‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 140 sur 438 · ACTE V, SCENE XI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE XI

complissement de ce serment.... Et en mourant il a encore déposé un autre legs dans ma main.... Je lui ai donné ma parole.... et.... pourquoi le tairais-je? il m’a légué son Charles.... Je brave l’apparence.... je ne veux plus trembler devant les hommes, non, je veux être hardie, comme un ami. .Mon cœur pai lera. 11 appelait notre amour vertu? Je l’en crois et ne veux plus que mon cœur....

CARLOS

N ache>ez pas, reine.... J ai rôvé un long et pénible rêve. J’aimais.... .Maintenant, je suis éveillé. Que le passé soit oublié! Voici vos lettres que je vous rends. Détruisez les miennes. Ne craignez plus de moi aucun emportement du cœur. C’en est fait. Un feu plus pur a transformé mon être. Ma passion habite dans lessépulcresdes morts. Aucun désir mortel ne partage plus mon cœur. (Apr« un moment de silence , lui prenant la main.) Je suis venu pour prendre congé. Ma mère, enlin je reconnais qu’il est un bien plus grand, plus désirable, que celui de te posséder.... Une courte nuit à imprimé l’essor au cours languissant de mes années, et m’a donné avant le temps la maturité virile. Je n’ai plus, pour cette vie, d’autre tâche que de me souvenir de lui. Toutes mes récoltes sont faites.... {Il s'approche de la Reine, qui se cache le visage.) Ne me dites-vous rien, rien, ma mère?

LA REINE

N’ayez pas égard à mes larmes, Charles.... Je ne puis faire autrement..,. Mais, croyez-moi, je vous admire.

CARLOS

Vous étiez la seule conOdente de notre alliance.... A ce titre, VOUS resterez pour moi ce que j’ai de plus cher dans le monde entier. Quant à mon amitié, je ne puis pas plus vous la donner désormais, que je n’aurais pu donner hier mon amour à une autre fenmie.... Mais, assurément, la royale veuve me sera sacrée, si la Providence me place sur ce trône. {U Roi, accompagné du Grand Inquisiteur et des grands de sa suite, paraît dans le fond, sans être aperçu.) Maintenant, je quitte l’Espagne, et je ne reverrai plus mon père.... plus jamais dans cette vie; Je ne l’estime plus. La nature est morte dans mon sein.... Redevenez pour lui une épouse. Il a perdu un lils. Rentrez dans le cercle de vos devoirs.... Je cours sauver des mains de la tyrannie mon peuple

DON CAHLÜS.

opprimé. Sfadrid ne me reverra que roi, ou jamais. El maintenant pour le dernier adieu.... (/I l’embrasse.)

LA REINE

Oh! Charles! que faites-vous de moi?... Je n’ose pas m’élever jusqu'à cette virile grandeur; mais vous comprendre et vous admirer, je le puis.

CARLOS

Ne suis-je pas fort, Élisabeth? Je vous tiens dans mes bras et ne faiblis point. Hier encore , les terreurs de la mort prochaine n’auraient pu m’arraclier de cette place. {Il la quitte.) .Mais cela est passé. Maintenant, je brave toutes les destinées de la vie mortelle. Je vous ai tenue dans mes bras, et je n’ai point faibli... Silence! N'avez-vous pas entendu quelque chose? {Une horloge sonne.)

LA REINE

Je n’entends rien que la terrible cloche qui sonne notre séparation.

Bonne nuit donc, ma mère! C’est de Gand que vous recevrez ma première lettre, qui fera connaître le secret de nos relations. Je vais maintenant agir ouvertement avec don Philippe. Je veux que désormais il n’y ait plus rien de secret entre nous. Vous n’avez plus besoin de redouter les yeux du monde.... Que ceci soit ma dernière tromperie. {U veut reprendre le masque. Le Roi s’esl Bi'ancë entre eux.)

LE ROI

C'est ta dernière! {La Reine tombe évanouie.^

CARLOS court à elle et l<i reçoil dans ses bras.

Est-elle morte ? ü ciel et terre !

LE ROI, froid et calme, au Grand Inquisiteur.

Cardinal, j'ai rempli ma tâche. Accomplissez la vôtre. {Il sort.)

riN DE DON CARLOS.

APPENDICE

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