SCÈNE VI
lE MARÉCHAL DES LOGIS.
Oui, VOUS nppartone/. aussi à toute la masse.
PREMIER CHASSEUR
Vous êtes sans doute d’une race à part? Toute ladifTêrenceest dans les habits, et je me trouve parfaitement dans le mien.
LE MARÉCHAL,. DES LOGIS
Monsieur le chasseur, je suis forcé de vous plaindre. Vous vivez dehors chez les paysans. Les fines manières et le bon ton, ça ne s'apprend qu’en vivant autour du général.
Elle vous a mal profité, la leçon. Sa manière de tousser, de cracher, vous l’avez heureusement copiée; mais son génie, je pense, son esprit, ce n’est pas à la parade qu’il se montre.
SECOND CHASSEUR
Tonnerre de Dieu! Demandez de nos nouvelles où vous voudrez, partout on nous appelle les fougueux chasseurs de Friedland, et nous ne faisons pas honte à ce nom.... Par les terres des amis, des ennemis, nous avançons hardiment, à travers les grains, les moissons dorées.... Us connaissent le cor des chasseurs de Holk.... Près et loin au même instant, prompts comme le déluge, nous voilà !... Comme la flamme, dans la nuit obscure, s’empare des maisons, quand personne ne veille.... alors rien ne sert, ni défense, ni fuite; l’ordre, la discipline n’ont plus d’empire.... La fillette (la guerre est sans pitié) se débat dans nos bras vigoureux. Ouc.stionnez, je ne le dis pas par bravade, à Baireuth, dans le Voigtland, en Westphalie, partout où nous avons pa.ssé.... I.ics enfants et les enfants des enfants, dans cent ans d’ici et encore cent ans , y parleront de Holk et de ses bandes.
LE MARÉCHAL DES LOGIS
Oui, nous y voilà! Est-ce donc le fracas, le tapage, qui fait le soldat? Ce qui le fait, vraiment, c’est la précision des mouvements, le sens et l’aptitude, l’idée, la prompte intelligence, le lin coup d’œil.
PREMIER CHASSEUR
Dites la liberté. Avec vos simagi'ées! qu’il me faille en jaser avec vous.... Me suis-je donc sauvé de l’école et des leçons, pour retrouver au camp la corvée et la galère, la salle d’étude et ses
LE CAMP DE W'ALLENSTÉIN
étroites murailles?... Je veux vivre dans l’abondance et désœuvré, voir tous les jours quelque chose de nouveau, me confier gaiement au moment présent, ne regarder ni en avant, ni en arrière.... Si j’ai vendu ma peau à l’empereur, c’est uniquement pour être quitte de tout souci. Menez-moi bravement au milieu du feu, par delà le Rhin rapide et profond.... que sur trois hommes, il n’en revienne que deux : je ne regimberai ni ne ferai de façons.... mais du reste, il ne faut pas, je vous en prie, qu’on me tourmente de quoi que ce soit.
LE MARECHAL DES LOGIS
lié! hé! ne demandez-vous rien de plus? Ça peut se trouver sous la casaque.
PREMIER CHASSEUR
Quelle torture, quel ennui n’était-ce pas chez Gustave, le Suédois, le bourreau de ses gens? Il faisait de son camp une église, et fixait des heures de prière, au matin, dès le réveil, et à la retraite. Et si parfois nous nous mettions un peu en train, il nous prêchait lui-mème du haut de son cheval.
LE MARÉCHAL DES LOGIS
Oui, c’était un maître craignant Dieu.
PREMIER CHASSEUR
Les filles, il ne les laissait pas même passer; il fallait sur-lechamp les conduire à l’autel. Alors je décampai, je n’y pouvais plus tenir.
LE MARÉCHAL DES LOGIS
Là aussi, il en va tout autrement aujourd’hui.
PREMIER CHASSEUR
Je passai au galop chez les gens de la ligue ; ils s’apprêtaient tout juste à marcher sur Magdebourg. Ah ! c’était déjà bien autre chose! Tout allait plus gaiement et plus librement. Le vin , le jeu, les fillettes à foison! Là vraiment la joie n’était pas mesquine, car Tilly s’entendait au commandement. Il était dur pour lui-même, mais au soldat il passait bien des choses, et, pourvu que ça ne sortît pas de sa cassette, sa devise était : Vivre et laisser vivre. Mais la fortune ne lui resta pas fidèle.... Depuis cette fatalité de Leipzig, rien ne marchait plus; tout chez nous se trouvait arrêté. Partout où nous paraissions et frappions à la porte, on ne saluait ni n’ouvrait. Il fallait se pousser d’un endroit