‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 173 sur 438 · Voy. Don Carlot, acte I, scène 2, p · texte numérisé non relu

Voy. Don Carlot, acte I, scène 2, p

L12TÏHES DE SCHILLER

min viennent dislmire son attention et partagent son estime etson amour. A la place d'un individu, c'est maintenant l’espèce tout entière qui occupe son âme; une affection passagère et juvénile se développe en une philanthropie universelle et infinie. L’enthousiaste oisif est devenu un homme actif et agissant. Les anciennes aspirations et les anciens rêves, obscurs jusque-là et en germe dans son âme, se sont changés en conceptions claires et lumineuses ; les projets oiseux sont mis en action, et l’impulsion générale et indéterminée s'est transformée en une activité réglée et qui tend à son but. Il étudie le caractère des peuples, il pèse leurs forces et leurs ressources, il juge leurs constitutions; par son commerce avec des esprits do mémo nature , ses idées s’étendent et s’arrêtent ; des hommes politiques éprouvés , comme un Guillaume d’Orange, un Coligny et d’autres, leur ôtent ce qu’elles avaient de romanesque et les font descendre )ieu à peu au niveau do l’utilité pratique.

Enrichi de mille conceptions neuves et fécondes, plein de forces actives, d’instincts créateurs, de projets hardis et immenses, la tête agissante et le cœur brûlant , pénétré des grandes et généreuses idées de la commune puissance humaine et de l'humaine dignité , tout do feu pour la félicité de ce grand tout qui s’est personnifié ]iour lui dans tant d’individus •, il revient maintenant de sa grande moisson, enOammé du désir de trouver un théâtre sur lequel il puisse réaliser ses vues idéales et faire emploi des trésors qu’il a amassés. La situation de la Flandre frappe alors ses regards. Il y trouve tout préparé pour une révolution. Connaissant l’esprit do ce peuple, scs forces et ses ressources , qu’il compare à la puissance de son oppresseur, il voit la grande entreprise comme déjà accomplie. Son idéal de liberté républicaine ne peut trouver un moment plus favorable, ni un sol plus propre à recevoir la semence.

( Tant de riches et florissantes provinces ! un grand et vigoureux t peuple.... et aussi un bon peuple.... et, me disais-je à moi-même, être « le pèrede ce peuple, ce doit être divin *. »

Plus il trouve ce peuple misérable, plus ce désir domine son cœur, plus il a hâte de l’accomplir. C’est alors, et seulement alors, qu’il se rappelle vivement l’ami qu'il a laissé à Alcala, tout de feu, lui aussi, pour le bonheur des hommes. Il se le représente déjà comme le sauveur de la nation opprimée, comme l'instrument de scs sublimes projets. Plein d’un

1. Dans l'entretien qu’il a ensuite avec te roi, ces idées favorites se maniées, tenl ; « Dn trait de plume de votre main, » dit-il, « et la terre sera créée de « nouveau. Accordez la liberté de penser. Laissez, avec cette générosité propre O à la force, Iai.ssez couler à flots le bonheur des hommes de la corne d'abon- « dance qui est dans vos mains. Laissez mûrir des esprits dans votre vaste édi- « ficc politique.... Rendez à l'humanité sa nublesse perdue. Oue le citoyen rede- • vienne, ce qu’il fut d’abord, le but et la lin de la royauté ; qii’d ne soit lié par « aucun autre devoir que les droits de ses frères, sacrés comme les siens. Que « le paysan soit fier de sa charrue et laisse de bon cœur au roi , qui n’est pas « paysan, la couronne. Que l’artiste, dans son atelier, se fasse en rêve le créa- « leur d’un momie plus beau. Que l’essor du penseur ne soit plus arrêté par « d'autres barrières que la condition même des natures finies. » (.Vote de .S'c.hiL ter.)— Voy. donCarlot, acte 111, scène 10, p. 104 et 1U6.— Les dernières phrases, à partir de ces mots : « Oue le paysan, etc., » ont été plus lard supprimées parlauteui (voy. l’oppondice, p. ‘203).

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