‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 110 sur 438 · ACTE IV, SCÈNE XXI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE XXI

pour but ce modèle.... et mon rôle de guide se borna à lui expliquer son amour.

Marquis, voire ami remplissait tellement votre âme, qu’occupé de lui, vous ne songiez pas à moi. Pensiez- vous sérieusement qu’il n’y eût en moi rien de la femme, quand vous faisiez de moi son ange, que vous lui donniez pour armes la vertu? Vous ne réfléchissiez sans doute pas combien notre cœur a de risques à courir, quand nous ennoblissons la passion par de tels noms.

LE MARQUIS

Oui, le cœur de toutes les femmes, à l’exceiition d’une seule. Je réponds de cette femme unique.... Ou bien se pourrait-il que vous rougissiez du plus noble des désirs, celui d'être la créatrice d’une héroïque vertu? Est-ce chose qui regarde le roi Philippei que sa Transfiguration , placée dans l’Escurial , enflamme le peintre, qui la contemple, du sentiment de l'éternité? La douce harmonie qui sommeille dans les cordes de la lyre appartientelle à celui qui l’a achetée et qui, l’oreille fermée et sourde, veille sur elle? 11 a acheté le droit de la briser en pièces, mais non l'art d’éveiller le son mélodieux et de s’enivrer des divins accords. La vérité existe pour le sage, la beauté pour un cœur sensible. Ils sont faits l’un pour l’autre. Jamais un lâche préjugé ne détruira en moi cette croyance. Promettez-moi de l’aimer éternellement, de ne jamais vous laisser entraîner à une chimérique abnégation, par la crainte des hommes, par un faux héroïsme, de l’aimer d’un amour immuable, éternel. .Me le promettez-vous?... Reine.... le promettez-vous, votre main dans la mienne?

LA REINE

Mon cœur, je vous le promets, sera toujours le seul juge de mon amour.

LE MARQUIS retire sa main.

Maintenant, je meurs tranquille.... Ma tâche est accomplie. {Il s'incline devant la Reine et veut sortir.)

LA REINE le suit lies yeux en silence.

Vous partez, marquis.... sans me dire quand.... dans combien de temps.... nous nous reverrons?

DON pADDOS.

LE MARQUIS revient, en détournant le visage. Certainement! nous nous reverrons.

LA REINE

Je vous ai compris, Posa.... je vous ai très-bien compris.... Pourquoi m'avez-vous fuit cela?

LE MARQUIS

Lui ou moi.

LA REINE

Non, non! Vous vous êtes précipité dans celte action, que vous nommez sublime. Ne le niez pas. Je vous connais : depuis longtemps, vous en aviez soif.... Oue mille cœurs se brisent, que vous importe, pourvu que votre orgueil se repaisse! Oh! maintenant.... maintenant je sais vous comprendre! Vous n’avez aspiré qu'à l'admiration.

LE MARQUIS, surpvis, à part.

Non! je n’étais pas préparé à cela....

LA REINE , après un moment de silence.

Marquis! n’y a-t-il plus aucun moyen de salut?

LE MARQUIS

Aucun.

LA REINE

Aucun? Réfléchissez bien. N’y a-t-il plus d’espoir? Pas même par moi ?

Pas même par vous.

, LA REINE

Vous ne me connaissez qu’à demi.... J’ai du courage.

LE MARQUIS

Je le sais.

LA HEINE

Et aucun moyen de salut?

LE MAhQUIS.

Aucun.

LA REINE le quitte et se cache le visage.

Allez ! Je n’estime plus aucun homme en ce monde.

LE MARQUIS, dans la plus violente agitation, se jette à ses pieds. Reine!... Oh! Dieu! la vie est pourtant belle! {Il se lève rircmenl et se hâte de sortir. La Reine entre dans son cabinet.)

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