‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 189 sur 438 · Voy. don Carlot, acte V, scène i, p · texte numérisé non relu

Voy. don Carlot, acte V, scène i, p

SUR DON CARLOS

intentions. Je m’explique ce phénomène par le besoin qu’éprouve notre raison bornée, d’abréger sa roule, de simplifier son œuvre et de confondre dans le général et l'ensemble les individualités qui la pourraient distraire et troubler ; je me l'explique par le penchant universel de nuire âme à la domination, ou par le désir d’écarter tout ce qui empiVlie l'exercice de nos forces. J’ai choisi , à cause de cola, un caractère très-bienveillant, absolument élevé au-dessus de tout désir égo’fste ; j’ai mis en lui le plus grand respect des droits d’autrui, je lui ai même donné pour but rétablissement du règne universel de la lil)erté, et je crois no me trouver nullement en contradiction avec l’expérience générale en le laissant, même dans cette voie, s’égarer jusqu’à des actes despotiques. Il était dans mon plan qu’il se prît, lui aussi, à ce piège, tendu à tous ceux qui suivent la même roule que lui. Que m’en eùt-il coâlé de le lui faire éviter, de le conserver intact , et de donner au lecteur, séduit par ce personnage, la jouissance pure et sans mélange de toutes les autres beautés d’un tel caractère, si ce n’eût été à mes yeux un bien plus grand avantage, de rester fidèle à la nature humaine, et de confirmer par cet exemple une vérité d’expérience dont on ne peut trop se pénétrer. C'est que, dans les choses morales, ‘on no peut s’écarter sans danger du sentiment pratique naturel, pour s’élever à des abstractions générales ; que l’homme se confie bien plus sûrement aux inspirations de son cœur ou au sentiment inné et personnel du juste et de l’injuste, qu’à la dangereuse direction d’un idéal universel qu’il s’est créé artificiellement; car ce qui n’est pas naturel ne peut jamais conduire au bien.

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