LIVRE TROISIÈME
vainqueur par la seule terreur de son nom. Sur tout le cours du Mein on voit arborés les drapeaux suédois ; le bas l’alatinat est libre; les Espagnols et les Lorrains se sont retirés au delà du Rhin et de la Moselle. Les Suédois et les-Hessois se sont répandus, comme un torrent fougueux, sur les territoires de l’électorat de Mayence, de Wurtzbourg et de Bamberg; et trois évêques fugitifs expient loin de leur demeure leur malheureux dévouement à l’empereur. Enfin le moment vient aussi ' pour le chef de la ligue, pour Maximilien, d’éprouver, à son tour, sur son propre sol, les maux qu’il avait préparés à d’autres. Ni le sort effrayant de ses alliés, ni les offres amiables de Gustave, qui, au milieu de scs conquêtes, faisait des propositions de paix, n’avaient pu vaincre l'obstination de ce prince. Passant sur le cadavre de Tilly, qui se place devant l’entrée comme un chérubin chargé de la garder, la guerre se précipite sur les provinces bavaroises. Comme les rives du Rhin, les bords du Lech et du Danube fourmillent maintenant de guerriers suédois. Caché dans ses châteaux forts, l’électeur vaincu abandonne ses États sans défense à l’ennemi, que les fertiles campagnes, épargnées jusqu’alors par la guerre dévastatrice, invitent au pillage, et que la fureur fanatique du paysan bavarois provoque à d’égales violences. Munich même ouvre ses portes à l’invincible roi, et le comte palatin fugitif, Frédéric V, se console quelques instants de la perte de ses États dans la résidence déserte de son rival ’.
Tandis que Gustave-Adolphe étend ses conquêtes aux frontières méridionales de l’Empire, et, avec une force irrésistible, renverse tout ennemi devant lui, ses alliés et ses généraux remportent de semblables triomphes dans les autres provinces. La basse Saxe se soustrait au joug impérial; les ennemis abandonnent le Mecklembourg; les garnisons autrichiennes se retirent de toutes les rives de l’Elbe et du Wéser. Le landgrave Guillaume de Hesse se rend redoutable en Westphalie et sur le haut Rhin; les ducs de Weimar en Thuringe; les Français dans l’électorat de Trêves ; à l'est, presque tout le royaume de Bohême est soumis par les Saxons. Déjà les Turcs se préparent
1. La première édition ajoute : « Pour le plus coupable de tous. «
2. Dans la première édition, au lieu des mots seines Scbcnbuliters , «* de son rival, » il y avait seines TUronrcichs , « des États dont le trône était & lui. m
à attaquer la Hongrie, et, dans le centre des provinces autrichiennes, une dangereuse révolte est près d' éclater. Ferdinand, désespéré, jette les yeux sur toutes les cours de l’Europe, pour se forlifier contre de si nombreux ennemis par des secours étrangers. Vainement il appelle à lui les armes des Espagnols, que la vaillance néerlandaise occupe au delà du Rhin; vainement il s'efforce de faire agir pour sa délivrance la cour de Rome et toute l’Église catholique. Le pape offensé se rit de la perplexité de Ferdinand, en célébrant de pompeuses processions et lançant de vains anathèmes, et, au lieu de l’argent qu’il demande, on lui montre les plaines ravagées de Mantoue1.
A toutes les extrémités de sa vaste monarchie , des armes ennemies l’environnent. Avec les États de la ligue placés en avant, et que les Suédois ont envahis, sont tombés tous les boulevards derrière lesquels la puissance autrichienne s’était si longtemps sentiaà couvert, et le feu de la guerre jette déjà des flammes près de ses frontières sans défense. Ses alliés les plus zélés sont désarmés ; Maximilien de lîavièrc, son plus puissant soutien, est à peine encore en état de se défendre lui-même. Ses armées, fondues par la désertion et des défaites répétées, découragées par de longs revers, ont oublié sous des généraux malheureux cette ardeur guerrière, fruit de la victoire, et qui l’assure par avance. Le danger est au comble; un moyen extraordinaire peut seul tirer la puissance impériale de son profond abaissement. Le plus pressant besoin, c’est un général; et le seul de qui l’on puisse attendre le rétablissement de la première gloire, la cabale de l'envie l'a écarté de la tête de l’armée. Cet empereur si redoutable est tombé si bas, qu’il est forcé de conclure avec son serviteur et sujet offensé un traité avilissant, et, après avoir arraché ignominieusement le pouvoir à l’orgueilleux Wallenslein, de le solliciter, avec plus d’ignominie encore, de le reprendre. Alors un nouvel esprit commence à ranimer le corps expirant de la puissance autrichienne, et le prompt changement des affaires décèle la main vigoureuse qui
I. Dans la première édition, l'alinéa suivant commence ainsi : « Maintenant le despote superbe s’aperçoit qu’il est homme, cl la détection de ses amis, la ruine de ses alliés, le danger toujours croissant, le convainquent du néant de ses orgueilleux projeu. >