été renouveler la guerre dans la basse Saxe, qui se remettait à peine des maux de la campagne précédente. On résolut donc de porter la guerre dans tes pays ennemis, qui, sans défense et ouverts jusqu’à