‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 90 sur 219 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Foudroyée en flanc par l’artillerie, pressée de front par les charges terribles des Suédois, l’armée, jusqu'alors invincible, rompit ses rangs. Il ne restait plus de ressource à Tilly qu’une prompte retraite; mais cette retraite même, il fallait la faire à travers les ennemis. Le désordre se mit dans toute l’armée, quatre régiments exceptés, vieux soldats aguerris, qui n’avaient jamais fui du champ de bataille et qui ne voulaient pas plus fuir maintenant. Les rangs serrés, ils se firent jour à travers l’armée victorieuse, et, toujours combattant, gagnèrent un petit bois, où ils firent de nouveau face aux ennemis, et résistèrent jusqu’à la nuit, jusqu’à ce qu’ils fussent réduits à six cents hommes. Avec eux s’enfuit tout le reste de 1 armée de Tilly : la bataille était gagnée.

Gustave-Adolphe se prosterna au milieu des blessés et des morts, et la première, la plus ardente joie du triomphe s’exhala par une fervente prière. Il fit poursuivre par sa cavalerie l’ennemi en déroute, aussi loin que put le permettre la profonde obscurité de la nuit. Le bruit du tocsin mit en mouvement toute la population des villages voisins; point de grâce pour le malheureux fuyard qui tombait dans les mains des paysans furieux. Le roi campa, avec le reste de son armée, entre le champ de bataille et Leipzig; car il était impossible d’attaquer la ville cette même nuit. Les ennemis avaient laissé sept mille hommes sur la place; plus de cinq mille étaient blessés ou prisonniers. Ils avaient perdu toute leur artillerie, tout leur camp, plus de cent drapeaux et étendards. Les Saxons comptaient deux mille morts, les Suédois pas plus de sept cents. La déroute des Impériaux fut si complète, que Tilly, dans sa fuite sur Halle et liai— berstadt, ne put rallier plus de six cents hommes, et l’appenheim pas plus de quatorze cents. Si rapidement s'était fondue cette formidable armée, qui peu auparavant faisait trembler encore toute l’Allemagne et l’Italie.

Tilly lui-même ne dut son salut qu’au hasard. Quoique affaibli par plusieurs blessures, il refusait de se rendre à un capitaine de cavalerie suédois qui l’avait atteint, et déjà celui-ci était sur le point de le tuer, quand il fut lui-mème abattu d'un coup de pistolet. Mais ce qui était plus affreux pour Tilly que les blessures et le danger de mort, c’était la douleur de survivre

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