‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 177 sur 438 · Voy. ibid., acte IV, scène 3, p · texte numérisé non relu

Voy. ibid., acte IV, scène 3, p

LETTRES PE SCHILLER

pour les joies et les peines d'un seul individu. S'il aime le genre humain plus que Charles, eela ne fait aucun tort à son amitié. Il l'aurait toujours, quand même le sort ne l'cùt pas appelé à un trône , distingué du reste des hommes par une tendre et particulière sollicitude ; il l'aurait toujours porté dans le cœur de son cœur, comme Ilamlet son lloratio. On prétend quels bienveillance est d'autant plus faible et plus tiède que son objet se multiplie ; mais on ne peut dire que ce soit là le cas du marquis. L'objet de son amour se montre a lui dans tout l'éclat de l'enthousiasme; c'est une image qui apparaît, magnifique et transfigurée, aux yeux de son âme, comme la figure d'îine bien-aimée. Comme c'est Carlos qui doit réaliser cet idéal' du bonheur des hommes, il transporte son idéal même sur la personne de Carlos , et il finit par comprendre l'idéal et l'ami dans un sentiment unique et indivisible. C'est dans Carlos seul qu'il contemple maintenant cette humanité ardemment chérie ; son ami est le foyer où se réunissent toutes les idées qu'il se fait de ce vaste et multiple ensemble.

I Cet ensemble n’agit donc sur lui, après tout, que par un seul objet , qu'il embrasse avec tout l'enthousiasme et toutes les forces de son âme : t Mon cœur, consacré à un seul, embrassait le monde entier. Dans ^ I l'âme démon Carlos, je créais un paradis pour des millions d’hommes Nous voyons donc ici un ardent amour pour un seul, sans que l’amour de l'humanité y soit sacrifié ; une amitié attentive et dévouée, sans ce qu’il y a d'injuste et d'exclusif dans cette passion; une philanthropie universelle, qui embrasse tout, concentrée dans un seul rayon de flamme.

Et ce qui ennoblit l’intérêt pourrait-il y nuire î Cette, peinture de l’amitié perdrait-elle en pathétique et en grâce ce qu’elle gagne en étendue? L’ami de Carlos aurait-il moins de droit à nos larmes et â notre admiration, parce qu’â l’expression la plus limitée de l’afiection, il en joint l'expansion la plus vaste , et qu'il adoucit le caractère divin de l'amour universel par son application la plus humaine?

Avec la neuvième scène du troisième acte, une carrière toute nouvelle s’ouvre à ce caractère.

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