‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 172 sur 438 · Voy. féid., pag. tO · texte numérisé non relu

Voy. féid., pag. tO

impressions gardent chez lui toute leur vie et leur clialeur, et son cœur, formé à la bienveillance et à qui manque un (ligne objet, se consume en des rêves qui ne peuvent le satisfaire. Il tombe ainsi |>eu à peu dans un état d'oisive exaltation et de cunlemplation inactive. Dans cette lutte constante avec su situation, ses forces s'usent; ses relations peu amicales avec un pi-re qui lui ressemble si peu répandent sur son caractère une sombre mélancolie, le ver rongeur do toute fleur do l ame, 1a mort do l'enthousiasme. Comprimé, sans énergie, se repliant, inoccupé, sur lui-m('mo, épuisé par de pénibles et stériles combats, ballotté entre do terribles extrémités, devenu incapable de tout élan personnel, tel le trouve le premier amour. Dans cet état, il n’a plus aucune force à lui opposer ; toutes ces idées de sa jeunesse qui auraient pu seules y faire équilibre, sont devenues étrangères à son âme; cet amour le domine avec une tyrannie despotique, et il tombe ainsi dans un état passif, qui est à la fois douleur et volupté. Toutes ses forces sont maintenant concentrées sur un seul objet. Un désir toujours inassouvi tient son ime enchaînée au dedans d'clle-méme. Comment pourrait-elle se répandre sur l'univers? Incapable de satisfaire ce désir, plus incapable encore d’en triompher par une force intérieure, il dépérit, moitié vivant et moitié mourant, en proie à une visible consomption; nulle distractioa (tour la douleur qui brûle sa poitrine; pas une âme sympathique qui s'ouvre à lui et dans laquelle il puisse Tepancher :

« Je n’ai personne.... personne, sur cette grande et vaste terre, per- 1 sonne. Aussi loin que s'étend le sceptre de mon père , aussi loin que c les navires portent notre pavillon, il n’est aucune place, aucune, (I aucune, où je puisse me soulager de mes larmes La détresse et la pauvreté du cœur le ramènent maintenant juste au point d’où la plénitude du cœur l’avait fait partir. Il sent plus vivement le besoin de sympathie, parce qu’il est seul et malheureux. C'est ainsi que son ami le trouve à son retour.

Celui-ci a eu, pendant ce temps, un tout autre sort. L’âme ouverte à toutes les impressions, il s’est jeté, avec toutes les forces du la jeunesse, tout l'elan du génie , toute la chaleur du cœur, dans le vaste univers : là, il voit l'homme à l’œuvre, dans les grandes et dans les petites choses; il trouve l’occasion de juger, en présence des forces actives de l'humanité, l’idéal qu’il apporte au dedans de lui-méme. Tout ce qu’il entend, tout ce qu'il voit, est dévoré par lui avec un vif enthousiasme ; tout est senti, pensé et transformé par rapport à cet idéal. L’homme se montre à lui dans diverses variétés; il apprend à le connaître sous plusieurs climats, sous dilTércntes constitutions et à des degrés inégaux de culture et de bonheur. Ainsi se forme en lui , peu à peu , une idée complexe et élevée de l'humanité, en grand et dans son ensemble, auprès de laquelle toute relation moindre et rétrécissante s'évanouit. 11 sort maintenant de lui-méme, et son âme s'épand au loin dans l'immense étendue du monde. Des hommes remarquables qui se jettent sur son che-

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