ACTE IV, SCÈNE IV
grands le regardent huerdits et craintifs.) Et cela était-il possible? Vous avez pu ajouter foi à ce grossier mensonge? Comme il fallait qu’il vous cslimAt peu quand il entreprit d’en venir à ses fins avec vous par cette grossière illusion ! Vous osiez prétendre à son amitié, et vous avez succombé à cette légère épreuve ! Oli ! non.... non, il n’y avait là rien pour vous. Ce n’était pas un homme fait pour vous. Il le savait fort bien, lorsqu’il vous repoussa avec toutes vos couronnes. Cette lyre délicate s’est brisée dans votre main de fer. Vous ne pouviez que le tuer.
ALBE n’a pas quitté le Roi des yeux jusqu’ici, et a observé, avec une inquiétude visible , les mouvements qui travaillent sa physionomie. A ce moment, il s’approche de lui, d’un air craintif.
Sire.... pas ce silence de mort! Regardez autour de vous! Parlez avec nous!
CARLOS
Vous ne lui étiez pas indifférent. Depuis longtemps son intérêt vous était acquis. Peut-être vous eùt-il encore rendu heureux. Son cœur était assez riche pour vous satisfaire , même avec son superflu. Des parcelles de son génie eussent fait de vous un Dieu. Vous vous êtes volé vous-même.... Qu’avez-vous à offrir, pour remplacer une âme comme celle-là? {Profond silence. Plusieurs des grands détournent les yeux, ou se cachent le visage dans leurs manteaux.) Oli! vous qui êtes ici rassemblés et qui demeurez muets d’horreur et d’admiration.... ne condamnez pas le jeune homme qui tient un tel langage à un père et à un roi!... Voyez ici! 11 est mort pour moi! .\vez-vous des larmes? Est-ce du sang, et non un airain brûlant, qui coule dans vos veines? Voyez ici et ne me condamnez pas! (/f se tourne vers le Roi, avec plus de calme et d’empire sur fui-ménic.) Peutêtre attendez-vous comment finira cette histoire contre nature?... Voici mon épée. Vous redevenez mon roi. Pensez-vous que je tremble, à l’idée de votre vengeance? Tuez-moi aussi, comme vous avez tué le plus noble des hommes. J’ai mérité la mort, je le sais. Qu’est maintenant la vie pour moi? Je renonce ici à tout ce qui m’attend dans ce monde. Cherchez-vous un fils parmi des étrangers. Ici gisent mes royaumes. (Il tombe près du corps de Posa, et ne prend plus de part à ce qui suit. Cependant, on entend de loin un bruit confus de voix et cT une foule qui se presse.
Autour du Roi règne un profond silence. Ses yeux parcourent tout te cercle, mais ils tie rencontrent aucun regard.)
LE noi.
Eh bien? Personne ne veut-il répondre?... Tous les regards fixés à terre.... tous les visages cachés!... Mon arrêt est prononcé. Je le lis écrit sur ces physionomies muettes. Mes sujets m’ont jugé. {U même silence qu auparavant. — Le lumultese rapproche et devient plus bruyant. Un murmure circule dans le cercle des grands , ils se font entre eux des signes d'inquiétude. Enfin le comte de Lerme pousse sans bruit le duc d’Albe.)
LERME
En vérité , c’est un assaut.
ALBE, à voix basse.
J’en ai peur.
LERME
On monte de force. On vient.