‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 205 sur 438 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

Uno partie du parc, écartée et lermée de toutes parts, et d’uD caractère attrayant, un peu mélancolique.

DE HUTTEN entre, se parlant à lui-tnime.

Ah! que n’êtes-vous aussi dignes de ce nom qu’il est sacré pour moi!... Homme! magnifique et sublime phénomène! la plus belle de toutes les pensées du Créateur! que tu es sorti riche et accompli de ses mains ! Quels beaux accords dormaient dans ton sein avant que ta passion eût brisé la lyre d’or!

Tout, autour de toi, au-dessus de toi, cherche et trouve la belle et juste mesure de la perfection.... Toi seul, tu es là, ne mûrissant pas et difforme, dans ce plan irréprochable. Loin de tout regard qui l’éjiie, de toute intelligence qui l’admire, la perle, dans le coquillage muet, le cristal, dans les profondeurs

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dt'.s montagnes, aspirent à leur forme la plus belfe; partout où ton œil peut voir.... l'industrie unanime de tous les êtres travaille à manifester le mystère de leurs forces. Tous les enfants de la nature olfrent avec reconnaissance, à leur mère satisfaite, des fruits mûris, et partout où elle a semé, elledrouve une récolte.... Toi seul, son lils le plus clier, le mieux doté, tu manques à l’appel.... 11 n’y a que ce qu’elle fa donné, à loi, qu’elle ne retrouve pas, qu’elle ne reconnaît pas ; tu en as déligui-é la beauté.

Sois parfait! D’innombrables harmonies sommeillent en toi, pour s’éveiller à ton ordi-e.... Kvoque-les par ton excellence! Le beau rayon de lumière manqua-t-il jamais à tou regard, quand la joie embrasa tou cœur; ou la grice à tes joues, quand un doux sentiment coula dans ton sein? Peux-tu souffrir que le trivial, le passager, éclipse en toi le généreux et l’immortel?

C’est pour te rendre heureux qu’est tressée cette couronne à laquelle tous les êtres prétendent, où toute beauté aspire.... Ta fougueuse convoiti.se contrarie cette tendance bienveillante; tu troubles violemment les tins salutaires de la nature.... Dans sa bouté , elle a répandu autour de toi l’abondance de la vie , et tu lui arraches la mort. Ta haine a aiguisé et changé en glaive le fer pacifique; ton avidité charge de crimes et de malédictions l’or innocent; sur tes lèvres intempérantes, la liqueur vivifiante de la grappe devient un poison. La perfection sert involontairement tes vices, mais tes vices ne la corrompent pas. L’instrument dont tu abuses se conserve pur à ton service impur. Tu peux le détourner de sa destination, mais non le dépouiller de sa docilité à y tendre. Sois humain ou sois barbare.... ton cœur obéissant accompagne également ta haine ou ta douceur de ses l>alpitations merveilleuses.

Enseigne-moi ta paisible égalité d’àme, ô nature toujours satisfaite!... Je me suis attaché fidèlement, comme toi, à la beauté ; que j’apprenne de toi à me consoler de mon impuissance à donner le bonheur. Mais pour que je garde ma tendre bienveillance, que je ne perde pas ma bienfaisante ardeur.... laisse-moi partager ton heureux aveuglement. Cache -moi, dans ta paix silencieuse, ce monde qui est l’objet de mon activité. La lune remplirait-elle son disque brillant, si elle voyait le meurtrier

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dont elle doit éclairer le sentier?... Je cherche en toi un asile pour ce cœur aimant.... l’iace-toi entre mon humanité et riioinnie.... Ici, où je ne rencontre pas sa rude main, où la funeste vérité ne dissipe pas mon songe ravissant; ici, séparé du genre humain, laisse-moi acquitter, entre les mains do mon auguste mère, la dette sacrée de mon existence envers l’éternelle beauté. {ReijanUuit autour de lui.) Tranquille monde des plantes, dans ta paix riche en merveilles, je sens l'action de la Divinité; ton excellence désintéressée élève mon esprit curieux vers la suprême Intelligence; sa divine image se rélléchitàmes yeux dans ton pur miroir. L’homme, en fouillant le lit du fleuve, m’en trouble l’eau transparente.... üù l’homme vit et s’agite, le Cixiateur disparaît pour moi. {U veut se lever. Aiiyélique est devant lui.)

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