‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 97 sur 219 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

et espagnoles avaient fortement travaillé pour lui dans ces provinces; dès longtemps le paysan et le bourgeois maltraités soupiraient après un libérateur, et plusieurs trouvaient déjà un soulagement à changer de joug. Quelques agents avaient été envoyés en avant pour faire pencher du côté des Suédois les villes impériales les plus importantes, particulièrement Nuremberg et Francfort: Erfurt était la première place dont la possession eût un grand prix pour le roi, et qu’il ne pouvait laisser derrière lui sans l’occuper. Un accommodement avec la bourgeoisie, qui inclinait vers le parti protestant, lui ouvrit, sans coup férir, les portes de la ville et de la citadelle. Là, comme dans chaque place importante qui tomba par la suite dans ses mains, il se lit jurer fidélité par les habitants, et il s’assura d'eux par une garnison suffisante. Il remit à son allié, le duc Guillaume de Weimar, le commandement d’une année, qui devait être levée dans la Thuringe. Ce fut aussi à la ville d'Erfurt qu’il voulut confier son épouse, et il promit à cette cité d’augmenter ses privilèges. Alors l'armée suédoise traversa sur deux colonnes, par Gotha et Arnstadt, la forêt de Thuringe; elle enleva, en passant, le comté de llenneberg aux Impériaux, et se réunit, le troisième jour, devant Kœnigshofen, sur la frontière de la Franconie.

François, évêque de Würtzbourg, l’ennemi le plus acharné des protestants, et le membre le plus zélé de la ligue catholique, fut aussi le premier sur-qui s’appesantit le bras de Gustave- Adolphe. Quelques paroles de menace suffirent pour mettre sa place frontière de Kœnigshofen, et avec elle la clef de toute la province, dans les mains des Suédois. A la nouvelle de cette rapide conquête, l’épouvante saisit tous les membres catholiques du cercle. Les évêques de Würtzbourg et de Bamberg tremblèrent dans leurs châteaux. Déjà ils voyaient leurs sièges chanceler, leurs églises profanées, leur religion dans ia poussière. La méchanceté des ennemis de Gustave avait publié sur l’esprit persécuteur et la conduite militaire du monarque suédois et de ses troupes les plus affreuses descriptions, que les assurances multipliées du roi et les plus éclatants exemples d'humanité et de tolérance ne purent jamais réfuter complètement. On craignait de souifrir d'un autre le mal qu’on eut fait soi-même, on

192 HISTOIRE I)E LA GUERRE DE TRENTE ANS. le sentait, en cas pareil. Un grand nombre des plus riches catholiques se hâtaient déjà de mettre leurs biens, leur conscience et * leurs personnes à l’abri du fanatisme sanguinaire des Suédois. L’évèque lui-méme donna l'exemple à ses sujets. Au milieu de l'embrasement que son zèle bigot avait allumé, il déserta ses domaines, et s’enfuit à Paris, pour entraîner, s’il était possible, le ministère français à se déclarer contre l'ennemi commun de la religion.

Cependant les progrès de Gustave-Adolphe dans l’évêché répondirent tout à fait à cet heureux début. Schweinfurt, abandonné par la garnison impériale, se rendit à lui, et Würtzbourg bientôt après. Il fallut emporter d'assaut le Marienberg. On avait retiré dans cette place, réputée imprenable, une grande provision de vivres et de munitions de guerre, qui tomba tout entière dans les mains de l'ennemi. Une trouvaille très-agréable pour le roi fut la bibliothèque des jésuites, qu’il fit transporter à Upsal ; une bien plus agréable encore pour ses soldats , fut la cave, richement remplie, du prélat: il avait eu encore le temps de sauver ses trésors. Tout l'évêché suivit bientôt l’exemple de la capitale; tout se soumit aux Suédois. Le roi se lit prêter serment d’hommage par tous les sujets de l’évêque, et, vu l’absence du légitime souverain, il institua une régence, qui fut pour la moitié composée de protestants. Dans toute place catholique qu’il réduisait sous sa puissance, il ouvrait les églises à la religion protestante, mais sans rendre aux catholiques l'oppression sous laquelle ils avaient tenu si longtemps ses coreligionnaires. Le terrible droit de la guerre n’était exercé que sur ceux qui faisaient résistance l’épée à la main; quelques actes de barbarie, commis dans l’aveugle fureur de la première attaque par une soldatesque effrénée, ne peuvent être imputés à son chef miséricordieux. L’homme paisible et sans défense éprouvait un traitement humain. Ce fut toujours, pour Gustave- Adolphe la loi la plus sacrée d’épargner le sang des ennemis comme celui de ses soldats.

Dès la première nouvelle de l’invasion suédoise, l’évêque de Wurtzbourg, nonobstant les négociations qu’il avait entamées avec le roi pour gagner du temps, avait demandé avec instance au général de la ligue de secourir promptement l'évêché en pé-

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