‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 15 sur 438 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

CARLOS

Vous étiez à moi.... A la face du monde, vous m’étiez promise par deux grands trônes, reconnue pour m’appartenir, par le ciel et la nature entière. Et Philippe, Philippe vous a enlevée à moi....

LA REINE

Il est votre père.

CARLOS

Votre époux.

LA REINE

Qui vous lègue en héritage le plus grand empire du monde.

CARLOS

Et vous pour mère.

Grand Dieu! Vous êtes en délire....

CARLOS

Et sait-il même quelle est sa richesse? A-t-il un cœur sensible, pour apprécier le vôtre? Je ne veux pas me plaindre, non, je veux oublier combien j’aurais été heureux avec elle, heureux d’un bonheur ineffable.... pourvu qu’il le soit, lui. Il ne l’est pas.... C’est là , c’est là une torture infernale. Il ne l’est pas et il ne le sera jamais. Tu ne m’as ravi mon bonheur que pour l’anéantir dans les bras du roi Philippe.

LA REINE

Pensée abominable!

CARLOS

Oh! je sais qui a conclu ce mariage.... je sais comment Philippe aime, comment il a fait sa recherche. Qu’êtes-vous donc dans ce royaume? Répondez-moi. Êtes-vous reine régnante? Nullement ! Des ducs d’Albe pourraient-ils égorger là où vous régnèriez ? La Flandre verser son sang pour sa croyance? Ou bien , êtes-vous la femme de Philippe? Impossible! Je ne puis le croire. Une femme possède le cœur de son époux.... et à qui appartient le sien? Les tendresses qui peut-être lui échappent dans l’ardeur de la fièvre , n’en demande-t-il point pardon à son sceptre et à ses cheveux blancs?

LA REINE

Qui vous a dit qu’auprès de Philippe mon sort soit digne de compassion?

DON CAUl.OS.

CARLOS

Mon cœur, qui sent avec transport combien à mes cûlés il serait digue d’envie.

LA REINE

Homme vain! Et si mon cœur me disait le contraire, si la tendresse respectueuse de Philippe, si la muette expression de l’amour peint sur ses traits me louchaient plus profondément que la téméraire élotpience de son orgueilleux Qls? Si l’estime rélléchie d’un vieillard....

CARLOS

C’est autre chose.... Alors.... oui, alors.... pardon! Je ne le savais pas.... Je ne savais pas que vous aimiez le roi.

LA REINE

L’honorer est mon désir et ma satisfaction.

CARLOS

Vous n’avez jamais aimé?

LA REINE

Etrange question !

CARLOS

Vous n’avez jamais aimé?

LA REINE

....Je n’aime jdus.

CARLOS

Est-ce votre cœur, est-ce votre serment qui le défend?

LA REINE

Laissez-moi, prince, et ne revenez jamais à un pareil entretien.

Est-ce votre cœur, est-ce votre serment qui le défend?

LA REINE

Mon devoir.... Malheureux ! pourquoi cette triste analyse d’un destin auquel, vous et moi, nous sommes obligés d’obéir?

CARLOS

Obligés? obligés d’obéir?

LA REINE

Comment? Que voulez-vous dire avec ce ton solennel?

CARLOS

Que Carlos n’est pas d’humeur à se laisser dire : « Il faut, »

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