‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 168 sur 438 · HOMMAGE DE DON CARLOS · texte numérisé non relu

HOMMAGE DE DON CARLOS

Pièce do vers écrite de la main de Schiller sur up exemplaire de don Carlos qu’il avait offert, en 1787, à la fille du conseiller intime Schmidt do Weimar, qui plus tard épousa M. Swaine.

Nul vivant, nulle vivante n’a posé pour cette image, élevée â l’amitié et à la douce sympathie. C’est h des mondes non présents aux yeux que l'a empruntée (je ne te connaissais pas encore) un coeur plein et une ardente imagination. Si ce que j'ai éprouvé ici pour des ombres, retentit dans ton coeur par un puissant éclio, arrache a tes yeux de belles larmes, ■ et, dans les calmes heures de la rêverie, t’attendrit par une deucc émotion : alors, tu sais ce qu’eût éprouvé le poète, s’il avait trouvé une image vivante, semblable & la tienne, Caroline.

objet de répondre à cette critique, dont Wicland en particulier s’était fait l’organe dans une lettre du 8 mars 1785 : • Le plus grand défaut de H. Schiller, disait-il, un défaut que plus d'un écrivain allemand a lieu de lui envier, c’est simplement qu’il est encore trop riche, qu’il en dit trop , qu’il est trop plein d'idées et d'images, et ne s’est pas encore suffisamment rendu maître de son imagination et de son esprit Son excessive abondance se montre aussi dans la longueur des scènes ; je suis effrayé quand je calcule quelle sera l’étendue de toute la pièce et combien durera la représentation, le premier acte remplissant déjà quatre feuilles et demie. Sentir quand c’est assex et savoir cesser, cela même est déjà un grand art. La plus grande pièce de Sophocle a à peine autant de vers que le premier acte do M. Schiller. •

LETTRES DE SCHILLER

SUR DON CARLOS’

PREMIÈRE LEITRE.

Vous médites, mun clier ami, que \ous iHes peu satisfait desjugements qu'on a portés jusqu’ici de don Carlos , et vous soutenez que dans le plus grand nombre on a méconnu le vrai point de vue de fauteur. Il vous semble qu'on peut bien défendre encore cerlains endroits hasardés, que la critique a déclarés insoutenables, et vous trouvez que maint doute dont ils ont été l’objet est, dans la contexture de l’ouvrage, sinon entièrement prévenu , du moins prévu et pris en considération. Ce que vous seriez surtout tenté d’admirer dans la plupart des objections, c’est moins la sagacité des juges que la complaisance avec laquelle ils les présentent comme do grandes découvertes , sans se laisser arrêter par la [icnsée, si naturelle pourtant , que ces violations des règles , qui sautent tout d’abord aux yeux des moins clairvoyants, ont bien pu être visibles également pour l’auteur, qui, d’ordinaire , n'est pas le moins éclairé de ses lecteurs, et qu’on aurait ainsi à examiner, non pas tant les licences en elles-mêmes que les raisons qui font déterminé à se les permettre. Ces raisons peuvent sans doute être insuffisantes, elles peuvent tenir à un point de vue trop exclusif; mais le devoir du critique eût été justement de montrer ce qu’elles ont d’exclusif ou d’insuffisant, s’il voulait avoir quelque autorité aux yeux de celui à qui il s’impose comme juge ou s’offre comme conseil.

Mais, mon cher ami, qu’cst-ce que fauteur , après tout, a à voir à cela? Que son juge ait ou non les qualités de son rôle, qu’il montre beaucoup ou peu de pénétration , c’est l’affaire de ce juge; tant pis pour fauteur et [tour son œuvre s'il s’en remet de l’effet do celle-ci au don de divination de ses critiques et à leur équité ; s’il fait dépendre f impression qu elle dîil produire de qualités qui ne su trouvent réunies que dans un très-petit

I. Ie.v quatre premières parurent d’abord dans le troisième cahier trimestriel du ürreure allemand de 1788, les suivantes dans le quatrième de la même auiiée.

LETTRES DE SCHILLER

^ nombre d’esprits. Il n’est puère de condition ])lus défectueuse pour une

œuvre d'art que colle où il dépend du caprice de qui l’examine de l'interpréter à son pré , cl où l’on a besoin de l’assistance d'autrui pour la pla- '■ cer dans son vrai jour. Si vous avez voulu me faire comprendro que mon

^ ouvrape se trouve dans ce cas, vous en avez fait une critique Irés-gravo,

et vous me décidez à l’examiner encore une fois plus attentivement de CO point de vue. Ainsi, il s’agirait surtout, ce me semble , de recliercher si la pièce renferme tout ce qui peut aider à la comprendre, et si cela y est indiqué en termes assez clairs pour que le lecteur puisse aisément le rc- .. • connaître. Permotlez-moi donc, mon clier ami, do vous entretenir un mo-

\ ment de ce sujet. La pièce m'est devenue plus étrangère; je me trouve

maintenant comme dans un juste milieu entre l'auteur et le spectateur, et il me sera peut-être ainsi possible d'unir la connaissance intime que '' le premier a de son ouvrage à l’absence do préventions qui distingue le

second.

V - ^ Il peut m’étre arrivé principalement (et je crois devoir faire avant tout

cette remarque) d’avoir excité dans les premiers actes une autre attente " que celle que j’ai remplie dans les derniers. La nouvelle de Saint-Réal, • ' peut-être aussi le langage que j’ai tenu moi-méme à ce sujet dans le pre-

mier numéro do la Thalie ' , peuvent avoir indiqué au lecteur un point de \j ^ vue auquel il est impossible maintenant de se placer. En elTel, pendant N le temps que je composais ma pièce, temps qui, par suite de mainte in- X^lerruption, a été assez long, il s'est opéré en moi bien des changements. X Les diverses vicissitudes qui se sont produites, pendant cet intervalle,

- dans ma manière de penser et do sentir, ont dù nécessairement exercer ^ '■ leur influence sur cet ouvrage. Ce qu’il avait do plus attachant pour moi

J ■ dans le principe fit sur mon esprit, dans la suite, une impression plus \ faible, et à la fin me touchait à peine. De nouvelles idées, qui depuis

s’étaient élevées en moi, avaient remplacé les premières; Carlos mémo - . avait baissé dans ma faveur, pour ce seul motif peut-être que mon âge

\\ avait pris trop d’avance sur le sien, et, pour la raison contraire, le mar- ' quis do Posa avait, à sa place, obtenu ma préférence. 11 arriva ainsi qu'au quatrième et au cinquième acte, j'avais des sentiments tout autres '' qu'au début. Mais les trois premiers actes étaient dans les mains du

» public; il n’y avait plus moyen de changer entiorement le plan général.

Il me fallait donc ou supprimer la pièce (ce qui, après tout, n’cùt agréé, je crois, qu’au |ilus petit nombre de mes lecteurs) , ou bien rattacher la seconde partie à la première aussi bien que je pouvais. Si je ne l’ai pas fait partout de la manière la plus heureuse, je m’en console quelque peu par la pensée qu’une main plus habile que la mienne n’eùl pas beaucoup mieux réussi. Ma faute capitale était d’avoir trop prolongé le temps de la gestation. Une œuvre dramatique ne peut et ne doit être (jti’un fruit mûri en un seul été. Le plan aussi, tel que je l’avais con(u, avait trop d'extension pour les limites et les règles d’une œuvre drama-

1. • La Thaliodu Rhin » {die Rheinische Thalia)^ recueil périodique où parurent, comme nous l'avons dit, les doux premiers actes de duu Corlus, et la moitié du troisième.

SUn DON CAHLOS.

liqiie. Ce plan, par exemple, demandait que le marquis de Posa gagnât la cotiGance la plus illimitée de Philippe II; mais, pmir produire cet effet extraordinaire , rceononiie de la pièce ne me penneUait qu’une seule scène.

Ces explications me justifieront peut-être auprès d’un ami, mais non au tribunal de l'art. Puissent-elles cependant mettre au moins un terme à toutes ces déclamations par lesquelles les critiques m'ont assailli de co côtél

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